‹ Le libre échange et l'impôtChapitre 39 sur 118 · Pline, of poHt. econ.y t. H, p · texte numérisé non relu

Pline, of poHt. econ.y t. H, p

Il est permis de considérer comme une eireur cette opiaion qui, d'ailleurs, n'a d'importance qu'en théorie pure. Voici, ce semble, comment les choses se passeraient dans ce cas imaginaire.

Toutes les industries étant également taxées, aucun capitaliste n'aurait inlérét à retirer de l'induslrie qu'il exerce tout ou partie de son capital, pour le transférer à quelque autre industrie; mais tous auraient un égal intérêt à prélever l'impôt sur leur capital, au lieu de le prélever sur leurs profits. Chaque industrie produirait un peu moins; le prix de tous les produits s'élèverait, ainsi que le remarque M. Ricardo, puisque la quantité des produits serait moindre, proportion gardée à la quantité des métaux précieux qui continueraient à circuler dans le pays; chaque consommateur:, pour une somme égale, obtiendrait une moindre quantité de chaque espèce des produits, et la même somme passant de la bourse du consommateur dans celle du capitaliste, enfin d'année le capital serait rétabli. A la vérité les capitalistes, étant personnellement consommateurs du produit l'un de l'autre, en cette qualité ils partageraient les privations qui résultent du renchérissement de toutes choses; mais ils les partageraient avec les propriétaires fonciers qui vivent de leurs

Googie

rentes, avec les travailleurs qui vivent de leur salaire; ils les partageraient en proportion de leurs dépenses personnelles ; au lieu de supporter seuls les conséquences de l'impôt, ils les supporteraient en commun ; au lieu de les supporter dans une proportion déterminée, ils les supporteraient chacun dans la mesure de sa convenance.

S'il est impossible d'imposer le revenu du propriétaire foncier, la rente de la terre j il ne l'est pas moins, on le voit, d'imposer le revenu net des capitalistes, les profits. Ici encore, l'impôt rentre, bon gré mal gré, dans les frais de production; avancé par le capital, il se confond dans le prix des choses, et se répartit, en privation, entre les consommateurs. Poursuivons.

Peut-on imposer le revenu net de la classe laborieuse? Peut-on opérer sur le salaire de l'ouvrier un prélèvement régulier, équitable, périodique, et qui reste en définitive à sa charge?

Pour peu qu'on y réfléchisse, on verra bien que cela n'est pas possible.

Supposons, en eifet, que le gouvernement parvienne à dresser un état exact du nombre des personnes qui vivent, en France, des produits de leur intelligence ou de leurs bras; supposons qu'il parvienne à consta-

ter exactement la somme que chacun d'eux reçoit chaque année à titre de salaire, gage, appointements, traitement, émoluments, n'importe le nom, supposons qu'il les impose à raison de 1 p. 100 de cette somme.

Qu'arrivera-t-il?

Ainsi que je le disais en commençant, c'est un nouveau capital qui se forme ; c'est, dans celte hypothèse, une partie du revenu net de la société qui se capi- . talise entre les mains de l'État, le capital préexistant demeurant dans son intégrité, puisque l'impôt serait prélevé non sur le nécessaire strict, mais sur le modeste superflu de la classe ouvrière, sur le peu qu'elle consacre à ses modiques jouissances.

Or, pour employer ce capital de nouvelle formation, il faut que l'État descende sur le marché, qu'il entre en concurrence avec le capital préexistant, qu'il demande, comme lui, ou des bras, ou des marchandises.

S'il demande des bras, il n'en peut obtenir qu'en les enlevant au capital préexistant. Il ne peut les lui enlever qu'en élevant le taux des salaires ; et le capital préexistant ne peut les lui disputer qu'en l'élevant de son côté. Le prix de la main-d'œuvre hausse ; la classe ouvrière recouvre en accroissement de salaire

ce qu'elle avait payé sous forme d'impôt. Le fardeau se trouve transféré de l'ouvrier au capitaliste.

€ Si, lorsque les salaires sont imposés, dit Ricardo, le prix du travail ne montait pas, il y aurait une grande augmentation dans la demande des bras ; tous les capitalistes qui n'auraient rien à payer sur cet impôt auraient les mêmes fonds disponibles pour donner de l'emploi à des ouvriers, tandis que le gouvernement aurait, dans le montant de l'impôt, un surcroît de fonds pour le même emploi. Le gouvernement et la nation se trouveraient en concurrence, et la suite de leur rivalité serait la hausse du prix du Iravail *. »

c Quand le produit d'une taxe sur les salaires, dit M. Macculloch, est employé par le gouvernement à multiplier le nombre de ses agents, comme il retire par là du marche une certaine quantité de travail, il élève d'autant le prix du travail, en général *. *

cSi le gouvernement, dit M. Mill, lève une taxe d'un schellingpar semaine sur chaque travailleur, et qu'il en emploie le produit à augmenter le nombre des hommes engagés à son service, la classe ouvrière sera indemnisée de tout ce que la taxe lui aura enlevé ^ »

Page 1