‹ Le Lien socialChapitre 12 sur 96 · INTRODUCTION. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIII

Ainsi conçue, la sociologie est inséparable de la philosophie de l'histoire, si celle-ci consiste en une interprétation réfléchie des actions humaines passées. « L'historien penseur, pour qui l'histoire n'est pas uniquement un récit, mais est en outre une méditation, rencontre d'abord les causes extérieures des événements humains et il étudie l'enchaînement de ces causes dans l'espace et le temps ; puis, toujours plus curieux, il en cherche d'autres plus profondes dans le for intérieur de l'humanité... La philosophie de l'histoire est une application de la psychologie à l'organisation des sociétés... La philosophie de l'histoire est un vain mot si elle n'est le sommet de l'étude des événements par un philosophe spécialement psychologue (1). » L'intérêt que présente pour ce dernier une telle réflexion purement explicative et dégagée de toute critique morale ou religieuse, c'est qu' « elle rend compte de l'évolution sociale à un moment quelconque de l'histoire ». Qu'un même ressort psychique prédomine sur les autres dans le caractère de la majorité des hommes constituant un groupe social et se possédant les uns les autres, aussitôt un même régime s'établira parmi eux, régime qui fournira à l'éthique pratiquée par ces hommes son principe directeur, à leur cité son statut politique, à leur histoire son orientation. Chaque grande révolution n'est que le passage critique d'un régime à un autre, et la période qui s'ouvre, aussi bien que celle qui finit, peut être caractérisée par le mode de possession sociale qui pendant un temps constitua la principale relation des hommes entre eux.

(1) L'Histoire et Vétat social. Cf. infra, dans l'Appendice, les parties essentielles de cet opuscule.

Page 1