‹ Le libre-échangeChapitre 12 sur 20 · I.R UBRK-tORAKOR «n · texte numérisé non relu

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grand, les souffraneet el lei pertes doivent se caleoler par de gros ehHfres. Mats, pour ceux-là au moins eo oompeosatioQ de leiffs pertes, ils ont réalisé une amélioration dont personne ne contestera l'importance et la portée. L'honorabliB M. Alfred Le Roux, quand il était ministre du commerce, l'a signalée dans une de ses circulaires ou plutôt dans le préambule d'un déeret : indépendamment des autres bénéfices réalisés pendant ees dernières •ooées, et quand on les contesterait, il y a une chose qu'on ne peut nier, c'est le renouvellement de rontlllage. On a renouvelé l'outillage presque partout dans des proportions inattendues. Nous sommes un certain nombre d'hommes qui, pour nos études ou nos afliiires, avons visité la France Industrielle avant les traités de commerce ; nous avons vu les vieilles machines; des machines que la protection faisait vivre, et qui depuis longtemps étaient Tobjet de la risée du monde savant.

— Car, il y a dans l'industrie un monde savant, et quant à moi, je suis plein d'admiration pour les grands industriels qui réunissent trois des plus grandes qualités humaines : la faculté scientifiquOr la faculté d'administration et la faculté du commerce. —

Ch bien ! dans le monde savant de l'industrie on

SOS LB LIDREÉCHAIfOB

avait du mépris, du dédain pour ;c6s vieilles machines, vieilles par comparaison, à cause de la rapidité du progrès, qui remontaient à quarante ou cinquonte ans, qui semblaient appartenir tout au plus au xvii* siècle, et qui subsistaient en France, parce que la protection les rendait suffisantes.

Le jour où cette muraille de la Chine qui nous entourait a été détruite et où il a fallu porter nos produits, non pas seulement sur le marché national, mais sur les marchés du monde entier, nous avons été obligés de rendre notre force équivalente à la force de nos concurrents; notre force, c'est-à-dire notre machine. Aujourd'hui notre machine est renouvelée, et quand même on aurait perdu de l'argent pendant ces dix années, on a désormais l'élément de la guerre. La France est outillée, et par conséquent elle est puissante. (Très-bien I)

La France qui a des ouvriers et des conducteurs d'industrie incomparables, a maintenant des machines égales aux meilleures machines du monde. (Très-bien! très-bien!)

Ceux qui trouvent que le traité a du bon, et que le principe en est excellent, ont le droit d'être Hers de ce résultat; car, en introduisant les résultats de la science dans les ateliers français, oo en a Oni définitivement avec les habitudes d'une routine dé-

plorible. Mais avant de pousser plus loin mon arguneotalion, je ne puis quitter les réflexions que je Taisais sur la ruine proehaine des petits élablissemenls, sans signaler les ooQséquaoees sociales de cette révolution, en apparenee purement indostrielle.

Il n*y a pas longtemps encore, on disait à des ouvriers d'élite : « Yoilh è côté de vous un patron quia été ouvrier; travaillez éiiergiquement, écono- OMaai, épargnez, placez bien vos économies, ayez up petit capital, et vous deviendrez un petit pntron. »

Je n'oserais pas à pr^nt donner ce conseil, moi qui crois que les petite patrons sont menacés. Quoi donci faudra-t-il que la masse des travailleurs soit condamnée au salariat sans avoir aucun moyen de s>n affranchir? Souffrirons- nous cela, nous, législateurs, dont le devoir est de mius occuper surtout de l'intérêt du grand nombre? Vous le savez, Messieurs, nous n'avons été ni imprévoyants, ni inactifs, et nous avons répondu à la nouvelle phase industrielle par une nouvelle loi sur l'association. Quand on ne comprend pas l'opportunité de la loi sur l'association, c'est qu'on ne se rend pas compte de la transformation du commerce et de l'industrie ; c'est qu'on ne voit pas que les grands établissements vont, dans un avenir procliain, dévorer les petits, et qu'il est temps de dire aux ouvriers : Ar-

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rivez par Tassocialion, au lieu de rester isolés comme autrefois. (Très-bien 1 sur plusieurs bancs.)

