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DES DIVERS DEGAÉS DE VALEUR EN ÉCHANGE

La valeur en échange d'un objet quelconque augmente en raison directe de la demande et en raison inverse de l'offre.

Supposons cent individus possesseurs chacun d'un sac de blé, et l'offrant en échange d'un tonneau de vin. — Supposons, en même temps, cent autres individus possesseurs, chacun, d'un tonneau de vin, et l'offrant en échange d'un sac de blé.

Il y aura, d'une part, offre de cent sacs de blé, et demande de cent tonneaux de vin, de l'autre offre de cent tonnfeaux de vin et demande de cent sacs de blé.

L'offre sera, de part et d'autre, égale à la demande.

Partant, chaque sac de blé vaudra un tonneau de vin et réciproquement.

Surviennent, maintenant, cent nouveaux individus, possesseurs chacun d'un tonneau de vin, et l'offrant de même en échange des mêmes sacs de blé.

Qu'arrivera-t-il?

Que chaque possesseur d'un tonneau de vin sera forcé de se contenter d'un demi-sac de blé; que chaque sac de blé vaudra par conséquent deux tonneaux de vin.

Ainsi la valeur en échange du blé sera haussée de moitié.

La valeur en échange du vin aura baissé de moitié.

Mais pourquoi? . A l'égard du blé, parce que, l'offre demeurant la même, la demande aura augmenté de moitié.

A l'égard du vin, parce que la demande demeurant la même, l'offre aura augmenté de moitié.

Renversons maintenant la démonstration.

Il y a, d'un côté, cent sacs de blé, et, de l'autre, • cent tonneaux de vin. L'offre est égale à la demande. La valeur de chaque objet est ia même.'

Tout à coup, par un accident imprévu, 50 tonneaux de vin s'écoulent et se perdent.

Que s'ensuit-il?

Que chaque possesseur d'un sac de blé sera forcé

de se contenter d'un demi-tonneau de vin, que chaque tonneau de vin vaudra deux sacs de blé.

La valeur en échange du blé diminuera de moitié.

La valeur en échange du vin augmentera de moitié.

Pourquoi encore? .

A l'égard du vin, parce que, la demande demeurant la même, l'offre aura diminué de moitié.

A l'égard du blé, parce que, l'offre demeurant la même, la demande aura diminué de moitié.

Le degré de valeur en échange de chaque objet offert et demandé (car à défaut de l'une ou l'autre de ces conditions toute valeur en échange s'évanouit), dépend donc exactement de la quantité qui en existe sur le marché. Augmentez, ou diminuez cette quantité, le rapport entre cet objet et tel ou tel autre objet, qui se trouve en même temps sur le même marché, variera plus ou moins. Augmentez ou diminuez la quantité de tel ou tel autre objet, même variation, mais en sens inverse.

SECTION VIII CE qu'il faut entendre par marché

Chaque chose, disons-nous, a plus ou moins de valeur eu échange, selon la plus ou moins grande quantité de cette chose qui existe sur le marché. Mais que signifie cette expression : être sur le marché? ou plutôt qu'est-ce que ce marché?

Ce terme a plusieurs sens.

A proprement parler, un marché c'est une simple convention. C'est l'acte qui sert de fondement à tout échange. Deux personnes traitent ensemble; l'une convient de donner une chose ; en retour de cette chose, l'autre convient d'en donner une autre. Voilà un marché dans l'acception positive du mot.

Mais par une transposition d'idées qui n'a rien d'étrange, lorsque diverses personnes se réunissent, à jour fixe, dans un même lieu, pour y porter leurs

denrées et y conclure des marchés, cette réunion s'appelle aussi le marché. On dit : aller au marché, faire ses provisions au marché, etc.

Puis ensuite, par une seconde transposition d'idées non moins naturelle, le lieu où cette réunion s'opère, la place publique où les échanges se consomment, prend à son tour le nom de marché. En ce sens, une cho^ est sur le marché lorsqu'elle est déposée et offerte sur la place qui porte ce nom.

Enfin, en donnant à la métaphore toute l'extension possible, il arrive souvent qu'on réunit, par la pensée, une foule d'individus, séparés par des dislances plus ou moins grandes, mais liés entre eux par des rapports habituels, correspondant ensemble, entretenant d'activés communications ; on se les figure en quelque sorte rassemblés dans un même lieu, et tombant sous un même coup d'œil, ou, pour mieux dire, on se représente la place publique comme agrandie et couvrant un espace plus ou moins vaste. Dès lors, cette réunion fictive, cette réunion purement idéale, cette sphère d'activité commerciale, on l'appelle le marché.

En ce dernier sens, une chose est dite sur le marché lorsqu'elle est offerte publiquement, lorsqu'il suffit pour l'obtenir d'en proposer l'équivalent.

Le marché s'étend partout où l'offre est connue et la demande éveillée.

Une chose ainsi sur le marché se nomme marchandise.

Les limites de chaque marché, en prenant ce mot dans son acception extensive et figurée, sont, comme on le présume facilement, tout à fait mobiles ; il n'est guère possible de les déterminer avec quelque précision. Elles varient sans cesse en proportion de l'étendue des correspondances et de la multiplicité des communicalions.

Toutefois, c'est en dedans de ces limites que s'estime la valeur en échange de chaque espèce de marchandise. Gomme celte valeur en échange n'est rien autre chose en définitive qu'un certain rapport fugitif, instantané, entre deux sortes de marchandises, au moment précis où elles deviennent la matière d'un troc, ce rapport ne peut être saisi qu'autant que ce troc s'opère en réalité, Dans un canton donné de la France ou de l'Angleterre, la valeur en échange d'un sac de blé par rapport à celle d'un habit de drap pourrait être déterminée, chaque jour et à chaque instant, car chaque jour ces deux objets se trouvent sur le même marché. La valeur en échange d'un sac de blé deBeauce par rapport à l'arc d'un sauvage ou

à réquipement d'un Laponais est au contraire impossible à connaître, attendu que ces deux sortes de marchandises n'existent pas sur le même marché, et ne sont jamais offre ni demande l'une à l'égard de l'autre.

Puisque les limites de chaque marché s'étendent ou se resserrent selon l'étendue des correspondances et la multiplicité des communications, il est évident que tel négociant doit opérer sur un marché plus étendu que tel autre qui habite néanmoins le même lieu que lui.

Ce n'est pas tout.

Il est telle espèce de marchandises dont les propriétés, eu égard à la nature, à l'énergie, à l'intensité des besoins auxquels elles correspondent, sont renfermées sous un petit volume : une livre de thé, par exemple, peut suffire pendant un mois à une famille de dix individus.

Il en est d'autres, au contraire, qui ne peuvent satisfaire les besoins qui les réclament qu'en grandes masses. Sept ou huit cents livres de blé suffiraient à peine à cette même famille, pendant le même espace de temps.

Les premières sont dites : marchandises de peu d'encombrement. Il est aisé de les transporter au loin.

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Les autres sont dites : marchandises de grand encombrement. Gomme il faut un grand appareil de forces pour les mouvoir, il devient difficile, souvent impossible, de les faire circuler au delà d'un rayon assez circonscrit.

Les limites du marché s'étendent donc et se resserrent encore, selon la nature des marchandises.

SECTION IX

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