Princ. of polit, econ., ch. i, sect. II
^ Lettre à M. Malthus, p. 166.
grâce et toute la netteté désirables, mais au fond elles sont justes.
Transportons-nous, par la pensée, dans Tancienne Rome ou au Brésil ; nous y verrons l'homme réduit à la condition d'esclave: L'homme devient chose, et compte comme une richesse. Fixons ensuite nos regards vers l'Europe civilisée, nous y verrons l'homme libre; mais si sa personne est inaliénable, ses talents, sa capacité, ses forces physiques et intellectuelles ne sont pas dans ce cas.
Les 99 p. 100 du genre humain sont jetés sur cette terre sans autre avoir quelconque; c'est Tunique équivalent qu'ils, portent au marché général du monde; c'est une véritable marchandise qui subit la condition de toutes les autres, qui s'avilit par la concurrence et renchérit par la rareté.
L'homme n'est pas admis à trafiquer de sa personne, mais, sous peine de périr, il faut bien qu'il trafique d'une portion de lui-même.
Son âme est une, mais elle est douée de facultés diverses. Il faut bien considérer ces facultés comme autant de choses dont il dispose librement, soit qu'il les emploie à son propre usage, soit qu'il les livre temporairement à autrui, en vertu de cet échange imparfait qu'on nomme louage.
Si Ton se refuse absolument à scinder ainsi Thomme en deux parts, à considérer d'un côté rhomme même, l'identité personnelle de l'individu, de l'autre sa force physique et intellectuelle, comment expliquer ce genre de transaction, le plus fréquent de tous? Comment concevoir un échange où l'un des deux équivalents est richesse et où l'autre ne l'est pas?
M. Say va plus loin que nous.
Non seulement il distingue entre les choses matérielles et les facultés de l'âme, mais il distingue entre une chose matérielle et l'emploi de cette chose, entre une faculté de l'âme et l'emploi de celte faculté.
Cet emploi, il en fait un être y il l'appelle servia, et le range, à ce titre, au nombre des richesses *.
C'est, à ce qu'il semble, pousser l'analyse plus loin que les besoins de la science ne le requièrent et qu'une saine métaphysique ne l'autorise.
Il faut se garder de personnifier, sans nécessité, des abstractions. Il ne faut pas ériger en chose les propriétés d'une chose, l'action d'une chose, car où s'arrèterait-on?
D'un autre côté, les jurisconsultes ne font aucune difficulté de reconnaître des choses corporelles et des