Voilà le mal, voilà la cause du mal et voilà le remède. Ce n*esl pas seulement en matière industrielle que l'association peut servir de contre-poids aux transformations produites par les autres progrès, politiques, scientiflques et économiques. Noos avons appliqué au crédit de l'État les mêmes principes, et fait nos emprunts, avec le seul concours des petits capitalistes, ou plutôt de Tépargne, en passant par-dessus la tète des banquiers, qui en avaient autrefois le monopole. L'épreuve a réussi admirablement, si nous en croyons les rapports officiels qui signalent chaque fois que la somme des souscriptions individuelles dépasse la demande faite au public dans des proportions énormes. La révolution économique sera plus difficile, elle sera plus lente dans les affaires commerciales, parce qu'aucune maison n'a la solidité de l'État, et ne dispense comme lui d'étudier et de comprendre; et surtout dans les affaires industrielles, parce que raclionnairc oe se contente pas du rendement de sa mise, et qu'il veut, en outre, participer à ta direction. Il est regrettable que les débuts de la coopérttîon coïncident avec l'absorption des petits éta? blissements. L'actionnaire gagnera davtntage, mats

il interviendra moins dans Topérfilion» ce qui efface le earaclère coopératif el en atténue les effets sociaux. Nos lois sur l'association, qu'il était urgent de féire, sont trèa^Tidamiiieal ineomplèCes. L'éeooomie sociale n'a pas dît elle-même son dernier mot; mais noat stfoos au moins de quel côté il fout le chercbar, et noos avons fait tomber les prenièrea birrièrea qui obstruaient le chemin. Ce sont des considérations que j'indique, sans pouvoir au* jourdliui rien approfondir. J'en ai dit assex pour aaootrer que, dans beaucoup de cas, ce sont les gros établissements qui ont ruiné les petits, et que ce sertit étrangement se méprendre que de rendre le traité de commerce responsable de cette transformation. {Très-bien! très- bien! sur les mêmes bancs.) Je conclus de ce que je viens de dire : l"* que noof ne sommes pas ruinés; 'i^que nous sommes ptotAi en prospérité; 3* que les industries qui souffrent, et qui souffrent réellement, souffrent par des révolutions scientifiques ou industrielles. Il y «i d'autres causes, plus essentiellement politiques, qui ont contribué au malaise de notre industrie, et que je vais vous signaler en très-peu de mots, parce qa'alles ont été signalées el rappelées à Texcèa. . Je commence par les deux grands événements de ces deux dernières années : la guerre de la

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sécession, Sadowa. On nous avait bien dil : nous allons tenter une expérience. Mais il était entendu qu'on la tenterait dans les conditions normales, au milieu d'une paix parfaite. Pas du tout : ces dix années sont signalées par le déchirement profond de la grande république américaine et par une guerre à nos portes qui nous menace jusque dans nos foyers.

L'Amérique est un de nos grands marches tl exportation; ce marche, d'un jour à l'autre, nous est fermé. Elle est notre grande pourvoyeuse de coton ; elle cesse de nous en fournir.

Ce n'est pas tout. A la nouvelle de la cessation des envois, les uns courent sur les stocks disponibles, les autres, embarrassés du leur, et voulant restreindre leur fabrication, offrent leur matière première. Quelques arrivages inespérés achèvent de troubler et d'agiter le marché. 11 n'y a plus de prix régulateur; le jeu remplace le commerce pour l'achat de la matière brute. Cette conséquence da la guerre de la sécession est plus terrible que les deux autres.

Messieurs, le jeu est l'ennemi naturel du travail, (Très-bien! très-bieni) L'aléa esl l'ennemi le plus terrible du travail. (Oui! ouit;— C'est vrai*!

Je vais plus loin, Messieurs, puisque vous ap-

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prouvai cette parole ; je la généralise davantage, je dis que l'aléa est l'ennemi le plus terrible de la volonté humaine et des sociétés humaines... (Trèsbien ! très-bien !)

Il Faut (|ue, dans ce monde, on compte sur sa volonté. sur sa réflexion, sur son bon sens, et qu'on ne compte pas sur les cliances du hasard. (Ouii oui! — Très-bien I) Si vous introduiseï, dans la vie d'un I, les abus du hasard, vous avez mille d'y introduire la détresse, et une chance certaine d'y introduire l'appauvrissement moral. (Vives marques d'aasentiment.)

