‹ Le Lien socialChapitre 3 sur 96 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

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ouvrage plus succinct, et il avait donné mission à un disciple fidèle, interprète agréé de sa doctrine, de développer plus tard dans une autre étude indépendante la substance de l'abrégé original. Ce projet même ne put être rempli : le manuscrit restait encore en l'état où il gisait depuis des années, lorsque la mort atteignit à sa table de travail le noble et patient chercheur que fut Sully Prud homme.

Il restait, au milieu de leur deuil, aux familiers et aux disciples du poète une consolation relative. Pressentant sa fm prochaine, Sully Prudhomme avait dans ses dernières volontés légué à ses amis les plus chers la garde de ses souvenirs intimes et la tâche « de veiller à la défense de ses idées philosophiques et littéraires en même temps qu'à la publication de ses œuvres posthumes ». Fidèles à ce devoir et pleins de reconnaissance pour la marque d'affectueuse confiance dont ils ont été honorés, les héritiers littéraires de Sully Prudhomme se sont concertés en vue d'accomplir leur mission. Avec le concours de M. Léon Bernard-Derosne, l'ami d'enfance du poète, et de M"^ B. Schnitzler, sa dévouée secrétaire, héritière des manuscrits, MM. Dorchain, A.-E. Sorel et D. Lemerre ont confié au signataire de cette préface, leur colégataire, le soin de mettre à jour les manuscrits philosophiques inédits. C'est le principal de ces manuscrits dont je fais paraître aujourd'hui les parties les plus essentielles et les plus achevées.

A vrai dire, je n'ai pas entrepris sans scrupules et sans difficultés cette pubhcation. Elle mettait en effet l'éditeur du Lien social dans la nécessité de faire un choix parmi les éléments dont d^vait se composer le

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futur ouvrage, et même d'en reconstituer d'une façon presque conjecturale le plan, afin de donner une unité suffisante à l'ensemble de l'étude ainsi réduite ; je dois au lecteur quelques explications sur ce travail de sélection, de mise au point et de construction.

Le manuscrit primitif du Lien social avait été commencé il y a de longues années, et Sully Prudhomme en avait fait mettre alors au net la partie déjà composée. Le copiste l'égara et l'auteur, interrompu par cet accident, suspendit un certain temps son travail. Les années passèrent, d'autres études philosophiques furent entreprises dans l'interv'&lle, et il ne subsista de la rédaction première du Lien social que des notes manuscrites à peine coordonnées qui sommeillaient dans un carton. Néanmoins, comme Sully Prudhomme avait à cœur de livrer au public les vues essentielles de cette originale théorie sociologique, il les résuma, en y apportant certaines modifications, dans une étude qui fut publiée en 1899, sous forme de préface à une nouvelle édition de la Bible de V Humanité de Michelet (1), puis réimprimée en 1904, dans l'œuvre de prose de l'auteur, sous le titre de VHistoire et Vétat social (2). Le zèle inlassable de M"" Schnitzler, la précieuse auxihaire du poète dans tous ses travaux, ramena au jour le texte original de l'ouvrage interrompu et en reconstitua approximativement l'économie primitive. Mais ce texte était loin de

(1) Collection Calmann-Lévy, édition complète des œuvres de Michelet.

(2) A. Lemerre, éditeur. C'est le sixième volume de la grande édition in-8'' : Prose, Testament poétique et trois études sociologiques.

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satisfaire l'auteur, qui un jour, devant moi, avec son humoristique et charmante modestie, quahfia d' « hydrocéphale » le manuscrit dont les préliminaires étaient beaucoup trop développés à son gré. Par contre, plusieurs chapitres des plus importants n'étaient encore qu'esquissés et une dernière partie traitant de l'économie politique et de la philosophie de l'histoire restait inachevée. De plus, obstacle très grave pour l'éditeur de cette œuvre posthume, aucun plan complet et définitif n'avait été laissé par l'auteur ni dans les originaux, ni dans la copie restaurée. Le titre même de l'ouvrage n'était pas arrêté : la Possession de Viiomme par rhomme, la Possession sociale, le Lien social, telles étaient les désignations tour à tour employées par Sully Prudhomme dans notre correspondance sur ce sujet. Nous avons adopté ce dernier titre en raison de sa généralité plus grande et aussi parce qu'il semblait avoir la préférence de l'auteur.

M'inspirant donc des conseils et des indications de mon Maître et usant d'une liberté qu'il m'avait d'avance laissée aussi large que possible, je me suis efforcé de réaliser de mon mieux les intentions de l'auteur du Lien social. Les chapitres du début ont été allégés de certaines considérations psychologiques et biologiques très générales dont le rapport avec l'objet essentiel de l'ouvrage pouvait ne pas paraître assez étroit. Au heu de rejeter le problème du bonheur à la fin d'une série de définitions et d'analyses préliminaires, je l'ai posé d'abord pour rechercher ensuite analytiquement par quels moyens les hommes s'efforcent de le résoudre en organisant la possession des choses et

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