PREMIÈRE PARTIE
des prix des autres produits indigènes , ce qu'ils paraissaient gagner par le meilleur marché des produits étrangers importés.
On voit par là que l'immunité d'impôts accordée, suivant le vœu des libre-échangistes, aux produits étrangers similaires des produits indigènes constitue une perte pour le Trésor public , un avantage illusoire pour les consommateurs, et qu'elle se traduit fatalement en une surélévation d'impôt et, par conséquent, de prix sur les autres produits nationaux.
Que dire maintenant de la situation faite aux producteurs indigènes par cette immunité ? Ils sont grevés de charges de toute nature, d'impôts exigés avec une inflexible rigueur, dont ils doivent faire l'avance, avec l'incertitude d'y rentrer par la vente de leurs produits , et on les met en concurrence avec des rivaux étrangers affranchis de la plupart de ces charges , sans exiger aucun équivalent sous la forme de droits d'entrée ! Est-ce là de la justice, de l'égalité devant la loi? N'est-ce pas accorder aux producteurs étrangers un véritable privilège , et constituer à leur profit ce que l'on a justement appelé la protection à rebours ?
— « Mais, disent les libre-échangistes , les produits étrangers ont dû être grevés d'impôts dans le pays de production, et, comme ils sont payés par l'exportation des produits indigènes, il y a compensation. » A cela il y a une double réponse à faire au nom du Trésor public et au nom des producteurs nationaux. « Que m'importent les impôts payés aux gouvernements étrangers, est en droit de dire le représentant financier de la nation , puisqu'il n'en entre rien dans mes caisses? Voilà une pièce de cotonnade étrangère que je laisse entrer en franchise. Elle prend la place d'une pièce similaire qui aurait été produite dans le pays et sur laquelle j'aurais perçu directement ou indirectement 30 p. 100 de sa valeur. Je fais un marché de dupe et je sa-
crifie une recette certaine pour un avantage incertain. Rien ne me prouve, en effet, que cette pièce d'étoffe étrangère sera payée par la sortie de produits indigènes sur lesquels j'aurai perçu des droits équivalents. Elle peut l'être par du numéraire , par des titres de valeurs mobilières , sur lesquels je n'aurai rien perçu. Si elle avait été fabriquée en France, ses créateurs auraient consommé l'équivalent des produits exportés en contre-échange de la pièce importée, et j'aurais aussi bien perçu l'impôt sur ces produits consommés à l'intérieur que sur les produits exportés. Mon intérêt est donc que les produits échangés soient crées et consommés dans le pays même, car, dans ce cas, je perçois l'impôt sur les deux termes de l'échange, tandis que, dans le cas d'importation en franchise du produit étranger, je n'ai qu'une chance incertaine de le recevoir sur l'un des termes de cet échange, savoir le produit indigène qui sera exporté en contre -valeur. Le préjudice subi par la nation sous la forme de Trésor public est donc manifeste dans tous les cas. »
Quant aux producteurs, ils diront avec raison à l'État : « Fût-il démontré que les produits étrangers admis en franchise ont payé dans leur pays des impôts équivalents à ceux qui grèvent leurs similaires dans le nôtre, il n'en serait pas moins injuste de nous mettre en concurrence avec eux, car ces impôts payés à l'étranger ne vous profitent en rien, tandis que vous bénéficiez de la totalité de ceux que nous payons. De plus, nous augmentons votre puissance politique, votre force défensive par notre seule existence sur votre territoire. 11 n'est pas indifférent pour une nation d'entretenir chez elle 10,000, 20,000 ou 100,000 ouvriers et employés voués à une industrie, ou de les entretenir chez une nation étrangère , qui peut être un jour une ennemie. Une industrie indigène mérite donc nonseulement justice, mais encore faveur à l'égard de ses ri-