11 en est de même de Tindustrie. C*est un malheur qu'on fasse des fortunes avec des jeux de Bourse. La vraie fortune, celle qui est honorable, celle dont on peut se vanter, qui profite à la fois à l'industriel qui l'a faite, et au pays tout entier, c'est celle qu'on a gagnée par sa raison, par son génie, par •00 travail penévérant. (Très -bien! très-bien I) Mais celle qu'on gagne, du jour au lendemain, sans avoir rien dépensé de soi-mémé, c'est une fortune booteose pour celui qui la possède, et déaaaimiae pour le pays où de pareils coups du sort sont possibles. (Oui I oui t — Bravos et applaudissements.)

Messieurs, c'a été une triste aventure, pour notre industrie, que les jeux de Bourse. Gela y a jelé l'io-

certitude. On n'a pas même pu savoir, dans la filature de coton, ce que |)ouvait valoir un balle de coton. Grâce à Dieu, cela ne dura pas longtemps, et ces industriels, dont quelques-uns me reprochent en ce moment mes paroles, je les connais trop et je les estime trop, pour ne pas être certain que, fidè» les à leurs habitudes de travail sérieux et persévérant, ils rejetteront loin d'eux ces tristes souvenirs de jeux de Bourse et de spéculations hasardeuses, pour revenir, avec la paix et la sécurité publiques, aux habitudes qui ont fait autrefois la solidité de leurs maisons et leur réputation en Europe. (Trèsbien t très- bien!)

Quant à Sadowa, comme personne n'ignore que les conquêtes de la Prusse ont eu pour conséquence l'exagération des armées dans toute l'Europe, personne n'a besoin qu'on lui montre de quel poids elles ont pesé sur le commerce et surl'industrie. Vous savez..., — je me reprocherais de ne pas le dire, et je ne veux pas en perdre ici l'occasion (on rit) — vous savet à quel point je déplore les sommes que nos armées nous coûtent, à quel point je déplore une organisation militaire qui nous met, par son existence même, dans un étal d'inféftorilé industrielle vis-è-xisdea peuples rivaux» parmi lesquels je compleau premier rang la Prusse;

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car nous rQgtrdoottoujoun rAngleterre, mais novs avons tort de ne ragardar que l'Angleterre ; il y a de l'autre côté du Rhin des concurrents qui font des progrte cooaiaots, et pendant que nous exagérons ee qu'on fà%X en Anglalarre, nous diminuons trop ce qu'on fait en Allemagne. (Ceal Tfai t)

Méoie en Allemagne, où l'organisation militaire est puissante, elle est moins désastreuse pour le travail que notre organisation française. En Angleterre« c'est tout différent. 11 n*y a pas en Angielerre une loi qui prend deux hommes sur trois dans la force de Tége, qui enlève les ouvriers d'élite au travail des aleliers pour en faire des sous-officiers quand ils pourraient être les conducteurs des travaux de rindustrie. Je devais, ne fût-ce que par une allusion, rappeler les principes qui sont au fond de aKNi ccBilr» et qui me sont communs avec ces chers amis qui livrent avec moi tant de tMtailles poli*» tiques. (Approbation à gauche.) Je ne dis que ce seul mot, et j'avance.

Je pourrais, je detrais, si je n'étais presaé par le temps, énumérer celles de nos lois qui appellent de pressantes réformes. Nous avons une organisation des consulats, une organisation des maisons d'exportation, une organisation des sociétés commer* (, qui sont vraiment imparfaites.

LE LIBRB-ftCHANOB

Je ne puis pas entrer dans ces détails sans me rappeler une proposition dont notre honorable collègue M. de Veauce avait pris rinitiative, proposition qfà avait pour objet la modification de nos lois successorales. Celte proposition renfermait deux questions très-distinctes. Certaines personnes voulaierU arriver à supprimer ce qu'on appelle la portion disponible. Je n'étais pas de leur avis.

M. le baron de Veauce. Ni moi non plus ; ce que je voulais, c'est éviter la ruine des établissements commerciaux et industriels par la vente obligatoire résultant du partage.

