XIV INTRODUCTION
Cette loi, nettement formulée par Sully Prudhomme, ne fournit pas en elle-même au moraliste un moyen d'apprécier la valeur absolue des divers régimes que l'évolution sociale substitue ainsi les uns aux autres, car la « table des valeurs » reste toute relative aux sentiments d'un chacun. Mais elle est par contre d'une fécondité inépuisable pour l'observateur curieux de définir et de classer, à la lumière d'un fait générateur, les types de sociétés, aussi bien que pour l'historien-philosophe qui se demande en vertu de quelle nécessité les régimes se sont remplacés dans un certain ordre plutôt que dans un autre. La loi du progrès se révélerait alors au penseur incité à voir dans la marche des événements et dans la succession déterminée des régimes l'avènement d'un idéal en marche. La philosophie de l'histoire, fondée sur une telle analyse de la nature du lien social et de la loi de l'évolution des sociétés, fait ressortir les deux fins essentielles que poursuivent les hommes lorsqu'ils font société entre eux : le bonheur et la paix. Le bonheur naît de la paix qui substitue à la possession sociale violente et précaire fondée sur la force le régime réfléchi et stable de l'ordre appuyé sur la raison ou sur la bonté. La paix naît du bonheur, puisque la principale cause de la guerre et de tous les actes immoraux est le besoin non satisfait par la possession d'un bien nécessaire. « La politique, science de la paix », prend pour objectif de pacifier la possession et d'adoucir progressivement les régimes. L'économique, science de la richesse, vise au bien-être des hommes en améliorant les rapports qu'ils ont avec la nature et en dirigeant leur travail. De là deux arts fondamentaux grâce auxquels la connaissance théorique des liens