PRIX. — CE QUE C EST
L'échange est parfait ou imparfait.
L'échange est direct ou indirect.
4° L'échange est parfait quand les deux parties se font un abandon mutuel et sans réserve des objets échangés.
Pierre offre un sac de blé et demande un mouton. Paul offre un mouton et demande un sac de blé. Ni Uun ni l'autre ne pense à rentrer jamais en possession de l'objet dont il s'est défait.
L'échange est parfait.
L'échange est imparfait quand l'une des deux parties ne se défait de l'objet qu'elle offre que sous condition de le reprendre après un intervalle donné.
Pierre offre un cheval, mais à condition de ne le céder que pour un mois seulement. Paul consent à donner, sous réserve, un sac de blé pour obtenir le
cheval, sous la condition de le restituer après s'en être servi un mois durant.
C'est un échange imparfait.
Quand l'objet cédé sous condition de retour est un fonds de terre, l'échange imparfait se nomme, en général, fermage.
Quand c'est un objet mobilier, l'échange imparfait se nomme, en général, louage.
2° L'échange est direct sitôt que chacun des deux contractants donne une chose dont il consent à se priver, en échange d'une autre chose dont il espère tirer un meilleur parti.
Pierre possède un sac de blé, mais il n'a pas besoin de blé, il a besoin d'un mouton, Paul possède un mouton; il n'en sait que faire, il a besoin d'un sacdeblé.
Le marché se conclut troc pour troc.
L'échange est indirect si l'un des deux contractants donne une chose dont il consent à se priver, en retour d'une autre chose dont lui-même il n'a pas besoin, mais qu'il emploiera à s'en procurer une troisième, véritable objet de son désir.
Pierre possède un sac de blé, mais il n'a pas besoin de blé, il a besoin d'un mouton. Paul possède un mouton, il n'en sait que faire, il a besoin d'un sac d'avoine.
Point de marché possible entre eux.
Mais Jacques possède un sac d'avoine dont il est disposé à se défaire contre un sac de blé. Pierre échange d'abord son sac de blé contre le sac d'avoine de Jacques, puis ce dernier contre le mouton de Paul.
L'échange direct est rare.
Il se rencontre peu d'occasions où, de deux individus, l'un offre précisément et à point nommé ce que l'autre demande^ et réciproquement.
L'échange indirect au contraire est fréquent et journalier.
3" Supposez qu'on laissât les choses à leur cours naturel, ce mode de transaction deviendrait néanmoins singulièrement lent et compliqué.
Admettons, par exemple, que le possesseur du sac d'avoine n'ait pas besoin de blé, et qu'il veuille un chevreuil; il faudra dès lors que Pierre échange d'abord son sac de blé contre un chevreuil, puis celui-ci contre un sac d'avoine, puis ce sac contre le mouton; que si le possesseur du chevreuil n'avait pas besoin de blé, mais d'un habit, nouveau détour, et ainsi de suite.
Or, ce qui serait vrai d'un homme le serait de tous.
Qu'on se figure, dès lors, tous les individus dont chaque société se compose pourchassant ainsi, par
mille voies obliques, les divers objets de leurs désirs.
Qu'on se représente ces divers objets passant ainsi de l'un à l'autre, donnés et repris tour à tour, poussés et repoussés de main en main, décrivant des courbes innombrables avant d'atteindre le but. Quelle perte de temps! que d'allées et de venues! que de difficultés de toute espèce !
Supposons maintenant qu'il existe une marchandise que personne ne refuse, une marchandise spéciale, privilégiée, que tout homme, en tout temps, accepte volontiers en retour des objets dont il veut se défaire, bien sûr de trouver dans chaque autre homme le même empressement, sitôt qu'il la lui offrira.
A l'instant tout se simplifie.
Il suffit que Pierre échange son sac de blé conti^e celte marchandise spéciale, puis qu'il la fasse agréer à Paul en échange de son mouton; celui-ci en usera de même à l'égard de Jacques, et ainsi de suite.
Cette marchandise spéciale, cette marchandise universellement agréée, elle existe. Partout on la rencontre. Partout elle porte un nom qui lui est propre.
On l'appelle monnaie. •
L'acte par lequel on échange un certain objet contre une certaine quantité de monnaie, se nomme vente.
L'acte par lequel on échange une certaine quantité de monnaie contre un certain objet, se nomme achat.
Tout achat implique une vente et toute vente un achat, puisque l'objet acheté et l'objet vendu sont les deux termes de l'échange.
La quantité de monnaie que vaut un objet quelconque se nomme Ife prix de cet objet.
4° Dans l'échange imparfait, l'équivalent de l'objet cédé temporairement est d'ordinaire stipulé en monnaie.
Si l'objet cédé temporairement est un fonds de terre, cet équivalent se nomme rente.
S'il n'est pas un fonds de terre, cet équivalent se nomme loyer.
Parfois, néanmoins, l'équivalent est fourni en objets d'autre nature; il garde, en tout cas, le même nom.
SECTION y