‹ Le libre échange et l'impôtChapitre 29 sur 118 · PRÉFACE. XLI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XLI

décoûseilleraity sans qu'aucune des deux soit dans

son tort. Seulement, dans le conflit, c'est à Téco-

nomie politique à céder le pas, ou plutôt c'est à la

conscience de chacun à maintenir la préséance

qui appartient à la morale.

La question se présente absolument sous le même aspect à ceux qui gouvernent les États.

A la vérité, c'est plus rarement avec la morale, plus souvent avec la politique proprement dite que, dans les conseils des gouvernements, l'économie politique peut se trouver aux prises. Sans doute, encore ici, la richesse est pour une nation un puissant élément de force et de grandeur. Ce n'est pourtant ni le seul, ni même souvent le principal. . L'histoire ne nous montre-t-elle pas plus d'une nation prospère qui a décliné et péri par l'excès de sa félicité même, et pour avoir laissé étouffer les vertus militaires ou civiques dans les délices du bien-être et dans les préoccupations du lucre ? Une politique généreuse et patriotique a donc non seulement le droit, mais souvent l'obligation de dédaigner la richesse parce qu'elle aspire plus haut.

XLIl PRÉFACE.

el de demander à un peuple le sacrifice momentané ou même définitif d'une partie de son opulence : ce qu'elle ne peut pourtant faire sans déroger en une certaine mesure aux règles de Féconomie politique. Il ne s'ensuit pas que ces règles soient fausses, ni que l'économie politique soit coupable de les avoir fait connaître. La seule conclusion à en tirer, c'est qu'il y a pour une nation un but plus élevé, et même un gain plus solide à poursuivre que l'accroissement de la richesse.

Reproche-t-on à la médecine de ne prendre soin que de la santé du corps? Et cependant il est des cas où le citoyen, le père de famille doit risquer cette santé, et même sa vie pour le salut des siens ou de sa patrie.. Chacun alors est dans son rôle et doit y rester : le médecin s'acquitte de sa tâche en avertissant du péril : en négligeant l'avis, l'homme de bien, l'homme d'honneur, l'homme d'État fait son devoir. Gardons-nous pareillement de demander à l'économie politique, plus qu'à la médecine et à l'histoire naturelle, d'être religieuse, chrétienne, désintéressée. Ce serait élever plus d'exi-

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geûces qu'elle n'a qualité pour en satisfaire. C'est à nous d'avoir ces vertus, et de fermer l'oreille aux conseils, de quelque part qu'ils viennent, qui nous détourneraient de les pratiquer. Tout ce que nous oouvons réclamer de l'économie politique c'est qu'elle reste dans sa sphère et qu'elle se tienne à la place élevée encore bien que secondaire, qui lui appartient dans l'échelle des sciences qui prétendent à diriger la vie sociale. Celle réserve d'ailleurs est dans son véritable inlérêl : car en limitant ses prétentions, elle assure son indépendance dans le champ des recherches qui constituent véritablement son domaine. C'est la conclusion sur laquelle s'arrête Y Introduction à ^Économie politique. Il est temps de laisser maintenant Fauteur parler lui-même.

Juin 1879.

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