IMPORTANCE DE CETTE DISTINCTION
Qu'on ne méprise point cette remarque comme frivole ou subtile; plus on Texaminera de près, au contraire, plus on se convaincra qu'elle tient au fond même du sujet, et qu'il importe de ne la jamais perdre de vue.
Donner et retirer, tour à tour, au même objet le même nom, selon qu'il appartientà Pierre ou à Paul, selon qu'il se rencontre en plus ou moins grande quantité dans une même main, dans un même lieu, outre que cela est absurde en soi, c'est le moyen de ne jamais s'entendre.
Envisager la richesse, tantôt comme l'universalité des choses douées d'utilité ou d'agrément — rien de moins, rien de plus, — tantôt comme un rang dans le monde, comme une position élevée, du haut
30i LE LIBRE ÉCHANGE ET L'IMPOT.
de laquelle on puisse éblouir les autres par le faste et les surpasser en dépense, c'est admettre, de propos délibéré, la plus déplorable logomachie, c'est appeler soi-même, en foule, les disputes de mots, qui dégénèrent bientôt en disputes véritables.
« On se rirait fort, dit judicieusement, à ce sujet, M. Torrens, d'un chimiste qui définirait l'eau une grande quantité de liquide composé d'oxygène et d'hydrogène, qui appellerait eau ce qui coule dans une rivière, et non ce qui coule dans un ruisseau*. >
C'est pourtant ce qui est arrivé mille fois en économie politique.
Il est, par exemple, une classe d'écrivains connus dans l'histoire de la science, sous le nom de secte ou d'école mercantile, qui emploient essentiellement le mot de richesse dans son acception vulgaire. C'est en le prenant en ce sens qu'ils font de la richesse l'objet de leurs recherches ; el c'est aussi là, comme on le fait voir en son lieu, une des causes principales des erreurs dans lesquelles ils sont tombés ; ce qui n'empêche pas qu'ils ne se servent très souvent de ce même terme dans son acception scientifique.
Le plus ingénieux, le plus éclairé, le plus circon-