‹ Le libre-échange et la dépopulation de la FranceChapitre 8 sur 15 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

suppression de l'impôt des portes et fenêtres; au nom de la liberté du travail, la suppression de l'impôt sur les patentes; au nom de la liberté de locomotion, celle de l'impôt sur les voitures publiques et sur les voyageurs en chemin de fer; au nom de l'inviolabilité de la propriété, l'abolition des droits sur les successions et testaments , de l'impôt foncier et de celui qui frappe les valeurs mobilières ; et ainsi de suite. Toute taxe est dans une certaine mesure une entrave à quelque liberté, une atteinte à quelque propriété. Mais, comme aucun État, aucune société humaine ne peut subsister sans impôts, comme les services publics soldés au moyen de ces impôts sont la condition indispensable et la garantie nécessaire de toutes les libertés et de toutes les propriétés, c'est argumenter d'une façon sophistique et abusive que d'invoquer les notions de liberté et de propriété contre tel ou tel de ces impôts.

Au dire des libre-échangistes, c'est violer les droits les plus sacrés, c'est commettre un crime irrémissible que de maintenir des taxes douanières qui peuvent faire payer au consommateur le mètre do calicot 2 centimes plus cher et le kilogramme de fer 3 centimes de plus que s'il s'approvisionnait à l'étranger. Mais, s'il est démontré qu'il y a un grand intérêt social et national à ce que le consommateur subisse ce léger sacrifice ; s'il est prouvé , d'ailleurs, que ce sacrifice n'est qu'apparent et qu'il est compensé par d'autres avantages (et c'est ce qui sera établi plus loin), ces plaintes n'ont aucune raison d'être. Certes la société, l'État réclame de l'individu de bien autres sacrifices, pour assurer l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire. Sans parler d'une foule d'impôts plus onéreux que les taxes douanières, elle demande à chaque homme quatre ou cinq des plus belles années de sa jeunesse pour le service militaire et, en cas de guerre, elle lui commande de s'exposer aux blessures, aux mutilations et à la mort. Tels sont les droits de toute société politique sur ses mem-

LA QUESTION DE DROIT ET D'EQUITE. li

bres, et, sans l'exercice de ces droits, nul État ne saurait subsister.

Il résulte de là que toutes ces invocations à la liberté, au droit de propriété, qui défraient les discours et les publications de l'école dite du libre-échange, ne reposent sur aucun fondement et ne sont que de la déclamation pure, bonne à séduire les naïfs et à dissimuler le véritable caractère de la doctrine. La tendance réelle de celle-ci, sa véritable caractéristique, c'est la suppression d'une des sources de revenus publics les plus anciennes et les plus généralement admises par les Etats , c'est l'abolition des douanes : en d'autres termes, la franchise d'impôts au profit des produits étrangers.

Or cette définition exacte de la doctrine libre-échangiste suffit pour suggérer à l'esprit le moins clairvoyant, une objection fondamentale contre celle-ci, sous la forme de cette question : « Pourquoi les produits étrangers similaires des produits indigènes seraient-ils exempts d'impôts, lorsque ces derniers en sont grevés et souvent accablés ? Cette exemption ne constitue-t-elle pas au profit du produit étranger une faveur abusive, un préjudice pour le Trésor national, une criante injustice à l'égard des producteurs indigènes? »

S'il est une vérité bien établie en économie politique, c'est que l'impôt forme une partie intégrante du prix de tous les produits et que, dans un État donné, ceux-ci §ont d'autant plus chers que la somme des impôts est relativement plus élevée. Une nation ne vivant que de ses produits annuels (sauf le cas exceptionnel où elle consomme son capital) , l'impôt n'est et ne peut être qu'un prélèvement sur l'ensemble des produits, et, par conséquent, les producteurs, pour rentrer dans leurs frais, sont obligés de vendre la part de leurs produits qui leur est laissée d'autant plus cher qu'ils ont subi un prélèvement plus considérable. Cela est évident chez les peuples dont l'état social peu avancé ne

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