‹ Le Lichen plan Accident des Sels d'orChapitre 8 sur 13 · ES · texte numérisé non relu

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L'utilisation en chimiothérapie anti-tuberculeuse de sels de métaux lourds, tels que l'or, est bien connue. Koch et Behring ont établi les propriétés inhibitrices exercées par ces métaux sur le bacille de la tuberculose. On a soutenu que l'or favorisait l’autolyse des tissus de granulation. D'après Noguer-More de Barcelone (Congrès des Dermatologistes et des Syphiligraphes de langue française.. Bruxelles, 1926), l'or « accélérerait les processus curatifs en favorisant la résorption des exsudais ‘et la « conjonctivation » ».

C'est à l’année 19143 — ainsi que MM. Jeanselme et Burnier l'ont signalé au Congrès de Bruxelles de 1926 — “que remonte la chimiothérapie des tuberculoses cutanées par les sels d’or. On a employé la sanocrysine de Môllgaard (thiosulfate double d’or et de sodium), la crisalbine, l’allocrysine (aurothioglycérine sulfonate de sodium).

Quelle que soit la façon dont cette médication agisse, à côté des résultats très favorables obtenus, on doit signa. ler les accidents graves déclanchés par les sels d'or.

Les accidents cutanés sont les plus fréquents. MM.

Jeanselme et Burnier signalaient, à Bruxelles, en 1926, « des érythèmes souvent prurigineux, surtout localisés aux extrémités durant deux à quatre jours, se répétant à chaque injection et s’atténuant progressivement : « Chez. un homme robuste, pesant 90 kilos, atteint de lupus érythémateux, nous avons observé, disent-ils, à la 3° injection de un gramme, une érythrodermie généralisée, desquaimative et suintante, avec gonfiement des extrémités et de la face, albuminurie légère qui immobilisa le malade au tit pendant quatre semaines... Dans deux cas, nous avons observé du purpura des membres inférieurs (Jeanselme et Burnier, Congrès de Bruxelles, 1926).

Ce sont, parmi les accidents cutanés, les éruptions de Lichen plan que nous nous attacherons à rapporter.

Nous en avons observé une très caractéristique dans le service de M. le Professeur Gougerot. Nous en rapproche-rons les cas similaires que quelques auteurs ont signalés.

OBSERVATION, — M. X..., publiciste, âgé de 37 ans, s'est présenté à la Clinique de la Faculté, à l'Hôpital Saint-Louis, je 2? Mars 1929. Sa santé avait été très bonne jusqu'en 1917. Aucun antécédent personnel à noter jusqu'alors. Ses parents, âgés de 76 ans, sont bien portants.

En 1917, il est fait prisonnier par les Allemands.

Les privations qu'il eut à subir altérèrent sa santé. Il eut alors deux bronchites qui se renouvelèrent, depuis, chaque hiver.

En 1927, une tuberculose pulmonaire s'atfirma. Un examen de crachats décela de nombreux bacilles de Koch. Le malade se soigna en montagne et rentra à Paris en 198.

En novembre 1%8, on lui prescrivit un traitement par les

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-Sels d’or, sous forme d’allochrysine. Il reçut une première série

de 10 injections intra-musculaires à 0 gr. 25, deux fois par semaine, Il se repose deux semaines et le 15 janvier 1929, il reprend: le même traitement aurique., Une grippe l'oblige alors à l'interrompre. Il ne reçoit que 4 injections.

Le 18 février, il reprend à nouveau le traitement et il recoit,

jusqu'au 1er mars, 4 injections d’allochrysine,

Le 20 février, le malade avait constaté una éruption apparue

-après la 15° piqûre.

Cette éruption augmenta peu à peu. Le 2 mars, on constatait une éruption lichenoïde sur la peau et des lésions généralisées leucokératosiques et ulcéreuses buccales.

L’éruption est alors disséminée sur le tronc, l'abdomen et l’hypogastre, le gland, les bourses et les faces palmaires el risataires des extrémités. Quelques papules isolées se voient sur les poignets. Cette éruption est constituée par des papules lichénoïdes de 1 à 6 millimètres, arrondies, à peine saillantes et très légèremnt infiltrées, nettement limitées, d’une teinte rose rouge ou parfois violacée. Elles sont finement sqameuses, parfois un peu brillantes, Sur le fourreau de la verge et sur le scrotum, les lésions font des cercles de 4 à 12 millimètres, prenant l'aspect du « lichen annulatus », de teinte violacée.

11 existe un phimosis assez marqué. La muqueuse balanique est d’une teinte rouge, enflammée, semée de quelques érosions lenticulaires, recouvertes d’enduit jaunâtre et surtout d’une couche hyperkératosique blanchôtre.

A la paume des mains, existe une desquamation très prononcée et au toucher, on constate quelques papules hypodermiques rappelant celles de la syphilis ou du lichen plan. La peau est sèche, hyperkératosique.

A la plante des pieds, trois macules rouges) peu squameuses.

Sur les deux lèvres, on voit des squames épaisses et adhérentes avec fissures commissurales gênant l'ouverture de la bouche.

