LES PASSIONS
le fixe, la passion prend racine et devient l'une des influences prépondérantes de toute la conduite ; c'est la passion comme on l'entend d'ordinaire.
La passion perd son nOm et n'est qu'une affection normale, lorsque cette influence n'outrepasse point le degré modéré où elle ne rompt pas l'équilibre harmonieux de toutes les fonctions, en d'autres termes lorsqu'elle n'entraîne l'atrophie d'aucun organe ni d'aucune faculté au profit d'une seule espèce de possession ; l'excès qui caractérise la passion se manifeste toujours par un désordre dans le bien-être général de la personne ; car il n'y a excès que par quelque effet fâcheux, incompatible avec la notion de l'homme et contraire à son essence. La passion prend le nom de vice lorsqu'elle porte une atteinte habituelle à la dignité, c'est-à-dire aux qualités morales que l'homme regarde comme essentielles à sa personne.
Toutes les passions de l'individu intéressent les membres de la société, car elles ont toutes leur retentissement dans ses actes extérieurs ; les unes sont favorables à l'état social, et les autres y sont contraires ; nous aurons à relever en elles ce qui importe le plus à nos recherches.
Les passions, classées au point de vue qui nous occupe, se divisent naturellement en plusieurs espèces :
1^ Cefles qui ont pour objet un objet quelconque pouvant profiter ou nuire à l'homme, que cet
objet soit son semblable ou un être inanimé, une personne ou une chose; tels sont les sentiments de crainte, d'espérance, de regret, de colère, etc.;
2® Celles qui sont spéciales à la possession de certains objets parce que chacun d'eux entre en relation avec un sens particulier; telles sont la gourmandise, la volupté, l'avarice, toute préférence excessive pour un certain genre de possession ;
3° Celles qui naissent exclusivement des relations des hommes entre eux, telles que l'indignation, l'estime admirative, la vénération, le dévouement enthousiaste, la jalousie, l'envie, et toutes les passions qui dérivent en nous de la faculté d'aimer notre semblable non pas comme objet agréable seulement, mais comme éveillant en nous une affection que l'homme seul y fait naître. Ces passions sont les seules qu'on puisse dire sociales.