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nard, dans son soixante-sixième ser mon sur le Cantique des cantiques, nous dit: Fides suadenda est non imperanda. La foi doit être le fruit de la persuasion et ne saurait être imposée par voie d'autorité. Saint Athanase dans son épitre aux solitaires professe la même doctrine « Piae religionis proprium est non cogere sed suadere. »
Tertullien se demande si un Dieu peut se plaire à des sacrifices qu’on lui offre malgré soi, si un homme même voudrait recevoir des hommages forcés. « Où est, dit-il, Le Dieu qui aime les hommages forcés? Un homme lui-même en voudrait-il?.... Puisque forcer des hommes libres à suerilier malgré eux est une injustice criante, attendu que tout acte religieux doit être volontaire, quoi de plus iiepte que de vouloir contraindre un homme à honorer des dieux qu'il aurait tout intérct à se rendre favorables, s’il Les reconnaissait ? N'a-t-il pas le droit de vous répondre: je ne veux pas, moi, des bonnes grâces de Jupiter.
De quoi vous mêlez-vous? Que Janus s'irrite contre moi, qu'il me montre tel visage qu'il voudra, peu vous importe. »
Il ne faudrait pas cependant conclure de ces paroles du prètre africain, que l’homme
a le droit d’adorer ou de ne pas adorer le vrai Dieu. Non, nous voulons seulement en déduire cette vérité: le sanctuaire de la liberté doit être respecté chez les infidéles, et la violence ne doit pas s’y introduire pour contraindre la foi, attendu que son acceptation doit être raisonnable et libre, et que Dieu n'aime point Les hommages forcés. Voici d’ailleurs d’autres paroles de Tertullien qui fixent le sens des précédentes. « Il est contraire à la religion de contraindre à la religion, qui doit être embrassée volontairement, non par force. Tout sacrifice demande à être fait de bon cœur. Ainsi, disait-il aux empereurs payens, quand même vous nous forceriez de sacrifier à vos dieux, il ne leur en reviendrait aucun honneur; ils ne peuvent se plaire à des sacrifices qu'on leur offre malgré soi, à moins qu'ils n'aiment la violence. Or, un Dieu n'aime pas la violence. »
Voilà ce que dicte la raison divine, naturelle et juridique. La raison divine: « [va » des infidèles, dit saint Thomas (1), qui n’ont » jamais reçu la foi, comme les gentils et les » juifs; ces gens ne peuvent en aucune ma- » nière Ôtre forcés à croire, car la foi est un
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» acte de la volonté. » La raison naturelle : Croire est un acte de La volonté; or le pouvoir de forcer la volonté n’a été donné ni à l’église, ni à l’état ; il ne leur a pas été donné par Jésus-Christ, et il ne leur appartient pas en vertu de la nature des choses (1). La raison juridique : les infidéles ne sont point sujets de l'Eglise, ni passibles de ses châtiments.
L'Eglise , dit le concile de Trente (2), n’exerce de jugement que sur celui qui est entré dans son sein par le baptôme. »
Nous pourrions multiplier les citations et les autorités, mais la question nous semble suffisamment éclaireie, et nous terminons par les paroles du Concile de Carthage, Canon 109: Hoc tempore lex data est ut Libera voluntate unusquisque christianitatis arquinentum suscipiat.
Les infidèles ne sauraient done être forcés directement à embrasser le christianisme.
Cette maxime a été du reste de tout temps réduite en pratique par l’église, et agir autrement, c’eut été s'exposer, dans la plupart des circonstances, à ne produire que des hypocrites au lieu de faire des chrétiens.
(1) Suarez. De fide, disp. XVIII. s. 3, n. 4. (2) Sess. XIV, ©. 2.
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Comment nos missionnaires marchent-ils à la conquête des parties du monde qui sont encore plongées dans les ténèbres de l’infidélité? Embrasés de zèle pour la gloire de Dieu, pleins d’une tendre chaité pour les âmes , ils s'arrachent aux douceurs de la famille, abandonoent leur patrie et volent à travers l'Océan sur les plages les plus inhospitalières, pour travailler au salut de leurs frères. Sans autre appui que la croix et leur confiance en Dieu, ils vont affronter des fatigues et des privations surhumaines. Îls versent leurs sueurs et trop souvent leur sang loin de tout secours terrestre.