M. Jules Simon. Ni vous non plus ; mais vous savez très- bien, monsieur de Veauce, qu'à l'occasion de la discussion de votre proposition, l'opinion dont je parle a surgi. Non, sur ce point-là, vous n'étiez pas d'accord avec vos partisans ; ils comprenaient mal, ils dénaturaient votre proposition, je le reconnais. Leur doctrine, qui n'est pas la vôtre, fut admirablement combattue par M. Marie. Je pensais, comme lui, que le Code civil a fait une part équitable aux droits du père, à ceux des enfants, el à oen de la famille, qui a sa perpétuité ai sas iolérets distincts. Mais à côté de la question de la quo-

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tilé disponible et de régalilé des partages, il y a ealle de runiformité dea partagea, c'eat4-dire le droit donné à chaque hérilier de prendre une part égale dans chacun des éléments de la succession, meubles ou .immeubles. J'ai peine à croire que les hahitaotadea villea tnaoulhclufières ne |)ensenl pas eomoM moi qo*ii y a là une occasion de transformation trop fréquente de la propriété manufacturier cl de l'outil de l'industrie... (Oui, oui! » C'est vrai!) et qu'il en résulte trèa-aouvent qu'une maison qui était solide et prospère, à la condition de concentrer un certain nombre de capitaux et de mettre la direction d'une fabrication dans une seule main, diaparaU avec son chef, quoique l'actif soit considérable et les relations étendues et solides. 11 y a dea forces qui sont le résultat d'autres forces et qui ne sont puissantes que par leur agrégation ; vous diviset chacun des éléments du faisceau, ils perdent, aéparéa, la valeur qu'avait le faisceau luimême. (Nouvelles marques d'assentiment.)

M. le baron de Veaucs. C*est cela t Toute la question est là !

M. Jules SiifO!«. Les difficultés, dont j'énumère les plus saillantes, tiennent à la loi, non à la nature dcachoaea; nous pouvons et nous devons les sup-

ns UK IJBRE-ÊCBANOB

primer. C'est dans ces cas setriemeot que la lor peut utilement intervenir, car elle n'inlenrieiil que pour diminuer une gène* elle qui trop souvent par la manie de Timmixtion et de la réglementai ion, a le tort de créer des difficultés.

J'arrête là la première partie de ma discussion.

Je crois avoir établi qu'on met au compte, au passif des traités de commerce une foule de causes de dépréciation de notre industrie, qui doivent être cherchées ailleurs, soit dans la constitution de nos lois, soit dans les événements politiques, soit dans les événements de la nature, comme la maladie des vers à soie, comme l'épizootie qui a duré dix-huit mois, comme la disette dont nous avons souffert, — soit encore dans la transformation industrielle et scientifique que le traité de commerce n'a pas produite.

Avant de passer outre, je m'adresse à mes adversaires. Assurément, je ne les ai pas convaincus, car le malheur de ces discussions, c'est que nous parlons avec la conviction de ne convaincre personne. (Kires.) Nous venons affirmer nos opinions et en dire loyalement les motifs. Mais ce que je de* mande à nos adversaires, c'est de reoonnailfe que, si les causes que je viens de signaler ne sont pas les qui aient produit les dépréciations dont ils se

plaigoanl» dlet y oalfia aoins ooolribué |>our une trèt-^iriDde part. S'ils penisteot, comme je ne en douter, à regarder le traité de commerce le principal auteur de leurs maux, qu'ils reconnaissent avec moi qu'il y a de nombreux ei importants complices. (Nouveaux rires.)

Quant à oooB» qoi aonmea dans l'autre camp, BOUS croyons très-séneosement que ce D*est pas le traité de commerce qui a produit les désastres dont 00 se plaint, et c'est avec la conviction que le traité ne porte préjudice h personne, que nous nous avançons à la conquête de la liberté commerciale. Je dirai, pour moi, tout en tenant compte de quelques malheurs, que quand même le traité de commerce aurait fait du mal dans les dernières années, je n'en serais pas moins partisan de la liberté industrielle qu'il a implantée dans nos habitudes , parce que nen, pas même un grand désastre tinancier, ne me fera reculer d'une semelle quand il s'agira de l'une quelconque de nos libertés. Oui, je le répète, pour conquérir la liberté du travail, je consentirais è ce que nous ayons perdu des millions ; mais, grftce à Dieu ! nous avons la eoosdeoce plus légère ; nous pensons que nous ne eoôteroos rien é personne et que nous donnerons gratis la liberté è l'industrie et i la France. (Approbations diverses.)

