G PREMIÈRE PARTIE
vales étrangères de la part de l'État , à la richesse et à la puissance duquel elle concourt. »
En fait, quand il s'agit de la France, telle que l'ont faite les folies impériales et ses derniers désastres , il n'est aucun pays où la somme des impôts comparée à la somme totale de la production annuelle atteigne une proportion aussi élevée. Si le budget et les charges de l'Angleterre se rapprochent des nôtres , la production de ce pays est beaucoup plus considérable, en sorte que la quotité dont l'impôt y grève le prix des produits y est bien moindre que chez nous. L'Allemagne, qui a éteint presque complètement ses dettes publiques à l'aide de nos milliards, n'est grevée que de charges légères, malgré les plaintes de ses habitants, moins accoutumés que le contribuable français à supporter le fardeau de taxes écrasantes. Il en est de même de la Belgique et surtout de la Suisse, où les charges publiques ne s'élèvent point par tête au sixième de ce qu'elles sont en France.
On a calculé, en effet, que la somme des impôts supportés par chaque habitant atteint à peine en Suisse lt francs, tandis qu'elle dépasse en France 84 francs. Or, supposez deux fabriques similaires établies en France et en Suisse de chaque côté de la frontière, en vue l'une de l'autre, et employant chacune cinq cents ouvriers. Ce chiffre correspond à un nombre de têtes de population au moins triple, en tenant compte des femmes, des enfants et des vieillards. C'est donc par 1 ,500 qu'il convient de multiplier le chiffre moyen de l'impôt dans chacun des deux pays pour connaître les charges dont chaque fabrique sera grevée du chef de l'impôt. On trouve ainsi que la fabrique suisse supporte 21 ,000 francs et la fabrique française 126,000 francs, soit une différence annuelle de 105,000 francs au détriment de celle-ci. La première pourra faire de larges bénéfices, tandis que la seconde végétera ou se ruinera , par le seul effet des charges pu-
bliques, toutes les autres conditions étant égales d'ailleurs. Cependant, en vertu du principe sacré du libre-échange, il faudra laisser entrer en franchise les produits de la manufacture suisse , qui feront à ceux de la manufacture française une concurrence écrasante et la réduiront bientôt à la liquidation ou à la faillite. Voilà comment les fauteurs du libre-échange entendent l'égalité devant l'impôt et la justice distributive!
De quelles clameurs ne poursuivent-ils pas les faibles droits de douane qui ont encore permis à nos industries de subsister malgré les charges qui les .écrasent! A les entendre , ces droits , par la surélévation des prix qu'ils permettent de maintenir, constituent un impôt payé non à l'Etat, mais à quelques producteurs. « C'est monstrueux, « disent-ils ; c'est une véritable dîme prélevée par quelques « individus à leur profit exclusif (textuel)... Tout citoyen « ne doit payer d'impôts qu'à l'Etat. » Et l'on développe ce thème dans des pages que l'on dirait écrites par le trop fameux procureur général de la Lanterne. Les Jacobins de 1793 avaient imaginé le crime de négociantisme. Nos libre-échangistes ont inventé le crime de fabricantisme, et, si leurs excitations forcenées ne venaient échouer contre le bon sens et le calme des populations, on pourrait craindre de voir nos chefs d'industrie traités un jour comme le furent les grauds négociants sous la Terreur.
Ainsi, voilà des hommes qui, obéissant autrefois à l'appel du pays, alors jaloux de se créer une grande industrie, ont engagé leur fortune, l'avenir de leurs familles et jusqu'à l'honneur de leur nom dans des entreprises aléatoires, où beaucoup n'ont rencontré que des pertes et des déboires, où quelques-uns seulement ont obtenu des succès chèrement achetés ; et parce que ces hommes demandent le maintien des conditions sous lesquelles ils se sont engagés et une égalisation de charges sans laquelle l'exis-