Les souverains affectent d'ignorer leur dévouement ou le méconnaissent.Dieu seul ne les perd point de vue. Il compte leurs soupirs et leurs larmes, et il n’a pas besoin pour faire de leur sang une semence de chrétien de l'autorisation de la puissance humaine.
Nous n'avons parlé jusqu'ici que de la contrainte dont le but direct serait la conversion des infidèles; on vondra bien remarquer que nous n'avons point touché le droit indirect en vertu duquel l’église pourrait .
par la concession de certains avantages temporels, atlirer les infidèles au baptème, ou
les forcer à se laisser éclairer sur leurs erreurs par des prédications spéciales, (constit. 92 de Grégoire XIIT). ou enfin même les châtier , s'ils venaient à violer les droits divinement conférés à l’église. On ne saurait contester cette rrérogative à l'épouse de Jésus-Christ, pas plus qu’on ne saurait lui refuser le droit d'interdire par la force, aux infidèles vivant au milieu des chrétiens, tout ce qui pourrait être pour ces derniers un danger pour la foi ou une occasion de tomber dans le péché.
Il nous reste à expliquer en peu de mols le pouvoir de l’église à l'égard des hérétiques et des apostats. Ce qui les concerne s’applique pareillement aux schismatiques dont nous n'avons pas à nous occuper. Quelle est l’étendue de ce pouvoir ? La réponse est facile , car la doctrine catholique s'appuie sur des raisons si évidentes , si nombreuses, si justes, qu'en y réfléchissant, on est surpris que des esprits droits aient pu le méconnaitre ou le révoquer en doute. L'église à l'égard des héreliques et des apostats à toujours le droit et souvent même le devoir, lorsque les moyens de persuasion ne suflisent pas pour les ramener à la vérité, d'employer la contrainte physique
et les peines corporelles, soit pour les corricer, soit pour préserver les fidèles de la conlagion de l'erreur. Que lon veuille bien peser les considérations suivantes.
L'église n'a pas apparu au milieu des peuples sans avoir 616 prédile et annoncée longtemps à lPavance. Bien plus, lAncien Testament tout entier n’a été qu'une grande institution figurative de l'église. Ses sacrifices, son sacerdoce, sa hitrarchie, étaient des prophélies vivantes du sacrifice, du sacerdoce el de la hiérarchie de la nouvelle loi. Quand l'église fut instituée et fondée par Jésus- Christ sur le rocher vivant, dans la personne de Saint Pierre, elle reçut eu héritage tous les droits, toutes les prérogatives de la Synacoque, Pour un catholique tant soit peu au courant de ce qui concerne sa religion, cette vérité ne saurait être douteuse. Or parmi les droits de la Svnagogue se trouvait celui de la contrainte, dont le grand prètre pouvait user envers les violateurs de la loi et les contempteurs de son autorité. La conclusion est simple. Si l'église n'a pas le même pouvoir et les mêmes droits, elle est plus imparfaite que la Svnagogue, la réalité est au dessous de sa figure.
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L'institution de la primauté du priace des Apôtres nous fournit une autre démonstralion non moins évidente de la même vérité.
Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Tout ce que tu délieras sur la terre, sera délié dans le ciel, et tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans le ciel. Pais mes agneaux, pais mes brebis. Si l’on considère la force des paroles de Jésus-Christ dans la collation de la grande prérogative du primat, on sera obligé de convenir avec les pères, les théologiens, Les conciles que la primauté est un pouvoir royal dont les royautés ordinaires ne sont qu’une ombre affaiblie. Or le pouvoir roval emporte le pouvoir d’user légitimement de la contrainte pour promouvoir le bien de la sociéié. Donc le pouvoir de la contrainte appartient également à l’église dans son chef.
