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DU CREDIT

Quand, au lieu d'exiger sur-le-champ le prix de Tobjet vendu, le vendeur accorde, sous certaines conditions, terme et délai à l'acquéreur, il lui fait mdit.

Quand un prêteur livre, sous certaines conditions, une somme, une valeur quelconque à un emprunteur, il lui fait crédit.

En pareil cas, l'engagement écrit de l'acquéreur, l'engagement écrit de l'emprunteur, peuvent faire office de monnaie pleinement et de tous points.

Si le vendeur devient, par une raison quelconque, débiteur de son débiteur, îl peut le payer en lui rendant son engagement, et les deux dettes s'éteignent jusqu'à due concurrence, sans aucune entremise de monnaie.

De même entre le prêteur et l'emprunteur.

Supposons maintenant que le vendeur ou le prêteur, devenus débiteurs d'un tiers, substituent le tiers en leur lieu et place, en lui rétrocédant l'engagement de l'acheteur ou de l'emprunteur, cette fois encore il y aura dette payée sans aucune entremise de monnaie.

Cet engagement qui passe ainsi d'une main dans une autre main, et qui peut passer dix, quinze, vingt fois de main en main, libérant à chaque fois un débiteur d'une dette avant de revenir à celui qui l'a souscrit et doit le rembourser en définitive, cet engagement prend le nom de billet à ordre, — lettre de change, — traite, — mandat, — billet de banque, etc., selon la position ou la profession du souscripteur, personnel ou collectif, et selon l'emploi particulier auquel il est destiné. En ce moment nous ne le considérons que sous un seul rapport, il fait l'office de monnaie, en ce sens qu'il éteint ou peut éteindre une série de dettes successives, en liquidant une série de transactions.

Il est enfin une opération plus simple encore, et qui supprime même l'engagement écrit ; quand deux ou plusieurs individus se trouvent simultanément créanciers et débiteurs l'un de l'autre, ils peuvent

compenser leurs dettes et créances réciproques par un simple transfert sur leurs livres de compte; c'est ce qui se fait habituellement dans les grandes places de commerce.

Cet emploi de crédit exerce sur les prix la même influence qu'exercerait un accroissement proportionnel dans la quantité de la monnaie.

SECTION VII

Le degré de valeur en usage de chaque chose est purement relatif à la personne qui se sert de cette chose, et dépehd de la position, des besoins, des sentiments, des goûts de cette personne.

Il n'y a point de mesure fixe ni certaine de la valeur en usage.

Deux choses qui s'échangent mesurent respectivement la valeur en échange l'une de l'autre.

Si je donne aujourd'hui vingt sacs d'avoine pour obtenir dix sacs de froment, il est évident que chaque sac de froment vaut le double d'un sac d'avoine, et que chaque sac d'avoine vaut moitié moins qu'un sac de froment.

Si je puis dans un mois obtenir dix sacs de froment, en donnant dix sacs d'avoine, il est également

clair que chaque sac de froment vaudra un sac d'avoine et réciproquement; c'est-à-dire que la valeur en échange de l'avoine, par rapport à celle du froment, aura augmenté de moitié, tandis que la valeur en échange du froment, par rapport à celle de l'avoine , aura diminué de moitié.

Or, ,;en se reportant aux principes établis cidessus, ce changement peut provenir de plusieurs causes :

Ou bien de ce que l'offre du froment demeurant la même, l'offre de l'avoine aura diminué de. moitié sur le marché où s'opère l'échange ;

Ou bien de ce que l'offre de l'avoine demeurant la même, l'offre du froment aura augmenté de moitié;

Ou bien de ce que l'offre de l'avoine ayant diminué d'un quart (plus ou moins), l'offre du froment aura augmenté d'un quart (plus ou moins), ou réciproquement.

Lequel de ces trois événements est le véritable?

C'est un renseignement que l'échange ne saurait fournir: L'échange donne le résultat; il n'exprime point la cause des variations.

Si nous supposons, maintenant, que, sur un même marché, 40 sacs de froment se sont échangés contre

40 pièœs de monnaie, 20 sacs d'avoine contre 10 pièces de monnaie, 30 sacs d'orge contre 10 pièces de monnaie, 40 sacs de maïs contre 40 pièces de monnaie, il est évident que, sur ce marché, la valeur en échange du froment avait été double de celle de l'avoine, triple de celle de l'orge, quadruple de celle du maïs, et, supposant que ces denrées se fussent échangées directement Tune contre l'autre, tandis que la valeur en échange de l'avoine aurait été moitié rnoindre que celle du froment, elle aurait été un tiers plus grande que celle de l'orge, double de celle du maïs, et ainsi de suite.

