PREMIÈRE PARTIE
comporte que le payement des impôts en nature. Si, sur
10 hectolitres de blé récoltés par un cultivateur, le fisc en prélève 3, le cultivateur devra, pour rentrer dans ses avances et réaliser son gain normal , retirer des 7 hectolitres qui lui restent le môme prix qu'il eût obtenu des 10. La chose n'est pas moins claire lorsque l'impôt est prélevé en argent sur certaines denrées soumises à l'exercice, telles que sont en France les alcools , les vins et le sucre. Le prix de vente de ces denrées est nécessairement augmenté de l'impôt qui a dû être avancé par les producteurs ou par les premiers détenteurs. On n'aperçoit pas aussi clairement la proportion pour laquelle l'impôt entre dans le prix des produits qui ne sont pas frappés de taxes spéciales. Elle n'en est ni moins réelle ni moins importante, pour être moins apparente, et l'impôt, par des incidences directes ou indirectes souvent difficiles à découvrir, constitue , en fin de compte , une part des prix de revient très supérieure à l'évaluation que l'on serait tenté d'en faire au premier abord. Il faut considérer, en effet, que, outre les impôts directs et indirects payés par les entrepreneurs d'industrie, les produits supportent, encore, tous les impôts dont sont grevés les employés et ouvriers, impôts qui sont nécessairement compris dans les appointements et salaires.
Pour se former une idée à peu près exacte de la quotité dont l'impôt grève le prix de toute chose dans notre pays, il convient de comparer la production totale de la France à la somme de contributions dont elle est chargée. En écartant les doubles emplois et les exagérations , les statistiques les plus favorables n'évaluent pas la production annuelle totale de la France à plus de ii milliards. Or notre budget dépasse 2,750,000,000, et, si l'on y ajoute les octrois, les prestations en nature, etc., on arrive à un total de charges publiques supérieur h 3 milliards et demi.
11 en résulte que les impôts absorbent au moins le quart
LA QUESTION DE DROIT ET D'ÉQUIT . la
de la production totale de la France, et que le prix de revient de tous les produits se trouve grevé de ce chef de 25 p. 100. Maintenant, si l'on considère que les produits agricoles sont relativement moins charges que ceux de l'industrie, on arrive à cette conclusion que ces derniers sont grevés du chef de l'impôt de plus de 30 p. 100 de leur valeur.
Si vous laissez entrer en franchise des produits industriels similaires des produits indigènes , ces produits importés prendront la place de ceux qui seraient créés à l'intérieur , et le Trésor public , c'est-à-dire l'ensemble de la nation, sera privé de tous les impôts qui auraient été perçus sur ces produits nationaux. 11 y aura donc perte pour la nation de la valeur de ces impôts, et le bénéfice apparent résultant du plus bas prix des objets importés sera compensé, et au delà, par la perte subie sur le revenu public. « D'accord, diront les libre-échangistes; mais le consommateur aura profité du bon marché des produits importés, — et, le consommateur, c'est tout le monde, c'est l'intérêt général. » Nous verrons tout à l'heure ce qu'il faut penser . de cette expression le consommateur qui joue un si grand rôle dans les théories libre-échangistes. Quant à présent, nous ferons seulement remarquer que le bénéfice des consommateurs sur les produits importés est absolument illusoire, parce qu'il est nécessairement compensé par un renchérissement correspondant des autres produits soumis à l'impôt. En effet, les dépenses publiques représentent une somme fixe, qui ne décroît jamais ; elle a, au contraire, une tendance constante à s'élever. Si donc une quantité considérable de produits étrangers est introduite en franchise et prive le Trésor des impôts qu'il aurait perçus sur les produits similaires indigènes, il en résulte que ces impôts perdus devront, sous une forme ou sous une autre, retomber sur les autres produits nationaux et en élever d'autant les prix. Dès lors, les consommateurs considérés dans leur ensemble reperdront, par cette élévation