Principes (^économie politique, t. I, p
» Le succès dans la production , comme toute autre espèce de succès, dépend plus des qualités des agents humains que des circonstances au milieu desquelles ils fonctionnent, et ce sont les difficultés et non les facilités qui entretiennent l'énergie mentale et physique. Le berceau des tribus qui ont envahi et vaincu les autres, et les ont forcées à travailler pour les vainqueurs, a presque toujours été placé au milieu des difficultés. »
« Jetez les yeux sur les zones tempérées, dit M. Thiers, et voyez la petite place que nous occupons sur la surface du globe; il yal5à46 degrés de latitude, 45 de longitude. Toute l'Europe — tournez une mappemonde dans vos mains — toute l'Europe n'est rien par rapport au reste du monde. Eh bien, qu'estce que Dieu lui avait donné? Des chênes, des sapins, des pâturages, à peine des céréales, du bétail fort en taille, médiocre en beauté, et, au contraire, il avait donné à la Chine la soie, à l'Inde le coton, au Thibet .les plus belles races de moutons, à l'Arabie le cheval, à l'Amérique les métaux précieux et les bois les plus admirables. En un mot, il avait tout prodigué à ces autres parties du monde, mais en Europe, qu'y availil donc de supérieur? Une seule chose : l'homme, l'homme ! Tout était inférieur, en Europe, excepté
rhorame, parce que les contrées tempérées sont les plus propres au développement de l'organisation humaine. Dans les pays froids, l'homme s'engourdit ; dans les pays chauds, il s'endort dans la mollesse. Là seulement l'homme pouvait être grand, fier, ambitieux. Aussi est-il allé tout prendre dans ces contrées si bien dotées sous le rapport matériel ; il a pris à la Chine la soie, à l'Inde le coton, au Thibet le mouton, à l'Arabie le cheval, à l'Amérique les métaux, les bois; avec toutes ces choses, il a paré l'Europe, sa chère patrie, il en a fait le théâtre de la civilisation; el puis il en est reparti sur des machines puissantes pour aller conquérir et civiliser ces contrées lointaines où il n'était pas né et auxquelles il avait tout ravi*... 3>
Or, s'iren est ainsi;
Si les États peu favorisés par la nature, médiocrement avancés en civilisation, sont exposés, par le cours des événements, par la force même des choses, à perdre tôt ou tard cette portion de leur capital accumulé et de leur population laborieuse qui peut trouver ailleurs une meilleure fortune, un emploi mieux rétribué;
1. Discussion sur le régime commercial de la France ^ p. 112.
19i LE LIBRE ÉCHANGE ET LMMPOT.
Si le progrès de la liberté commerciale ne fait que précipiter le moment fatal ;
Si Tunique moyen pour eux de le conjurer, c'est d'imprimer, dans leur propre sein, au capital une direction plus intelligente, au travail une impulsion plus vigoureuse ;
On irait directement contre le but en maintenant indéfiniment l'un et l'autre, sous Tabri trompeur et torpide du régime protecteur, père nourricier de l'ignorance, de la paresse et de la routine.
On irait droit au but, au contraire, en abordant de front la difficulté, en acceptant de bonne heure et de bonne grâce un avenir inévitable, en éclairant avec sincérité les intérêts compromis sur leur position, en les soumettant, avec mesure et discernement, sans doute, mais réellement et résolument, à l'aiguillon de la concurrence. Adopter, par conséquent, comme leurs heureux rivaux, adopter, en même temps que leurs heureux rivaux, le principe de la liberté commerciale, sous le bénéfice des exceptions qu'il comporte, dans les limites que la science lui assigne, mais en se réservant d'étendre plus ou moins ces limites, de régler ces exceptions, quant au nombre, à la nature, à la durée, selon l'exigence de leurs circonstances respectives, telle devrait être, à mon avis.
la politique ou, si l'on veut, la conduite des États dont il s'agit; c'est ainsi seulement qu'ils pourraient espérer de regagner d'un côté ce qu'ils seraient exposés à perdre de l'autre, et de compenser par Tactivité et l'industrie les torts de la nature et de la fortune; et c'est à ces conditions seulement qu'on peut considérer le principe de la liberté commerciale comme universellement applicable, comme utile indistinctement à tous les États — mérite qu'on aurait tort de lui attribuer si l'on négligeait de tenir compte de ses conséquences, dans les cas ir^iportants et nombreux que nous venons d'indiquer, et surtout si Ton n'accordait point, dans ces cas, aux exceptions que le principe lui-même admet, un certain degré d'élasticité.