Les 40 pièces de monnaie sont un terme dé comparaison qui nous révèle ce rapport.

La monnaie, par cela seul qu*elle est l'intermédiaire habituel des échanges, est donc la mesure commune qui marque, sur un même marché, le rapport qui existe entre les quantités respectivement offertes de chaque espèce de marchandises.

Que si, sur ce même marché, après un intervalle d'un an, 40 sacs de blé s'échangeaient encore contre 10 pièces de monnaie, tandis qu'un pareil nombre de sacs d'avoine, d'orge ou de maïs s'échangeaient également contre 40 pièces d'argent, on se croirait, au premier aspect, en droit d'en conclure :

i^QueTofire du froment est demeurée la même;

2* Que l'offre de Tavoine a diminue de moitié, celle de l'orge des deux tiers, celle du maïs des trois quarts.

De même aussi, s'il se trouvait que, sur ce même marché, après cet intervalle d'un an, 15 sacs de froment et 15 sacs d'avoine s'échangeassent également contre 10 pièces d'argent, en même temps que l'on remarquerait que la valeur en échange du froment est devenue égale à celle de l'avoine, on se croirait en droit de conclure que cette révolution s'est opérée parce que l'offre du froment a augmenté d'un quart, pendant que celle de l'avoine a diminué d'un quart

On se regarderait donc comme en possession d'un baromètre exact, sur lequel viendraient naturellement se marquer tous les changements qui s'opèrent dans la valeur en échange des objets, et qui indiquerait, en même temps, les vraies causes de ces changements.

Mais cette conclusion ne serait vraie qu'en partie.

De cela seul, en effet, qu'une certaine quantité de monnaie, soit 10 pièces, s'échange aujourd'hui contre 10 sacs de froment, 20 d'avoine, 30 d'orge et 40 de maïs, il s'ensuit bien certainement qu^ l'offre du froment est à celfe des autres espèces de denrées,

286 LE Lit&K ÉCHANGE ET L'IMPOT.

comme un est à deux, comme un est à trois, comme un est à quatre.

De cela seul que, dans un an, ces mêmes 10 pièces de monnaie s'échangeront contre 10 sacs de froment, autant d'avoine, d'orge et de maïs, il s'ensuivra nécessairement que l'offre du froment par rapport à celle des autres denrées sera alors comme un est à un.

Mais de cela seul qu'aujourd'hui, comme dans un an, 10 pièces de monnaie s'échangeront contre 10 sacs de froment, s'ensuivra-t-il que l'offre du froment sera demeurée la même, que la quantité offerte n'aura pas changé?

Pour l'affirmer, il faudrait être sûr que la quantité de la monnaie n'a pas changé elle-même.

Si la quantité de monnaie qui est sur le marché a doublé dans cet intervalle, pour que 10 sacs de froment continuent à s'échanger contre 10 pièces de monnaie, il faut que la quantité de froment offerte ait aussi doublé. Si l'un a diminué de moitié, l'autre a dû diminuer de la même quantité. Si la quantité offerte de monnaie a augmenté du quart, et que la quantité offerte de froment ait diminué du quart, 10 pièces lie monnaie s'échangeront encore contre 10 sacs de froment.

Qui peut dire si tel ou tel de ces événements n'est pas survenu?

On n'est donc point autorisé à arfirmer, en raisonnant d'après les exemples ci-dessus mentionnés :

Que la quantité du froment offerte est demeurée la même, tandis que celle de l'avoine a diminué de moitié, celle de l'orge des deux tiers, et celle du maïs des trois quarts.

Supposons en effet que, dans l'intervalle dont il est question, la quantité de monnaie existant sur le marché ait doublé; pour que 40 pièces de monnaie s'échangent contre 10 sacs de froment, d'orge et de maïs, il faut :

V Que la quantité offerte de froment ait doublé;

2* Que la quantité offerte d'avoine soit demeurée la même ;

3" Que la quantité offerte d'orge ait augmenté d'un tiers ;

4"* Que la quantité offerte de maïs ait augmenté de moitié.

