‹ Le libre échange et l'impôtChapitre 21 sur 118 · PRÉFACE. XXVI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXVI

faite jusqu'ici, il n'est pas étonnant qu'aucune réponse n'ait été présentée.

Est-il parfaitement certain que ce déplacement de capital et de travail attendu, espéré, comme la suite nécessaire et le fruit de la liberté commerciale, s'opérera dans l'intérieur même du pays où cette liberté vient remplacer un régime de protection? Ce capital et ce travail engagés, si l'on veut, égarés dans des industries factices, est-on assuré que, pour chercher un emploi plus naturel et plus productif, ils n'émigreront pas vers d'autres contrées? Et si cette émigration avait lieu dans des proportions notables, ne pourrait-il pas en résulter pour le pays ainsi délaissé un appauvrissement immédiat qui préviendrait, paralyserait même complètement, du moins sur ce point du globe, le développement de richesse attendu de la liberté commerciale? En d'autres termes, il n'est pas douteux que la richesse générale de l'humanité est accrue toutes les fois qu'on remplace une industrie artificiellement protégée par une industrie naturellement féconde; et si

XXVni PRÉFACE.

tout le monde civilisé ne faisait qu'un seul peuple, comme au temps de l'empire Romain, cette nouvelle répartition des forces productives n'aurait que les inconvénients partiels et passagers dont on parle, et auxquels la raison conseillerait, en effet, de se résigner. Mais comme ce monde est aujourd'hui beaucoup plus étendu qu'autrefois et divisé entre plusieurs nations, il n'est pas également certain que toutes ces divisions profitent au même degré, que quelques-unes même ne souffrent pas de renrichissemenl général. On peut même jusqu'à un certain point être certain du contraire.

Les diverses nations, en effet, qui se partagent aujourd'hui l'ancien et le nouveau monde, sont des réunions d'hommes autrefois formées, aujourd'hui retenues ensemble par de tout autres considérations que celles des faits économiques. Elles n'ont jamais songé à se partager le monde en lots égaux d'uoe égale fertilité naturelle. C'est la politique, c'est l'histoire, c'est la sagesse el l'habileté des souverains, c'est le son des armes, ce sont les

PRÉFAGK. XXIX

mille jeux de la force et de la liberté qui ont, soit réuni sous la même loi, soit réparti entre des lois différentes les populations et les territoires. Croire que chacune de ces agglomérations ainsi arbitrairement formées a reçu du ciel une dose égale de faveur, et qu'en laissant la nature agir elle traitera chacun de ces enfants qu'elle n'a pas portés dans son sein comme le Code civil traite 'es enfants d'un même père, c'est une assertion parfaitement gratuite et qui n'est nullement vraisemblable. Il faut s'attendre que la substitution du régime naturel au régime factice amènera sur la surface du globe une répartition nouvelle de richesses et de biens, dans laquelle, la masse totale demeurant accrue, plus d'un des co-partageants pourra pourtant se plaindre d'avoir plutôt perdu que gagné. On comparait tout à l'heure, par une métaphore souvent faite, le capital qui se déplace pour chercher un emploi avantageux au liquide qui cherche son niveau. L'assimilation est plus juste encore qu'elle n'a l'air et peut être poussée plus loin Sans faire tort à la vérité ni à aucun

Page 1