VALEUR. — PRINCIPE DE CLASSIFICATION
Démêler, dans certains objets, un degré quelcon- •que de valeur (soit valeur en usage, soit vafeur en échange), leur reconnaître ce genre d'avantage sur Hi'autres objets, c'est reconnaître, en même temps, -que ces derniers en sont dépourvus.
Il y a donc là un principe de classification.
On peut donc distinguer, et par conséquent désigner sous une appellation générique, les choses douées ^e cette qualité par opposition à celles qui ^n sont dénuées.
C'est ce qui a été fait de tout temps, mais de tout temps sans beaucoup de netteté dans la pensée ou ■d'exactitude dans l'expression.
Il est bon (Je suivre, sur ce point, le progrès des idées et du langage.
SECTION. Il
RICIÎESSE. — RICHESSES, SELON l'ACCEPTION VULGAIRE
Dans tous les États policés, le principe de la propriété est en pleine vigueur. Lès lois garantissent à certains individus la possession irrévocable et paisible de telle ou telle portion du sol habité. Elles garantissent à chaque homme la possession irrévocable et paisible des fruits de son labeur personnel.
Or, d'une part, ces différentes fractions de territoire sont inégales en grandeur aussi bien qu'en fertilité; d'une autre part, l'intelligence, la force, la dextérité sont départies aux hommes dans des proportions très diverses.
De là l'inégalité des fortunes.
Celui qui dispose de champs vastes et féconds, celui qui a reçu du ciel des talents éminents, mois-
sonne à pleines mains, tandis que son voisin, moins bien partagé et moins bien doué, glane péniblement.
Les choses utiles où agréables sont donc distribuées aux hommes en quantités différentes. De deux individus, l'un peut-être en possède des milliers de toute nature, l'autre n'en obtient que la portion qui lui est précisément nécessaire pour subsister.
En vertu de cette différence, celui-ci est dit riche, et celui-là pauvre. La condilion du premier se nomme richesse, celle du second pauvreté; et, par extension, les choses utiles ou agréables que possède le riche se nomment des richesses, terme qui dénote, à la fois, et les qualités inhérentes à la chose et leur abondance dans les mains d'un même maître.
Quant aux choses utiles ou agréables dont dispose rhomme qui n'est pas réputé riche, le vulgaire -ne lés nomme point des richesses,. Fussent-elles positivement identiques à plusieurs de celles qui portent ce nom chez le riche, par cela seul que le pauvre n'en possède qu'une petite quantité, cette dénomination leur est refusée. Le même sac de blé qui, dans le magasin d'un riche négociant, faisait partie intégrante de ses richesses, n'est plus richesse, du moins dans l'acception commune, lorsqu'il constitue, à lui seul, tout l'avoir d'une pauvre famille.
Encore bien moins s'àviserait-on de donner ce nom à l'outil grossier de l'hbmme de main-d'œuvre, ou au haillon dont le mendiant couvre sa nudité.
Ainsi, dans le langage usuel, richesse est à peu près synonyme d'opulence. Richesses^ au pluriel, se dit des trésors de l'homme opulent.
SECTION III
RICHESSE. — RICHESSE SELON L'ACCEPTION SCIENTIFfQUE
Quand on considère Téconomie intérieure des sociétés sous un point de vue élevé, philosophique, rationnel, on ne saurait se plier à cette notion qui réunit le double inconvénient d'être tout ensemble compliquée et incomplète. On sent le besoin d'une nomenclature plus compréhensive et plus sévère. Aussi, dans Tidiome propre à la science qui nous occupe, les mots richesse^ richesses perdent-ils ce caractère étroit, et prennent-ils une signification générale, indépendante, universelle.
On convient, d'abord, d'appliquer le nom de richesses aux diverses choses douées d'utilité ou d'agrément;
Quelle que soit leur nature ;
En quelques mains qu'elles se trouvent ;
En quelque quantité qu'elles y soient réunies.
Puis, dès lors, la masse totale des choses ainsi qualifiées, l'ensemble des richesses^ pris dans un sens abstrait, et sans égard aux personnes qui les possèdeat, on le nomme la richesse.
Ainsi l'on dit :
La richesse nationale ;
La richesse publique ; -
La richesse privée ;
Sorte d'expression qui n'a plus rien de comparatif, et qui n'est plus l'opposé de pauvreté.
En d'autres termes, dans la langue ordinaire, richesse est l'attribut de l'homme. Une chose est ou n'est pas richesse, selon qu'elle appartient ou non à l'homme réputé riche.
Dans le langage de la science, richesse est l'attribut de la chose. Elle est ou n'est pas richesse, par ellemême, en vertu d'une propriété à elle inhérente.
SECTION IV