‹ Le libre-échangeChapitre 8 sur 20 · I.t. l.IIIRK-itCltAJCOB m · texte numérisé non relu

I.t. l.IIIRK-itCltAJCOB m

oouJTi quand TOUS frappez la houille d*uD impôt. Supposez que tous lui donoiez la liouille sans impôt, aussitôt la béte va décupler sa production. Nos fabricants, sûrs désormais de lutter à égalité, vont développer leur outillage. Nos marchés vont regorger de tissus et d'outils. La France, loin d*étre tributaire des autres, va devenir un grand foyer d'exportation. Et ces produits, que l'affranchissement de U houille va multiplier, qui donc les portera au delà de la firootière? Ce sera la locomotive, soit qu'on l'attelle i un train de wagons sur une voie ferrée, soit qu'on l'emprisonne dans le flanc d'un vaisseau qu'elle conduira en Amérique ; de façon que si vous nous donnez le pain de la machine, la houille, si nous vous la donnez affranchie, la machine va produire davantage et toutes les industries qui dépendent les unes des autres vont avoir des produits plus nombreux à exécuter, à transporter. Et ceci est vrai partout. 11 faut nourrir les hommes, il (aut donner des aliments à rindusiric, il faut détruire U douane, hi supprimer; c'est un instrument de famine, c'est un effort de l'homme pour rendre l'homme moins puissant dans l'ordre de la production matérielle, absolument eomme les lois de censure sont un effort de rbomme pour rendre Fesprit de l'homme imbécile. (Applaudissements.)

UB Ut LIBRE-^:CIIANGB

Nous sommet puissants t nous sommes forUI el nous sommes là à nous garrotter, à nous gêner, à nous mettre des poids sur le dos, comme on fait dans leschamps de course pour égaliser le légerau pesant, n me semble quelquefois, quand je pense à toutes ces lois débilitantes, qu'on prend un enfant, et que dès qu'il commence à sortir des bras de sa nourrice, on lui lie les deux jambes et qu'on lui donne des béquilles, qu'on lui apprend à marcher comme cela* Plus tard, quand cet enfant sera devenu un homme» si on lui 6ie ses béquilles et qu'on lui dise : marche donc sur la plante des pieds, c'est pour cela que tu es fait. — Ah ! grand Dieu, s'écriera- t-il, si vous m'ôtez mes béquilles, je ne pourrai plus me tenir debout. Nous en sommes là avec nos octrois, nos douanes, notre censure, nos routines de toutcssortet» notrecentralisation,nos lois préventives. 11 n'y a rien qui nous effraie autant que la liberté. Quand nous avons bien gôné, entravé, atténué la nature, nous nous admirons dans notre œuvre, et nous appelons cela la civilisation! (Applaudissements prolongés.)

Je vais finir, Messieurs, parce que c'est alMoloment nécessaire, ei cependant je ne veux pas sans dire encore quelques Usures à nos (On rit.)

Tous CCS droits do douane, et j'ai bien envie de

ijt uwatm-ÈcnAsan m

atMinttilioa, eet droits iToelfoi et mw la pensée, dool oo veoi riiire aujour dlMÛ un toilruaieoi de poHee, n'ont été à roriginc (|Qe des ttSQBniss de ^luoffo*

Pour la pensée, eela ta sans dire. Il s'sgtssait tfimmobillsef la peiiaée, qui est le mourement. On avait pour esh deux moyens, l'abéttspement, meaufo préfentife, le broiement, mesure répressive par eieellence. On ne taisait pas de différence eatre une idée nouvelle, en matière de doctrine, el une idée fMisse. Même l'interprétation nouvelle dHme idée ancienne était criminelle. La politique aéeufière imitait en cela la politique ecclésiastique. La censure et l'inquisition étaient les deux formes d'une même doctrine. L'une pendait, l'autre brûlait, c'était la grande différence. Voilà Crémieux, quevous venez d'applaudir à son entrée, on l'aurait brOlé, il y a 400 ans. (Rires et applaudissements.) A la longue, on n'a plus brûle que les livres. La Bastille et les in-pace ont remplacé peur les hommes le bûcher et le gibet. Nous croyons à présent que tout cela est de l'histoire anmenne. Four ma paK, je n'en suis pas sûr; j'avoue aeulemeot qu'il n'y a plus de brûlements, et qu'aucun persoonge ne porte, dans l'almanach

impérial, le titre de eenseur.