IfO I.R LIBRB-ÉCHANOI

Je laisse donc dénniiiveroent de côlé celle par» lie de ma discussion; je vais mainlenanl suppoier que je n'ai pas apporlé do chiffres à la Iribuoe, et prendre la quesliop à un aulre point de vue, si vous voulez bien conlinuer à me suivre.

Messieurs, de quoi s*agil-il ? Il s'agit de savoir, non pas par une expérience de dix ans, mais par Texameu des condilions de la luUe, si la France est, oui ou non, capable de soulenir la concurreoee çonlre les élrangers.

Je vous prie de bien comprendre que la queslion, à ce poinl de vue, se Iransforme compiclemenl. Je ne demande plus si, pendanl les dix années qui se sont écoulées, la France a luUé avec succès, ou si elle a lullé mallieureusemenl conlre les puissances élrangères.

C'esl bien long, dix ans, pour ceux qui souffrent, c'est bien long pour notre vie humaine : gnmdê mortaiis œvi spatium; oui, c'est bien long, mais ce n'est rien au point de vue de la vie d'un peuple ; c'est bien court pour une expérience.

Le vrai, au point de vue de la question économique, ce n'est pas de comparer les importations et les exportations pendant dix ans, ce n'est pas de se demander si les maebines IcoomotÎTes sur la roule de Manchester à Liverpool sortent des usines du

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Cmnei ; ce n*e5t pas d'aller à Londres etamioer si une grande partie du madapolam eiposé eo teote esl de fabricalion française.

Ce ne sont là que des détails. Ce n*esi pas oo bilan de détails qu'il faut dresser.

Au lieu de prendre les Cûls dans une période de dix ans; il faudrait examiner les ressources, les possibilités soit dans un pays/ soit dans Taulre ; regarder ce qu'est TAngleterre et ce qu'est la France, se demander, abslraciion faite des documents recueillis pendant dix ans ou vingt ans par l'administration des douanes, s'il y a dans ce pays des éléments suffisants pour lutter contre les manufactures anglaises.

Voilà ce que je vais tâcher de faire en quelques mots.

Quelles sont les conditions de la lutte industrielle entre deux peuples ? Je n'ai pas la prétention d'être complet, je veux plutôt indiquer un ordre de con-

II y a les frais d'établissement, le combustible» la matière première, le conducteur du travail, c'està-dire' le chef d'industrie et l'ouvrier. Voilà les éléments de la lutte. Si, indépendamment de toutes les questions de bilan des daraièws années, on pouvait établir qu'en France et en Angleterre les

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frais d'établissement, le combustible, la matière première, l'ouvrier» coûtent le même prix ; si» de plus, on démontrait que l'outillage général dans les deux pays, et j'entends par là, outre les lois, qui sont aussi un outillage, les canaux, les chemins de fer, les moyens de transport de toute nature, sont parfaitement équilibrés ; je dis que, dans une situation pareille, on aurait le droit de soutenir que les deux pays peuvent entrer en lutte, sur le pied de régalité, et que quand on entreprend de pnn léger l'un d'eux par des tarifs, on lui fait une injure véritable et une injure gratuite.

Plusieun vois. Reposez-vous ! reposez-vous !

M. Jules Simon. Si la Chambre veut bien m'accorder quelques instants de repos, je lui en serii très-reconnaissant.

De toutes parts. Oui I oui ) — Reposez-vous t

M. le Président Mêge. La séance est suspendue pour quelques minutes.

M. le marquis de Piwt, Je demande la parole* (Exclamations.)

Oh 1 laissez-nous respirer un peu!

LR UBMHICHANOR fli

M. le marquis de Pmit. Je n*ai qu'une réflexion à foire.

II. le Président .Mtoe. Vont ne le pouvei pas, en oe moment, la séance étant suspendue.

(La séiiioe raHe sospendne pendant dix minutes.)