Quand on analyse impartialement la parie des paroles, « Tout ce que tu délieras sur la terre, sera délié dans le ciel, tout ce que tu lieras sur la terre, sera pareillement lié dans le ciel, » on est forcé d’avouer que Jésus-Christ a conféré au prince des apôtres une puissance sans limites. À moins
— 7) done qu'on ne démontre que dans cette universalité ne sauraient être renfermés la puissance coactive et le droit d'user de contrainte envers des rebelles, où que ce pouvoir ne saurait être d'aucune utilité à l'église pour obouir à fin, on devra admettre l'existence 9 pouvoir dans l'église, Or ces deux pois n° se démontreront jamais.
Lorsque Jésus-Curist dit que si quelqu'un ne veut point écouter l'église et lui obéir, il doit être regardé par les fidèles comme un payen el un publicain, il affirme tout simplement le pouvoir de l’'excommunication dans l’éolise. Et que lon ne Ss'imagine pas que cette excommunicalion à des effets purement spirituels. Pour se détromper en n'a qu'à jeter les veux sur la manière dont saint Paul en parle dans sa deuxième épitre aux Tessaloniciens, ch. LEFT, v. 14%, et la portée que lui donne saint Jean. ch. IE
Lorsque saint Paul assure qu'il a la pouvoir de punir toute désobéissance, (FL. Cor. X. 6); lorsqu'il demande aux fidèles S'ils désirent le voir venir à eux la verge à La main, ne fait-il pas une allusion manifeste au droit de contrainte, dont il n'hésitera pas, au reste, à user à l'égard de l’incestueux de Corinthe ?
La vie toute entière de l’église est une vaste démonstration de notre thèse. À toutes les époques, dans tous les lieux, au milieu des difficultés les plus douloureuses, l'église a constamment revendique le droit dont nous parlons. [1 faudrait citer les Pères, les Docteur, les Théologiens, les Pontifes, tous, les uns après les autres, pour indiquer les défenseurs de cette prérogative., Les faites l'ont sanctionné de leurs décisions. ‘on nlons-nous de citer ceux dé Latrar àV, de Lyon et de Trente. C’est donc rejeter : eglise entière en bloc que de nier l’exis!: ee de ce pouvoir.
La raison catholique à elle seule nous peut faire toucher du doigt la vérité que nous défendons. On s’imagine assez communément dans un certain monde que l'église n’a de pouvoir que sur les âmes, comme si les àmes seules devaient jouir dans l'éternité de la béatitude céleste, C’est une erreur grossière. L'église exerce sa juridiction sur l'homme tout entier, puisqu'elle doit le conduire tout entier à sa fin dernière. Ceci une fois admis, que nous dit la lumière de la raison catholique ? La fin de la société civile est le bonheur de l’homme ici bas et l'éloignement
à des obstacles qui pourraient lui faire perdre sa fin dernière, La fin de l’église est Le bonheur de l'homme tout entier dans l'éternité.
Où ne fera aucune difficulté d'accorder Île droit de contrainte au pouvoir civil pour qu'il puisse conduire La société au bonheur d'un instant, et on voudrait le refuser à lélise qui à pour objet un bonheur infini, el lorsque lon sait parfaitement que des pénalités purement spirituelles seraient trop souvent inisuflisantes ?
[ne faut donc pas nous étonner si lélise se montre si jalouse de ce pouvoir, Outre La mission qu'elle à de ne laisser périr aucune des prérogatives que le Sauveur lui à accordées, sa conduite trouve sa justification dans le bien des nations. L'hérésie n'est pas seulement une faute individuelle sans portée, elle est un crime social. Là où elle s'introduit elle apporte la négation de l'autorité divine de l’église. Sur les ruines de cette autorité S'’amoncellent bientôt d’autres ruines. La ruine de l'autorité au sein de la societé civile ne larde pas à la suivre avec la négation des droits les plus sacrés de la famille et des individus. EL alors en voit Les vicilles monarchies chanseler sur leurs bases,
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ECRE. | s'écrouler avec fracas, et Les nations se précipiter vers un état de barbarie auprès de laquelle la derniére tribu de sauvages sem blera bien civilisée, Dès lors aussi on comprend que cette prérogative soil allirmée dans le document capital du sièele, dans le Syllabus, par la condamnation des proposilions XIX, XXII et XXEIV.