130 i.b UHREÈCnAKOB

Mais laissons la proiiibilion des idées pour duos occuper de celle des étoiles.

Qu'est-ce que les tarifs de 4667 ? Une agresaioo contre la Hollande. Vous savez comment elle répond : elle prohibe nos vins et nos eaux-de-vie. De là la guerre de 1672. Le tarif fut aboli à la paix de Niniègue : cela valait mieux pour la Hollande qu'une province gagnée. De môme à lUswick» en 1697, le grand bénéflce de la paix, pour l'Angleterre, c'est de pouvoir travailler pour nous, nous vendre ses produits. La Hollande après le traité d'Ulrecht devint déûnitivement notre pourvoyeuse. Nous recevions, malgré nous, les marchandises qu'elle nous envoyait ; nous prenions notre revanche sur les provenances des autres pays. Le parlement de Rouen, qui regardait l'Angleterre, se signalait par son ardeur à prohiber. Un arrêt de 1701 interdit l'entrée des produits anglais; en 1716, on prescrit de brûler les étoffes de Tinde. Le 8 janvier I7i0, on condamne au feu, non pas seulement les étoffes» mais ceux et celles qui les porteront. Il est boa que les prohibitionistes connaissent leur livre d'or.

Nous eûmes un traité avec l'Angleterre en 1783, « un traité de commerce sur le pied de la réciprocité et de la convenance mutuelle; > ainsi le définissaient les protocoles. A peine publié, on le décria

LK UJUUHKUIAXOB

de part 6ld*autre : e'atlla toK des traHét de nefce. U parait eertaio que Boosétioiit joués. Oo dé* grtfait seulement nos articlesde luxe,d'un débit restreiot; et oos oégMimeurs y afaient conseDli, sur la M de eei exione» eoeoie eu usage aujourd'hui, que nous exeeiloDs dans les objets de prix, et que nous M pouvons produire à bon marché. Cet aïkNiie, pour le dire eu passant, est autrement awurtrier que le libre éehangp. C*est grâce à loi qu'oQ a sacriné si longtemps, à quelques prodoctean prirllégiés, la masse des producteurs et la lolalilé des eonaoaunateurs.

En 1790, 00 était aux idées de liberté; les tarifs fbreol adoudSy les prohibitions restreintes. On peut s'étonner que la Constituante ait conservé les douanes; mais on ne va pas du premier jour au bout de ses principes. Les révolutions les plus rares sont les révolutions radieaies. Ni la Constituante ni la Convention n'ont jamais compris pleinement la liberté en matière religieuse. En ma- . liera commerciale, il y eut un retour violent vers la prohibition et ce fut la guerre qui le produisit.

Le fjuin 1793, la guerre avait été déclarée à r Angleterre. Le 4 mars 1793, la Gonvenlâon rendit un décret de prohibition ; c'est une anne de guerre à ne pas s'y tromper. L*asaemblée dit dans le

131 LE LIDRE-ftCBAKOB

préambule de la loi : « Considérant que la conduito hostile des puissances coalisées est une infractiori aux traités antérieurs. » Elle dit dans son article i*' : € Tous traités d'alliance ou de commerce existant entre l'ancien gouvernement français et les puissances avec lesquelles la République est en guerre, sont annulés. » Suivent les prohibitions. Les marchandises saisies doivent être confisquées et brûlées trois jours après la conûscation. Ce décret n'est rien en comparaison de celui du 9 octobre 1793. Le propre de la guerre, à coups de canon ou à coups de tarifs, est d'aller en s'exaspérant. Cette fois il n'y a plus d'exceptions : c Toutes marchandises fabriquées ou manufacturées en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, et dans tous les pays soumis au gouvernement britannique, sool proscrites du sol et territoire de la République française. — Toute personne qui , à compter du jour de la publication du présent décret, fera importer, importera, introduira, vendra ou achètera directement ou indirectement des marchandises manufacturées ou fabriquées en Anglalaffe, sera punie de vingt ans de fer. • Ce décret Ait mal exécuté, comme il arrive le plus souvent quand tes peines sont disproportionnées avec la foute. Le Directoire fit rendre, le 31 octobre 1796, une loi qui