M. Jules Simon a la parole pour continuer son discoors.

M. Jules Sdkni. Maaaîeurs, je vous rappelle les tannes dans lesquels je circonscrirai main tenant la discussion ; il ne vous échappe pas que, lorsque je dis que je circonscrirai la discussion, c'est pour (exprimer que je laisserai de c^té un très-lourd fardeau de chiffres et de documents, mais que ce que j'aborde, en ce moment-ci, est le point même, le point sctentiflque, en quelque sorte, de la discus-

La question que je vais aborderait celle de savoir si la France a dans sa constitution des éléments de lutte, qui, sans protection, la rendent capable de soutenir la concurrence des pays étrangers. Ces éléments sont les frais d'établissement, le combustible, la matière première, les conducteurs de travaux, l'ouvrier, la main-d'œuvre et ensuite l'outillage général.

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On dit généralement, j*ai dit moi-même, que les frais d'un grand établissement, en France, étaient supérieurs aux frais d'un grand établissement chez nos concurrents les Anglais.

Depuis que j*ai émis cette proposition, j'ai fait de nouvelles recherches, j'ai conversé avec des personne3 compétentes, et mon impression s'est modifiée. Je crois qu'on exagère beaucoup la diiïérence au profit de nos concurrents. J'ai entendu soutenir, par exemple, que les frais de premier établissement coûtaient en France 40 % de plus qu'en Angleterre. Il faut distinguer, dans les frais de premier établissement, l'acquisition du sol, la superstructure, l'acquisition des machines motrices, l'acquisition des machines-outils.

Pour ce qui est de l'acquisition du sol, nousavons l'avantage, et cela tient en grande partie a ce qu'en Angleterre, par exemple, tous les grands établissements, toutes les grandes usines sont dans les mêmes régions. Il n'y a personne qui n'ait présents à l'imagination ces paysages anglais où la fumée des hauts fourneaux remplace l'aspect du ciel ; où les cheminées se pressent comme les arbres dans une forêt, où les machines qui vous emportent avec une rapidité dévorante ne vous montrent ;qu'une succession d'immenses panaches de fumée et de

us LIBE»ÉC1U2I0I •!)

r,6l fOQttiaoaeiilpeiidiiii des Journées 60ttèies dans la roèine atmosphère imprégnée de chariMNi.

Plus les établisaeansiits se concentrent, et plus ils penfool gagner aona le point de vue du marché» des transaetkwa eoiaereiales, du transport et de l'arrivage def marchandises, mais, en même temps, plus le sol se vend cher. C'est comme dans une grande ville où le mèlrô de terrain dans le premier fféaeao, —je dis cela pour le temps où il y avait des à Paris, — se vend plus cher que dans le I9 el dans le second plus cher que dans le troiaième.

En FHmce« nous avons un certain nombre de manufacturiers, mais nous avons aussi beauioduslriea isolées pour lesquelles l'acquisition àê lerrain est une dépense relativement modique. Noos avons la pierre» noua avons la brique à meilleur marché et meilleure. Nous employons à présent le km HoUnann, qui produit pour la dessiccation des briques une économie de 660/0. Ce four, qui esl Irèa-répaodu et qui se répandra davantage eo France, est moins ooono eo Angleterre. Noos avons notre soleil. Ce n'esl pas le plus beau soleil du moode, excepté quand on descend vers notre Midi, qui est si ravissant sous tous les points de vue ; mais

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nu r.K I.IBRB-ltCHANOR

coHn, notre soleil, même celui du Nord» dessèche plus vite nos matériaux et nos bois que le soleil anglais.

Nous sommes en bonne situation pour les oouTeiv tares ; nous en trouvons chez nous tous les élé* ments, paille, tuiles, ardoises. Si même nous comptons le zinc, grâce aux arrivages par le chemin de fer du Nord, nous avons tous les matériaux de contruction à meilleur marché.

