‹ Le libre-échange et la dépopulation de la FranceChapitre 7 sur 15 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Les principes! voilà le grand mot auquel notre race française n'est que trop portée à sacrifier les enseignements de l'expérience , et parfois ses plus chers intérêts. C'est

en France qu'a été prononcé le mot célèbre : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! » Les colonies ont péri, et il est encore douteux si le principe auquel elles ont été sacrifiées était alors applicable. C'était aussi un principe, celui du maintien de l'unité religieuse, qui inspirait les persécutions du moyen âge et des temps modernes, et qui nous a coûté trente ans de guerres civiles, la Saint-Barthélemi, les fureurs de la Ligue, l'assassinat du plus grand de nos rois, la révocation de l'édit de Nantes, les dragonnades et la mise hors la loi des protestants. Or ce principe était faux et a dû céder à une notion plus juste, celle de l'inviolabilité de la conscience humaine. De nos jours, nous avons eu le principk des nationalités, la loi des grandes agglomérations, etc.. 11 nous a conduits à créer audelà des Alpes, au prix de notre sang et de nos milliards, une grande puissance unitaire, allié incertain, ennemi dangereux , puis à la guerre la plus désastreuse de notre histoire, à la perte de l'Alsace et de la Lorraine, de dix milliards , de notre gloire militaire et de notre rang dans le monde!

Certes, de si terribles exemples, qui ne sont, d'ailleurs, pas les seuls, devraient nous rendre déliants à l'égard des principes , et nous ramener à la politique de l'intérêt national, qui, contenue dans les limites de la justice et de la modération, est toujours le guide le plus sûr. Craignons de sacrifier encore à un prétendu principe ce qui nous reste de prospérité intérieure, nos grandes industries, notre agriculture, et ce développement harmonique de tous nos éléments de production , qui a permis si longtemps à la France de se suffire à elle-même et de s'élever à un haut degré de richesse par la multiplication de ses ressources indigènes.

Avant de courir de si redoutables chances en l'honneur d'un principe, il faut encore s'assurer si ce principe est bien réel , s'il n'est pas dominé et restreint par d'autres principes d'un ordre supérieur. Or, si l'on soumet la doctrine du libre-échange à une analyse rigoureuse, si on la contrôle par les théories les mieux établies de l'économie politique sur l'impôt et sur les éléments du prix des produits, par les données les plus certaines de la science politique, on est amené à reconnaître que ce fameux principe n'est qu'une idée fausse , parée d'une étiquette trompeuse. C'est ce que nous allons démontrer.

Commençons par l'étiquette, car c'est à elle surtout que la doctrine a dû son succès. Cette étiquette, c'est la liberté. A l'époque où régnait le système prohibitif, elle a pu être légitimement invoquée, car ce système portait une atteinte réelle à la liberté ; mais, dans l'état actuel de la question, la liberté n'est plus en cause, car il ne s'agit plus d'interdire à personne la faculté de s'approvisionner de produits étrangers ; le seul point en litige est de savoir si l'exercice de cette faculté peut et doit, comme celui de tant d'autres r être soumis au payement d'un certain impôt, et quelle doit être la mesure de cet impôt. MM. les économistes raisonnent ainsi : « Moi, consommateur , j'ai le droit absolu de m'approvisionnerau meilleur marché des produits qui me conviennent, et toute entrave apportée à ce droit est une atteinte à ma liberté et à ma propriété. » Mais, avec cette façon de raisonner, il n'est pas une taxe qui ne puisse être battue en brèche et proclamée illégitime. Ainsi, au nom de la liberté des transactions, on réclamera l'abolition de tout droit de mutation sur les ventes immobilières; au nom de la libre jouissance de l'air et de la lumière , la

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