I t. i.iuuK-KCOANOI . UO

proMrif ail jusqu'à la paix le débit ai la eooaomdaa ■awhandlaai anglaisas. Cetto loi la ptealUé, pour la randra alfocUve.

Elle proscrivait les aaidtandisaa anglaisea iuqu'à lafaiar, parce qu'elle élail me arme de guerre, et M viaaii pas à élra rapplkatton d'un principe. Après la paix d'Aariaos, eo eolama des négociations pov rétablir les relations commerciales. L' AngMaiia foulait un traité de coounerce; le premier consul résolu à l'aifuner, ei ne sacUant pas que les aoni morlellea aux deux partis, traîna Jusqu'à la guerre de i803. En 1806, la coup do désastre de Trafalgar, l'empereur à Berlin, un décret dont toutes les paroles sent à noter : c Considérant que l'Angleterre n'admet pas le droit des gens suivi universellement par tous les peuples policés... » Suit la description des blocus prononcés par l'Angleterre. < Considérant, riit-il ensuite, que cet abus monstrueux du droit de blocus n'a d'autre but que d'empécber As commu« nieationa entre les peuples et d'élever le commerce et l'industrie de l'Angleterre sur la ruine de l'industrie et du eommeroe du Continent, que tel étjint le but évident de l'Angleterre,. quiconque bit sur le Continent le commerce des osarchandises onglaiaea favorise par là ses desseins et s'en rend le

134 LK I Wr.K

complice; que cette ti,...:^.,... de l'Angleterre, digne en tout des premiers âges de barbarie, a profité à cette puissance au détriment de toutes les autres ; qu'il est de droit naturel d'opposer à l'enDemi les armes dont il se sert lorsqu'il tnéconnalt toutes les idées de justice et tous les sentiments libéraux, résultat de la civilisation parmi les hommes... • Puis vient la déclaration du blocus. « Tout individu sujet de TAngleterre sera prisonnier de guerre; tout magasin, toute marchandise, toute propriété de quelque nature qu'elle puisse être, appartenant à un sujet de l'Angleterre, sera déclaré de bonne prise; aucun bâtiment venant directement de l'Angleterre ou des colonies anglaises, ou y ayant été depuis la publication du décret ne sera admis dans nos ports. » Ces dispositions sont reproduites et aggravées par les décrets du 23 novembre et du 17 décembre 1807. Enfin parut, le i8 octobre 1810, le décret qui* établit jusqu'à la paix des coura préWV taies de douanes. < Le président de ces cours siégera en épée. Les arrêts définitifs qu'elles randront après un jugement de com|)étence eonfirmé par la cour de cassation, ne seront point sqjets au raooon en cassation. Outre les peines portées par les lois eoneernant la firaude à main année, les entrepreneurs de fraude en marchandises el denrées prohi-

IM UBB»iOHA]fOR W

béat, kê MWHWiiit l«t tatéretiéi el las complices tes MKta entreprises, les chefs de bande, directeurs el conducteurs de réunions de fraudeurs en sMfehandises prohibées, seront punis de dix ans de titfiux Ibroés el de la oMrque V. D.; le tout sans préjudte des dnmigns taléiéls envers rÉtat, proportionnés aui béoéâeca que lea coupables auront pu retirer de leur traûc Les marchandises confisquées ne seront plus ronduea. Nos grands prévôts el les proeureurs généraux de nos cours prévôtales feront proeéder publiquement à leur broiement ou deatrœlioo» cl en dresseront proeès^rorbal. *

drs remontent loin maintenant ; cepeoje suis encore trop jeune pour avoir vu de mes yeux les brûlements de marchandises. Voilà mes cbers et ilhistres amis M. Hipp. Passy, M. Renouard, M. Crénûeux qui les ont vus. On prenait des marchandhaa febriquéea, de belles marchandises à Tadmiration d'un Cibrtcant et l'envio d'une U on les apportait sur la place publique, et c'était, enCeodet-le bien, citoyens, c*était une cérémonie. Les autorités mettaient leurs habits brodés, ces merveilleux babils, que nous voyons encore parader sur le dos des comparses de nos théâtres. BDea ae couvraient de leurs manteaux de sénateurs, leurs crachats sur leurs poitrines, et se

