‹ Le Lien socialChapitre 10 sur 96 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

spéculation rationnelle. En toute sincérité, nous avouons que sa théorie déterministe de la possession de l'homme par l'homme nous parait infiniment mieux fondée en expérience et plus féconde en corollaires vérifiables que les arguments assez sophistiques de la Psychologie du libre arbitre ou que les efîusions de la Justice et du Bonheur. Sully Prudhomme n'a d'ailleurs jamais développé dans toute sa rigueur l'idée mère de'sa doctrine, et même dans l'ouvrage que nous publions aujourd'hui il attribue au lien social plusieurs autres causes différentes de cette pression exercée par une volonté sur une autre à la faveur des faiblesses de celle-ci. Peut-être a-t-il par là échappé aux périlleuses suggestions de l'esprit de système ; mais il ne semble pas non plus avoir tiré tout le parti possible de cette vue capitale sur le principe le plus constant du groupement social, ni s'être rendu exactement compte de la position qu'elle devait lui faire adopter en face du problème moral.

Telle du moins qu'elle se présente dans son ensemble chez Sully Prudhomme, la théorie de la possession sociale fournit à son auteur un point de vue fondamental sur la nature d'une foule de faits sociaux, les bases d'une philosophie de l'histoire, les principes d'une politique, d'une économique et d'une éthique, et, dans la mesure où nous pouvons en juger d'après les pages incomplètes où Sully Prudhomme a livré sa pensée sur ce point, elle devait aboutir à une critique de l'évolution des mœurs et du progrès moral, critique nécessairement relative d'ailleurs aux convictions intimes du philosophe.

En tant que donnée sociologique positive, le fait de la possession sociale explique non seulement l'origine,

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