‹ Le libre échange et l'impôtChapitre 69 sur 118 · VALEUR EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

VALEUR EN GÉNÉRAL

Considéré sous un point de vue restreint et purement extérieur, l'horame ressemble à tous les êtres animés dont la main de la Providence a peuplé notre globe : il naît, grandit, décline, durant les différentes phases de son existence; il est soumis en esclave à des besoins impérieux; s'il vit, c'est à la condition d'y pourvoir.

Vu de plus haut, apprécié dans ce qu'il a d'intime et d'éminent, l'homme se distingue du reste des créatures, ou plutôt il les domine et règne sur elles. Au dedans de son enveloppe terrestre habite une intelligence qui ressent de nobles penchants, s'ouvre à des impulsions généreuses, s'adonne à des plaisirs ingénieux et délicats.

De cette diversité dans ses facultés résulte l'in-

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finie variété de ses désirs, de ses aptitudes et des mobiles qui le dirigent.

S'il était un simple animal, ses appétits seraient en petit nombre, grossiers, promptement apaisés; s'il était un pur esprit, à peine lui est-il donné de pressentir dans quelle sublime contemplation il demeurerait absorbé. Mais tant qu'il réside sur cette terre, c'est un être double(qu'on tolère l'expression); comme tel, il aspire à plusieurs sortes de biens. C'est, en même temps, et par essence, un être mixte; aussi rien de ce qui l'affecte n'est tout à fait exempt de mélange. Les besoins qu'il subit, les émotions qu'il recherche, les idées qui l'enchantent ou le consolent, les sentiments mêmes auxquels il rend un culte, se tiennent de près ou de loin, naissent l'un de l'autre, se fondent l'un dans l'autre par des gradations insensibles, se combinent sous mille formes et par là se multiplient sans mesure. Il n'est, dans sa nature matérielle, aucune jouissance que la vertu ne puisse sanctifier, la raison ennoblir ou le goût épurer. 11 n'est, dans sa nature intellectuelle, aucune notion qui se détache,avecune précision rigoureuse, des données primitivement fournies par les sens.

Inépuisable en désirs, l'homme semble l'être également en ressources.

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DE LÀ VALEUR. ÎOl

Pour subvenir à ses besoins les plus légitimes, pour contenter ses caprices les plus fugitifs, il met à contribution l'univers entier. La terre lui cède les plantes qu'elle porte à sa surface et les minéraux qu'elle recèle dans ses entrailles. Les animaux se laissent apprivoiser, pour le nourrir ou le servir. Les mers, les lacs, les rivières lui iournissent des aliments divers ; il y puise tour à tour des sels propres à son usage, et des bagatelles dont sa frivolité s'enorgueillit;il emprisonne le vent et le transforme en moteur ou en véhicule ; il trouve enfm, soit dans le développement de ses propres forces, soit dans l'activité' de sa pensée, soit dans ses relations avec ses semblables, des sources de satisfaction qui se renouvellent sans cesse.

Ce rapport entre nous et les dons du créateur, cette propriété inhérente à tant de choses, commune à des choses si diverses, de modifier l'homme au gré de ses souhaits, le vulgaire la nomme tantôt utilité, tantôt agrément, selon qu'il attribue aux objets qui en sont pourvus un but sérieux ou frivole. On dit qu'une chose est utile lorsqu'elle est telle que l'homme en puisse faire, pour lui-même ou pour ses semblables, un emploi avoué par la raison; on dit qu'une chose est simplement agréable, lorsqu'elle ne sert qu'à con-

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tenter quelque fantaisie. Du reste, ce sont là deux nuances i'xxne même idée, deux nuances dont il n'est besoin de tenir compte ici que pour mémoire.

c L'économie politique, dit avec raison M. Mill, n'a rien à voir dans l'appréciation que peut faire des différents usages un philosophe ou un moraliste; l'usage d'une chose en économie politique désigne son aptitude à satisfaire au désir ou à servir un dessein. »

En confondant ces deux nuances, on donne à la notion complexe qui en résulte le nom de valeur; on dit d'une chose utile ou s^réable que cette chose a de la valeur.

Jusqu'ici point de difficulté ; le langage est arbitraire, et si le mot valeur était réduit à cette unique acception, il n'engendrerait ni confusion ni équivoque.

Mais ce terme a deux significations distinctes, Tune primitive, essentielle, c'est celle que l'on vient d'indiquer; l'autre accessoire, dérivée et purement relative.

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