130 l.K LlBRB-àCHANGK

rendaient en pompe* précédés des fifres et des tambours, sur la place de Texécution. Là, on faisait une proclamation, peut-être un discours si le préfet ou le gouverneur était éloquent; et puis, ne croyez pa> qu'on se contentât de mettre tout simplement le feu à ces beaux châles, à ces magnifiques étoffes de laine, à toutes ces belles soieries, de cassera coope de marteau ces admirables poteries, ces beau;L cristaux, pas du tout. Comme autrefois le bourreau prenait par les cheveux la tète du supplicié pour la montrer au peuple, on avait là un fonctionnaire chargé de déployer ces soieries, de les faire miroiter et chatoyer pour que les yeux des femmes s'en remplissent ; et ce n'était pas seulement ces amantes étemelles du luxe qui menaient le deuil de ces hécatombes, il y avait là des commerçants, des industriels, des ouvriers, des disciples de Turgot, des hommes ayant le véritable sens de TEncyclopédie et de la grande Révolution française non encore achevée et que nous achèverons par la science; et ils se disaient que c'était l'intelligence humaine que Ton venait ainsi insulter en pompe, que c'était la soeur des ouvriers, que c'était l'argent de leurs fa* milles, que c'était le droit de propriété, la oooquèla du génie humain sur la matière, qu'un déeret brutal livrait à la destruction. Us pouvaient se rappeler

LK UBBȃCIIAKOI 19

l6i ieoooelMtai et la lafl^M OÙ l'oo Mnil h goeite an eha&^l*œoYra da Part, ao nooi da ja na aais quel 8lupiile fanaUsma. Eii^ qua lu n'at pas aussi un ehaM'oMnna, toi, ballaélallè, brillante et lustrée, painta da mille fleurs, chaude et légèra, douée à la flsaiD, i la fois vaporeuse, ai duraNat Na l'as-tu pas, tissu oiodesta, qua rieo ne reeoomiaDde aux rcgaids, bmIs qui oa ooûtes que soiiaote ceoiioies la aèlre, qui permets au dernier des oufriers da donnar uoa eheoMaa à sa flMinia ai une blouse à aoo anfluiiT La flamoia abaorbait tout, le luxe du rieba, la oéeassaira du paurra ; et on pouvait sa dira qua ai la guerre était plus sanglante ailleurs, elle n'était nulle part plus odieuse. (Bravos et applandissamenU.)

Vint, après Tempire, le gouvernement réparateur; » car vous la savas, ebaqna gouvamaaseoi a aoo épitlièCa, coauna laa lois : Philippe le Bel, Chariaa la Saga, Napoléaû la Grand ; on dit aussi le goufaruameoi sauveur, la gouvamameoi réparateur. Le gouvernement dea Bourbons était un gouvaroeoieot réparateur. Il rentra avae deux armées : la praoûèra élaii une année da hodana ai da eaaaquaa, à pied aià cheval; raulra, par darrière, arrivaii an charrailaa. Cétaii faraséa des produits numufacturéa ao AUamagna ai svloui ao Angla-