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Dans la bouche, la face interne des joues, la face dorsale de: la langue et la lèvre inférieure sont recouvertes d'un enduit blanc bleuâtre uniforme, non réticulé, très adhérent, sur lequel apparaissent quelques érosions lenticulaires, à fond jaunâtre ou rouge. Sur cet enduit, ressortent quelques papules en grains, lenticulaires par places, lichénoïdes, végétantes. .

Toutes les lésions de la bouche sont douloureuses, si bien. que le malade ne peut pas mastiquer ni goûter des mets épicés.

Plusieurs examens microscopiques, par grattage des lésions buccales, n'ont pu mettre en évidence de symbiose fuso-spirillaire.

Les urines sont normales : les réactions du sang négatives.

Les injections d'or ont été abandonnées dès la première consultation. à

Le malade fut soumis à un traitement radiothérapique sans amélioration notable de sa dermatose.

Ce malade a été présenté, le 14 mars 1929, à la Société de Dermatologie, par MM. Gougerot, Burnier et Photinos — et l'ob-servation en a été publiée en partie dans le Bulletin de la Société Française de Dermatologie ef de Syphilogr:phie du même mois (Voir B. S. F. D., No 3, Mars 1929, p. 254).

A la réunion de la société de Dermatologie, la communication de MM. Gougerot, Burnier et Photinos portait comme titre : « Eruption lichénoïde (lichen plan dé-. formé) et stomatite leucokératosique ulcéreuse auriques ».

A la même séance, M. Milian faisait justement remarquer qu'il s'agissait bien là — à son point de vue — d’uneéruption de lichen plan. Seulement, ajoutait-il, comme dans les lésions produites par le 914, le lichen plan, ici, est œdémateux et d'une réaction inflammatoire importante. Il y a des papules de lichen plan sur la peau. Il y à

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des papules blanches dans la bouche. Il y a, sur les joues, des érosions très vastes — complications rares du lichen plan, mais qu’on rencontre de temps en temps.

On fit une biopsie. L'examen histologique pratiqué par Mlle O. Eliascheff, chef de laboratoire de la Faculté, à l'Hôpital Saint-Louis, permit, en effet, d'affirmer qu'on se trouvait bien en présence d’un lichen plan survenu après des injections de sels d’or.

La littérature médicale est extrêmement pauvre d’observations d’éruptions de lichen plan apparues au cours de traitements par l'or.

Nous n'avons trouvé — et nous ne pouvons rapprocher de l'observation que nous venons de détailler que les trois cas suivants ; encore n'est-il pas certain que la troisième éruption signalée soit bien une éruption de lichen plan.

Buschke rapporte le fait suivant dans les Archiv. dermat. Gesellschaft : « Une femme de 22 ans, atteinte de tuberculose pulmonaire, fit à la suite d’injections de sels d’or, une dermatite grave qui s’améliora sous l'influence d’un traitement par des préparations soufrées organiques. ‘Au cours de la régression, apparurent sur les fesses, les cuisses, la nuque, le dos, de nombreux foyers de lésions analogues au lichen plan yerruqueux, de la grandeur d’une lentille à une pièce de 1 mark, nettement limitées. — Ces lésions guérirent progressivement en laissant une pigmentation foncée. Histologiquement, la structure est celle du lichen plan verruqueux.

Dans les « Archiv of Dermatology and syphilis » october 1928, p. 598, le Dr Abramowitz écrit : « Il faut être très prudent dans l'emploi de la préparation d’or... j'ai

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vu une éruption lichénoïde généralisée avec lésion de l& bouche qu'on ne pouvait différencier d’un lichen plan. 11 était évident que cette éruption était due à la préparation d'or. Elle disparut deux semaines après la cessation du médicament. »

De son côté, M. S. Noguer-More, de Barcelone, qui traita une vingtaine de malades par les sels d’or et en particulier par la sanocrysine, déclarait au congrès de Bruxelles de 1926 : « Nous n'avons pas observé chez nos malades de troubles graves, mais nous avons observé chez un certain nombre de malades traités par d’autres collègues, plusieurs érythèmes scarlatiniformes, rubeoliformes et « lichénoïides », à issue favorable dans tous les cas et précédés d’un prurit intense à chaque piqure... Quelques malades ont présenté pendant le traitement des traces d'albumine. Chez tous les malades, nous avons constaté une forte réaction « focale », augmentant après chaque injection. Nous avons observé, chez cinq malades, de la stomatite, des diarrhées et de l’entérocolite, troubles très éphémères qui n’ont pas interrompu le traitement. »

Le malade, que nous avons observé à l'Hôpital Saint- Louis, avait d’abord été présenté comme atteint, en plus de son éruption lichénoïde cutanée (lichen plan déformé), de stomatite leucokératosique ulcéreuse aurique — stomatite qu'on put qualifier, quelques jours plus tard, de lichen plan buccal. Plusieurs cas de « s'omatite » ont également été signalés par quelques auteurs, au cours des mêmes traitements par l'or. — Ces diverses observations ne permettant pas de conclure à un lichen plan buccal,

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