Voilà pour le droit en lui-même, Quant à l'usage de ce droit, c'est à Peglise el surtout à son chef à Le diriger selon les règles de la prudence, et les souverains pontifes n'y ont Jamais manque.
Traitons maintenant la seconde question posée plus haut. L'homme at-il le droit ou la liberté de croire où de ne pas croire , d’embrasser le culte qui fui sourira davantage, ou de n’avoir aucune religion { Si le premier droit de homme est de pouvoir adorer librement son Dieu, c’est en mème temps son premier devoir: la raison el a foi unissent leurs lumières pour lui en demontrer L'obligation. Nous sommes airivés à la base, au fondement du libéralisme moderne, fondement qui n’est autre que lindifférentisme , el sans lequel tout Le système croule. Voyons un peu ce qui en est.
Les prinepales maximes du libéralisme , considéré par rapport à l'individu, sont:
liberté de la conscience, c'est-à-dire, de croire où de ne pas croire; liberté des culles, c'est-à-dire, d’embrasser la religion que l'on voudra; liberté de la presse, c’està-dire , de propager et de défendre l'erreur comme la vérité, le mal comme le bien.
Nous ne dirons rien ce soir de la liberté de la presse ainsi entendue, qui n'esl que la licence.
Par liberté de la conscience, de la pensee ou de la croyance, formules souvent employées l’une pour lPautre, si l’on veut dire que personne ne peut imposer une rècle à notre intelligence et à notre volonté, on proftre une erreur et une impiété.
Une erreur: car, comme nous l'avons souvent répété, l'intelligence est faite pour la vérité; elle est tenue de penser, autant que possible, conformément à la vérité, sous peine de se priver d'elle-même de son unique objet. Il en est de même de la volonté, qui a pour objet le bien.
Une impiété : en effet, proclamer la liberté de pensée en matière de religion, c'est dire que Dieu ne nous à pas manifeste
la vérité, ou bien que, s'il nous l'a manifestée , il importe peu de croire ou de ne pas croire à Dieu qui parle,
Admettre la premiere de ces alternalives, c’est ancantir la religion de Jésus-Christ sur la terre, c’est rejeter ses enseignements, nier sa mission divine et détruire l'effet de son avénement dans le monde, Admettre la seconde , c’est traiter Dieu comme on trailerait un homme de bien minime importance , auquel toutefois on ne voudrait pas dire en face qu’on s'occupe peu de ses paroles, qu'elles soient vraies ou fausses.
En outre, proclamer la liberté de pensée, c’est proclamer, par une conséquence logique, la liberté de tout acte, de tout crime. En effet, si la liberté de pensée est licite, pourquoi la liberté d'agir ne le serait-elle pas? pourquoi ne serait-il pas permis de croire que ce que l’on regarde comme une loi divine n'est qu'une invention humaine, une tyrannie qu'il faut repousser à tout prix? Si j'ai des raisons de croire que ce qu’on appelle droit n’est qu'une injuslice, que la piété est une superstition, la propriété un vol, la pudeur un préjuge d'éducation', comment pourrait-on m'empêcher
ER D d'agir conformément à ma crovance et à ma pensée ?
Ne nous v trompons pas ; c’est en vertu de ce principe que les révolutionnaires ont detrône les souverains Iégitimes , que les impies ont attaqué le christianisme, que Les socialistes et les communistes ont dépouillé les particuliers de leurs droits. A leurs veux, état une horreur de voir des hommes commander aux autres ; l'état actuel de La société était une violation des lois de Ia juslice; la religion n'etait qu'un tissu de fables et de superstitions, Les plus abominables forfaits ont suivi la plus désastreuse licence de la pensée
Quel est done le devoir de la pensée, de l'intelligence et de La volonté vis-à-vis de Dieu et de sa révélation ? Il appartient à la raison de démontrer que, si Dieu a daigné nous révéler quelque chose, nous sonimes tenus de Fadmettre et de le croire dans le seul et mème sens dans lequel il Pa révélé. En effet, rien de plus raisonnable que de croire de toute lardeur de ses convictions ce qui porte le caractère de la cerlitude et de Fa verité. Or, rien ne saurait être plus certainement vrai que ce que nous
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