Quant aux machines motrices et aux machinesoutils, nous sommes en état d'infériorité, parce que la fonte et le fer nous coûtent plus cher qu'à ooe concurrents ; il n'en est pas de même pour le cuivre, je crois; mais si nous avons une infériorité pour l'achat des matières servant à construire soit les machines locomotives, soit les machines-outils, nous reprenons l'avantage pour ce qui concerne la maind'œuvre, ce qui établit à peu près la compensation, un tiers de plus pour les matériaux, un tiers de moins pour le travail. Et, notamment, comme on emploie pour la construction des machines un grand nombre d'ingénieurs, il n*est peut«étre pas hors de propos de rappeler — je ne sais si nous devons nous en louer beaucoup — que la profession d'ingénieur est ineomparablemcni moins rétribuée eo France qu'elle ne l'est en Angleterre.

un liiiiiiHNthamok «7

Quelle que soit la Tabrication que l'on fesse eo AngleteiTe, la part donnée à Tétat-major industriel, c'esl-è-dire aux ingénieurs, esl eonsidérable ; les grands ingénieurs' anglais font des forluues énormes; on eompte, ehei nos Toislns» la valeur intellectuelle pour une taleur, el 00 la paie en conséquence ; tandis qu'en France nos ingénieurs sont peu rétribués et n'entrent que pour une Taible partie les frais de premier établissement. L'ouvrier, l'avons à très-bon marché, vous le savei, pour la construction des édifices et même pour celle des machines.

Noos avons donc peut-être l'égalité pour les frais de premier établissement; mais, en tous cas, nous n'avons pas une déprédation de 40 Vo-

Nous ne saurions en dire autant pour le combuslitle. Il est évident que, pour la houille, nous avons presque partout rinfériorité. Les renseignements les plus gtoéraux, et qui reposent sur les données les plus sérieuses, donnent ce résultat, que, dans les établissements de tissage et de filature, il faut estimer la dépense de la bouille à trois fois la dépense anglaise, et, dans les grands étabiisaemenls métallurgiques, à deux fois seulemenL

Cest là une inrériorité considéraUa.

Il n'en est pas absolument de même dea matières

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premières. Peut-être en ce moment payons-nous plus cher que nos voisins les matières textiles; mais, soit pour les cotons d'Amérique qui pourraient arriver dans nos porls sans plus de frais que dans les ports anglais, soit pour les cotons de Tiode, qui, par la voie de Suez, sont plus près de nous que de la Mersey, je pense qu'avec des efforts nous pourrions faire du Havre un marclié de cotOD égal à celui de Liverpool, et que, dans tous les cas, il nous est possible d'avoir des arrivages de coton en égalité avec les Anglais. (Très-bien t très-bien 1) Je viens à la question de l'ouvrier. Je ne céderai pas volontiers sur cette question de l'ouvrier. Je l'avoue, je suis très-préoccupé de la supériorité de l'ouvrier français sur l'ouvrier étranger. J'ai pendant longtemps étudie avec soin la question de l'ouvrier dans les différents pays. Il est facile de se convaincre, rien que par les yeux, de la supériorité de la force physique de l'ouvrier anglais sur l'ouvrier français. L'ouvrier anglais a deux supériorités : la supériorité de la force physique construite en quelque sorte de propos délibéré, à l'aide du bifleack, ei une autre supériorité, sa persistance remarquable à rester à sa place, à faire une besogne pénible, à ne s'en pas distraire, et à faire toujours la oséaie ehose de la même flicoo sans jamais s'en fatiguer.

CJC I.IDItK-âClUXtiK ai

Si vont le ooosîdérei oomine un marteau» c'est un noarteau plus lourd et plut résistant que le marteau français.

On dil, et je le crois« qu'il faut moins d'ouvriers anglais que d'ouTriers français pour un même nombre de broches. Cela tient en grande partie à ce que nos ouvriers refusent de toucher une haute paie pour conduire deux métiers, dans la crainte qu on ne leur laisse ensuite la même somme d'ouvrage en revenant à l'ancien prix de journée.

Mais il y a autre chose que la force physique dans l'ouvrier. Le Français a des qualités morales très-remarquables : il est très- courageux, il a de la présence d'esprit, et il sait, comme on dit en langage d'atelier, se retourner.

C'est-à-dire que le même ouvrier est propre à diverses besognes. Cela est d'une importance extrême pour l'ouvrier lui-même, car, supposez une transformation de l'industrie, l'ouvrier anglais qui ne sait qu'accomplir toujours la même besogne, grâce au principe de la division du travail, une fois déplacé, n'est plus rien.