ISI M. i.im:k-ki-HANOB

terre, qai venait remplir nos magasins et inonder notre marché. Les Bourbons, à ce premier moment, n'avaient garde de proposer des tarifs. Ils n'étaient pas eneore maîtres chez nous. Ce fat la première chose à laquelle on songea, quand on se fut un peu réorganisé. Le roi aurait peut-être compris les avantages de la liberté commerciale; plusieurs grands esprits autour de lui étaient assurément capables, ou du moins ils étaient dignes d'en apprécier la grandeur et d'en prévoir les bienfaits. Je ne fais pas volontiers la guerre à la Restauration. A côté du parti réactionnaire qui Ta d'abord rendue ridicule, pals odieuse, et qui flnalement Ta perdue, elle avait une masse d'hommes éclairés, libéraux, intelligents, qui, dans un temps difficile, ont aimé et servi la liberté, filais enfin, en 1815, il y avait autour du roi et dans les chambres une aristocratie sortie de France, au moment de l'émigration, avec la ferme espérance d'y revenir victorieuse en très-peu de temps, retenue, au contraire, pendant vingt ans, liors de son pays, dépouillée de ses biens et de ses droits, ayant vécu à l'étranger daos la gène, revenue eofin avec son chef, el ae eooaldérant encore, même après oe retour, même après le milliard d'indeamHé» comme viaime de la révolution* à cause de la perte de ses privilèges otilea et hoooriOqaes.

ij: UB«B-tciuKoi m

Us plos habiles parmi lat émigrés comprirent qu'il fallait av8Dt tout reeooititiier leurs maisons par la poaaeesioQ du sol, et attacher à celte possessioo le poQf oir politique. Oo n'aTait pas po aller au delà du milliard; hi curée des placée ne donmiit qu'une ressource éphémère el n'était pas accessîMeà tous. Chaque loi politiqoe ayant pour but de refouler la réfohitioo et de rétablir directement l'ancien régime, créait, pour ainsi dire, des libéraux, et allait directoment contre son but. Une des armes de la partie éclairée de la réaction, fut la roodiflcation des tarifii de douanes. Il ne s'agissait plus alors de Mrela guerre à r Angleterre ou à la Prusse; mais enrichir raristocratie en frappant à son profit des impôts sur la masse, n'est-ce pas aussi faire une guerre, la guerre à l'intérieur, plus odieuse que Pautre, la guerre à la démocratie, et par conséquent au droit? Me trompé-je en assignant cette portée aux lois de douanes de la Restauration? Compares attentivement les Ms du 19 décembre 1814 cl du 17 juillet tSiO. La première n'est encore qu'une détente des prohibitions impériales, rendue nécessaire par la situation générale de hi France, et par le beaoin politique de mettre un terme à des mesures oppressiTOs. La seeondeêst le résultat d'un plan ourdi pour enrichir l'aristocratie et surtout

1<0 I.K I.IBRB-ÉCHANQB

raristocratic territoriale. Rappeles-vous l'art. I*' : • Le droit permanent de 50 centimes par quintal métrique établi par la loi du 28 avril 1816 sur les grains et farines importés de l'étranger , est converti en un droit, également permanent, de 1 fr. 25 centimes par hectolitres de grain, et de 2 fr. 50 c. par quintal métrique de farine. > Je ne discute pas ici, ce qui serait hors de propos, la question de Téchelle mobile. Je me borne à constater cette surélévation rapide de la taxe. A qui le motif d'une pareille loi peut-il échapper? Ceux qui veulent connaître la philosophie de la protection n'ont qu'à relire le rapport qui précède la loi du 30 avril 1806, et la discussion de la loi du 17 juillet 1819. En 1806, après avoir décrété la prohibition des toiles blanches, on établissait un droit sur les cotons, par mesure fiscale : < Ce droit est sans inconvénients réels pour le fabricant, disait le rapport, puisqu'il n'a plus à craindre la concurrence des tissus étrangers (cela veut dire, en propres termes, qu'il sera payé par les consommateurs), et il sera peu sensible pour les consommateurs, parce qu'il n'augmentera que dans une faible proportion le prix de la toile. > En 4816, on n'osa pas dira que les classas paotres ne s'apercevraient pas de la hausse du grain, mais oo déclara expressimeoi qu'elles étaient

