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VIII INTRODUCTION

tiques conformes à la fois à la nature des choses et aux desiderata de son idéalisme moral. A vrai dire, cette initiation expérimentale resta nécessairement assez superficielle chez un poète et un penseur comme Sully Prudhomme dont la vie se passa surtout en méditations solitaires. Cependant la clairvoyante intuition de son esprit rompu à l'analyse mit Sully Prudhomme sur la voie d'une de ces idées très générales, très simples et très fécondes, propres à éclairer une infinité de faits, que conçoivent moins facilement parfois des savants trop copieusement documentés.

• La théorie de la possession de V homme par V homme ou possession sociale met en relief une des causes profondes, la plus efficace peut-être, du groupement des hommes en société, groupement qui n'a jamais cessé de se maintenir en dépit des rivalités, des haines et des égoïstes appétits qui semblent devoir di\aser les indi\ddus. Comment des êtres soumis à l'inéluctable loi de la concurrence vitale sont-ils déterminés par une nécessité inverse à s'associer et à s'entr'aider au lieu de se combattre? Comment des volontés conscientes de leur puissance, convaincues de leur libre arbitre et jalouses de leur indépendance, consentent-elles cependant chaque jour à s'aliéner pour obéir à d'autres volontés? Faire société implique nécessairement se soumettre et se sacrifier à autrui, se plier à un modus vivendi à la fois assez large pour être acceptable, assez strict pour discipliner efficacement les volontés fiées par lui, assez stable pour n'être pas arbitrairement révocable chaque jour, assez naturel enfin pour s'imposer par la force des choses à chacun en dehors de tout contrat facultatif. Faire société requiert

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