LA PENSÉE ET LA FORCE
La pensée et la force musculaire sont les deux seules puissances dontla volonté de l'homme dispose pour commencer sa lutte avec les obstacles du monde extérieur. Elles sont accouplées et subordonnées entre elles, de telle sorte que le travail est impossible sans leur mutuel concours.
Isolée de la force, la pensée s'atrophie parce qu'elle ne peut plus varier ses objets, faute de communiquer avec le monde extérieur par les organes des sens, qui ne sont plus ni transportés ni dirigés nulle part. C'est la force, nécessairement employée dans l'observation et dans l'expérience, qui ouvre toutes les avenues à la pensée sur l'univers ; c'est elle qui a fourni à l'entendement et même à la conscience la première occasion de fonctionner, en provoquant la première sensation, sans laquelle l'intelligence entière demeurerait vide, quelque riche qu'elle pût être en facultés excellentes.
Réciproquement, la force, chez l'homme, séparée de la pensée, est incapable aussi d'aucun travail. C'est la pensée qui lui marque sa direction et lui
mesure son intensité. La force n'entre en action que sur le signal de la volonté pour exécuter le projet de rintelligence ; elle est proprement un outil.
L'activité humaine a deux champs d'opération distincts : le champ des phénomènes moraux et le champ de l'espace, le laboratoire intime de la pensée et le chantier du dehors.
Il y a toujours derrière les œuvres de la force un état moral qui les exphque, et il n'y a pas d'état moral qui ne se ressente de la condition faite à la force par le climat et le régime matériel!