i.K i.innlC-ecitAXnB Sll

Mémiéet à oalte hauiie, « parce que les propHé- Caifet défelopperaiaoi leor culture et leur fourniraieat ainsi du traYail. > Un orateur alla plus loin; il déclara que le pain detait être cher, parce que la Tîe à bon marebé poussait l'ouvrier à la parease. Qui ne eonnatt ces paroles? Qui n'a cent fois jugé ces doctrines? Un impôt qui se Actionne en si petites quantités que l'ouvrier même ne le sent pas, Tacquitte sans s'en apercevoir? On nous en parlait encore hier. La nécessité d'augmenter la fortune des riches aui dépens du pauvre parce que les richea donneront du travail? Jamais régime oligareUqoe ne s'est fondé sur d'autres principes. Tout le progrès est de parier de travail, autrefois on parlait de charité; mais la différence n'est que dans le mot. Quant à la nécessité de manquer de pain, pour avoir du cœur au travail, c'est de la ffiroctté naïve. On ne citerait pas de telles paroles, si elles n'étaient, à le bien prendre, la conséquence des autres. Toutes les lois de douanes de la Restauration furent conçues dans le mtae esprit que celle de 1819. Voyez la loi sur les laines, qui a pour but de permettre à l'aristocratie de vendre ses nKHitons à haut prix ; la loi sur les fers, destinée à favoriser la vente de ses bois. Je veux bien que ces lois, Mtea pour les seigneurs terriens, aient proflté sur-

1« m: LIDRB-6CII.VNGR

tout aux fabricants; mais rinteotioD* le but est manireste. En tout cas le peuple est sacrifié. U l*eet d'autant plus que tout cela s'accomplit avec une bonne foi parfaite. L'aristocratie aimait le peuple à sa façon ; elle était aumônière. Elle aurait volontiers donné de l'argent, mais non des droits. Quelquefois, comme nous l'avons vu, oo faisait de vains efforts pour donner le change aux malheureux ; oo leur disait qu'il fallait concentrer la richesse, parce que les riches leur donneraient de l'ouvrage. D'autres fois, on s'échappait; on avouait que le consommateur était sacriûé. Par exemple, pour justifier une taxe sur les fromages, le rapporteur disait € qu'il était nécessaire de balancer par le prix des fromages étrangers la supériorité que leur qualité leur donne sur les nôtres. » Le gouvernement, il faut lui rendre justice, résistait. 11 aurait voulu plus de mesure ; les ultras le gênaient en tout, et ils ont fini par le perdre. Les hommes politiques savaient bien que toute protection aboutit, de la part des étrangers, à des représailles, et que la même loi se produit au dedans quand on (Irappe des impôts déguisés sur les consommateurs, c'est-àdire sur la vie de tout le monde.

M. de Marbois, M. de Ségur le déclarèrent expressémeol devant la chambre des pairs, dans la

IJI UMCS-VCIIAKOS Mi

de la loi da S7 juillet 18iï. • Voire loi, (MuinnT ih a pour éUi dt nerifler à quelques îndMlrifls inotérét du piM grand nombre, ei d'expoaerla France à daftBhanaaa lepréaaiUes. »

c Cesl une loi eeaanUelleiieiit privUégiaire, s'éefiailll.deLaboide. C'eatopeprimeqnetoole la Franee va payer ans eokMM, an maîtres de forges, an noarrisaeart de bestiaux de la Normandie. •

Ces réIlexioQS si jostea produisaient peo d'effet. To«la la France était préoceopée des efforts du deifé et de la nobleaae pour reeonslitiier Tanden régime. On comprenait peu les affaires proprement dîtes; on n'en voyait pas la connexité avec les tentatives réactionnaires. On demandait de la liberté pour la bourgeoisie ; on n'en était pas encore à réclamer dn pain ponr le peuple.

Je terminerai cette esquisse de ce que j'appelle la philoaophiedes lois proliibitionistes et protectrices, parolea anqoelles j'ai déjà fait allusion, 'il est bon de dter complètement. Eliessont de M. Voyer d'Argeoson» qui les prononça à la tribone de b cbambre des députés dans la discussion de la loi de 1819.

€ l*en appelle à tous ceux qui ont babité le fond dea campegnaa; fla verront ce qnito ont vu mille Ma; à mesaro que le prix dea denrées s'élève, la

Page 1