Cet ouvrier anglais qui n'a qu'un mouvement ressemble, quand les chances de la bataille tournent eontre lui, an chevalier du moyç o âge qui était caparaçonné de fer : quand il était en selle, la lance

fSO LE LIBRE-ÉCRANOR

au poing, il paraissait invincible, et il Tétait, tant que son cheval pouvait le porter; -« mais une fois mis a terre et couché sur le dos, il périssait dans sa cuirasse qui le protégeait tout à l'heure ^ et qui, maintenant, l'obligeait à attendre la mort comme une masse inerte. Il en est un peu de même de ces ouvriers qui ne savent faire qu'un travail spécial, en qualité de bras, et non en qualité d'hommes.

L'ouvrier français, au contraire, ressemble à notre fantassin alerte, infatigable, gai au péril, aujourd'hui soldat, demain ouvrier, et qui, sa besogne héroïque une fois faite, prend une civière et s'en va à la provision, ou saisit le balai, et nettoie allègrement la chambrée.

Voilà ce qu'est notre ouvrier. 11 aura été touta sa vie occupé à un travail ; ce travail vient à lui manquer, il en prend un autre. L'apprentissage n'est presque rien pour lui, parce que son intelligenee y supplée, c'est raffaire de peu de temps et de peu d'cfforls.

Nous avons donc là pour nos ouvriers une trèsgrande ressource, qui tient à une aptitude particulière, au caractère national, A l'intelligence ftvncaise. (Très-bien 1 trèn-blen !)

Et cela diminue l'amertume qui, quelquefois, se joint au triomphe de la science.

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LiNrsqu'iiiie miehiiie nouvelle ioiroduite dans Tin- (iiitihe, jelle oioiDeoUoéiiieQi sur le pavé un grand nombre d'ouvriort, oo foli ohes nous, en tréa-peo do lonpo» dos bommot d'oo âge mûr se découvrir * une nouvelle aptitude, ae eréer une nouvelle carrière« subir roèoie, s'il le faut, un nouvel apprentissage. U n'en est pas do méoie pour l'anglais. U travaille fenne dans son sillon ; déeiaaaé, jl ne sait plus que faire de sa force.

Celie (bcolté de transformation particulière à foovrior francalt est importante, non^eulenient pour l'ouvrier, mais pour le fabricant. Est-ce qu'un cbef d'industrie n*est pas heureux d'avoir une armée qu'il peut verser alternativement dans tel ou tel cadre, de pouvoir faire passer des ouvriers de telle machine à telle autre, sans craindre qu'il y ait un nouvel apprentissage à faire et sans penser que e'eal un grand enfant qu'il va mettre en préaeoee d'une profession nouvelle? Disons-le avec un juata sentiment d'orgueil; nous avons des ouvriers intelligents, spirituels, courageux, animés du sentiment de leur devoir, sobres, au moins par comparaison, et qui n'ayant pas besoin de cette énorme eonaommalion de l'ouvrier anglais, se contentent presque partout d'un salaire très-inférieur à celui de noe voisins.

Sat LB LIBRB-ÉOBANei

Je serais charmé de voir leur salaire s'accroître ; mais je dis qu'à l'heure qu'il est, nous pouvons avoir la main-d'œuvre à meilleur marché qu'en Angleterre. Plusieurs statistiques donnent des prix égaux en France et en Angleterre. Eh bien ! il y a une illusion qu'il faut dégager. Oui, dans la plupart des ateliers de filature et de tissage, la main-d'œuvre se paie d^ la même façon ; mais la durée du travail n'est pas la même, au moins pour les femmes, que l'industrie textile emploie en si grand nombre. Ainsi, dans les ateliers français, la durée ordinaire du travail — je ne parle pas de Paris — est de onze heures effectives, ce qui fait soixante-six heures par semaine. La durée du travail dans les ateliers anglais est inférieure, elle est au maximum de cinquante* sept heures par semaine.

il y a par semaine, avec le même prix, dépréciation au détriment du fabricant anglais. Je donne ce renseignement, parce qu'il est vrai ; mais en le donnant, je veux l'expliquer. J'ai trop interrogé les fabricants de Leeds, de Bradiprd, de Rochdale, de Manchester, pour ne pas savoir que les fabricants ne perdent pas en diminuant les heures de travail dee femmes et des enfants.

• ' Lorsque M. de Forcade de La Roquette était minisire des travaux publics, il avait rois à réiude

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