PRÉFACE. XXXI
être à certains pays par Fapplication générale de la liberté commerciale, soit l'avenir prédestiné d'un territoire aussi favorisé par le ciel, aussi fécond en industries naturelles que celui de France. Je n'examine pas si l'oubli de ces considérations n'est pas pour quelque chose dans les souffrances de certaines provinces de France et dans les surprises dont l'opinion publique demande en ce moment si sévèrement compte au libre échange. La seule conclusion pratique qui ^ô paraisse incontestable est celle-ci, c'est que toutes les fois qu'en modifiant les lois commerciales on met des industries existantes dans le cas de subir une liquidation forcée, on place ceux ^^i s'y adonnent, capitalistes ou ouvriers, dans celte alternative, ou de quitter l'emploi qui leur est lamilier, s'ils veulent demeurer dans leur patrie, ^u risque de n'en pas trouver d'autre suffisamment ï^emunérateur — ou de quitter leur patrie, s'ils *^^uvent trop de difficultés et trop peu de profit * changer d'emploi. C'est le choix qu'on leur donne.
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Ajoutons maintenant que le parti qu'ils prendront entre ces deux genres de sacrifices est beaucoup plus douteux aujourd'hui que dans les temps passés. Autrefois, la distance, la différence des mœurs, la diversité des législations, les antipathies nationales faisaient considérer à tous comme une extrémité redoutable l'abandon du lieu natal et la résolution de s'aventurer au dehors. L'argent, comme l'homme, s'expatriait avec peine et sans sécurité suffisante. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Les chemins de fer et les bateaux à vapeur transportent en quelques jours d'une extrémité à l'autre des mondes des populations émigrantes. Une lettre de change ou un chèque transfèrent en un clin d'œil des millions qui, grâce à l'uniformité croissante des mœurs et des lois, se trouvent partout à peu près également garantis. N'oubhons pas nonplusquede vastes contrées naguères étrangères ou rebelles à l'industrie — l'Amérique devenue manufacturière, les Indes pacifiées €t percées de chemins de fer par la domination anglaise — offrent maintenant à tout ce qui veut
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travailler et produire des territoires vierges et des forces naturelles intactes qui peuvent exercer sur les capitaux comme sur les imaginations un attrait irrésistible. Il y a là des considérations importantes que des I^islateurs prudents, une fois avertis, ne peuvent méconnaître. ^
Il convient même de remarquer encore, ce (Jue Fauteur ne dit pas explicitement, mais ce qui se dégage naturellement de sa pensée, c'est que, pour que le résultat qu'il indique ait effectivement lieu, pour que, par suite de la liberté des échanges, une altération d'équilibre s'opère dans la richesse comparative des diverses nations, il n'est pas nécessaire de supposer une émigration proprement dite, un déplacement matériel d'argent et d'hommes. II suffit que, de deux pays autrefois séparés par des barrières que supprime le libre échange — l'un, moins bien traité originairement par la nature, voie son capital, privé d'emplois jusque-là fructueux, se reproduire difficilement, tandis que dans l'autre l'ouverture de débouchés nouveaux imprime à la population comme à la richesse un
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