La monnaie qui, dans un moment donné, indique très bien le rapport qui existe entre les quantités offertes de différentes marchandises, n'indiquerait donc que d'une manière incorrecte et fautive les variations qui peuvent survenir dans ces quantités,

d'une époque à une autre, puisqu'on ne peut démêler jusqu'à quel point ces variations appartiennent à la chose qui mesure, ou à celle qui est mesurée. »

Toute comparaison instituée entre les prix d'une même espèce de marchandise sur deux marchés différents ne conduirait, non plus, à aucune conclusion satisfaisante.

Si 40 sacs de blé s'échangent sur le marché de Paris contre 10 pièces de monnaie, tandis que 10 sacs de blé s'échangent, sur le marché de Bordeaux, contre 20 pièces de monnaie (bien entendu qu'il s'agit toujours de la même espèce de blé et de la même espèce de monnaie), qu'en induira-t-on?

Que la valeur en échange du blé est, par rapport à celle de la monnaie, à Paris, comme un est à un; à Bordeaux, comme un est à deux.

Cela est certain.

Mais quelle est la cause de celte différence?

Serait-ce parce que la quantité de blé offerte sur le marché de Paris surpasse de moitié la quantité offerte sur le marché de Bordeaux?

Non, il ne peut être ici question d'une quantité absolue. Si le marché de Paris est dix fois plus étendu que celui de Bordeaux, il y sera offert une quantité absolue de blé beaucoup plus grande sans doute,

mais aussi une quantité beaucoup plus grande de monnaie, et cela ne décide rien quant au rapport entre une quantité donnée de blé, et une quantité donnée de monnaie.

Serait-ce parce que le blé est plus abondant sur le marché de Paris que sur celui de Bordeaux, proportion gardée B\ec la monnaie? Sans nul doute, mats cela revient à dire que la monnaie est plus rare sur le marché de Paris que sur celui de Bordeaux, proportion gardée avec le blé.

Or, est-ce le blé qui est abondant, ou la monnaie qui est rare ?

Évidemment, pour pouvoir donner un sens à ces mots, et faire en sorte qu'ils ne soient pas la traduction l'un de l'autre , il faut pouvoir comparer sur chaque marché la monnaie et le blé à un troisième terme.

Soit ce terme la quantité totale des marchandises autres que le blé et la monnaie qui circulent sur chaque marché.

Si la quantité de monnaie offerte sur le marché de Paris est à la quantité de marchandises qui y circulent précisément comme la quantité de monnaie offerte sur le marché de Bordeaux esta la quantité de marchandises qui y circulent, dès lors le blé valant à

Paris moitié moins qu'à Bordeaux, on pourra dire que le blé est abondant à Paris et rare à Bordeaux. • Mais si la quantité de monnaie qui se trouve sur le marché de Paris est moitié moindre que celle qui se trouve sur le marché de Bordeaux, eu égard à la quantité totale de marchandises qui circulent sur cKaque marché, on dira que c'est la monnaie qui est abondante à Bordeaux et rare à Paris.

Lequel des deux est le fait? Nul ne le peut savoir.

Ceux qui disent que la monnaie est la mesure commune des autres marchandises prononcent donc des paroles à peu près vides de sens.

Dans toute vente^ sans doute , la monnaie est la mesure de la valeur en échange de l'objet vendUr mais c'est parce que dans tout achat l'objet acheté est la mesure de la valeur en échange de la monnaie.

Rien de plus.

Supposant un marché donné, à une époque fixe, la monnaie indiquera clairement le rapport qui a existé entre les diverses quantités des différentes marchandises offertes sur ce marché, rapport qui aurait déterminé la valeur en échange de chacune d'elles, dans le cas où telle ou telle se serait échangée contre telle ou telle autre.

D'une époque à une autre, la monnaie ne peut in-

diquer avec exactitude quelles variations ce* rapport aura subies.

D'un marché à un autre, la monnaie ne peut indiquer avec exactitude dans quel rapport chaque espèce de marchandises est avec la masse totale des autres marchandises en circulation sur chaque marché !

Trouver un étalon qui remplisse ces dernières conditions a été longtemps l'objet des recherches des éconoinistes ; mais ces deux conditions sont contradictoires.

Pour remplir lapremière, il faut trouver une chose qui n'augmente ni ne diminue en quantité. Pour remplir la seconde, il faut trouver une chose qui augmente ou diminue en quantité au fur et à mesure que la masse totale des marchandises en circulation sur chaque marché augmente ou diminue elle-même, sans quoi toute proportion serait bientôt détruite, en supposant que, par miracle, elle pût se rencontrer un instant.

Cet étalon, non seulement n'exjste pas, mais n'est pas même concevable.

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