Des Syst, en écon, polit. Inirod., p. 5, 2o édit
Il est intitulé : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, et ce qu'il entend par richesse nationale, c'est la réunion de toutes les richesses individuelles; lui-même s'en explique positivement. Ainsi, le mot est pris dans son acception véritable et technique.
Cependant, au début du chapitre v, voulant indiquer ce qu'exprime le terme richesse, il nous dit :
« Un homme est riche ou pauvre selon la quantité de choses nécessaires, utiles ou agréables qu'il peut appliquer à ses jouissances *. »
A coup sûr, employer une semblable locution, sans affectation, sans insistance, dans la conversation usuelle, serait tout à fait irrépréhensible ; mais poser cette phrase sous forme d'aphorisme, dans un traité d'économie politique, la donner comme un critérium propre à faire démêler exactement le caractère essentiel de la richesse, c'est dire que la richesse est Topposé de la pauvreté, c'est déserter l'idiome de la science pour rentrer dans le langage vulgaire.
A la page suivante, mécontent apparemment de sa définition, il la rétracte et la reproduit différemment modifiée, mais empreinte du même vice.
« M. Nobbes, reprend-il, soutient que richesse est
DE LA RICHESSE. aC5
pumance^ non sans doute que le riche dispose nécessairement du pouvoir politique ou civil, mais il dispose du travail et des produits du travail d'autrui. Un homme est riche ou pauvre selon la quantité de cette sorte de puissance dont il dispose \ »
Induit en erreur par ces deux passages, un autre écrivain que la postérité, juste appréciatrice du génie, placera peut-être à côté d'Adam Smith lui-même, M. Ricardo, est tombé précisément dans la même faute.
€ La richesse diffère essentiellement de la valeur ; celle-ci dépend de la difficulté de la production, celle-là de l'abondance ^ »
A la vérité, ces méprises de langage n'ont entraîné ni Adam Smith, ni Ricardo dans aucune erreur essentielle ; mais il n'en a pas été tout à fait ainsi des écrivains de second ordre, entre autres de lord Lauderdale.
Cet auteur, peut, en effet, être cité comme un exemple mémorable des inconvénients et des dangers d'une locution ambiguë.
Il a démêlé avec beaucoup de sagacité et très bien relevé une certaine contradiction fondamentale qui se rencontre entre les diverses idées que Smith