‹ Le Lien socialChapitre 8 sur 96 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

en outre, chez ceux qui se groupent, la conscience plus ou moins réfléchie d'une raison suffisante de préférer l'état social, c'est-à-dire la civilisation avec ses servitudes, à l'égoïste isolement de l'homme primitif. Quelle est cette raison qui explique l'état social? Quelle est la loi qui détermine l'existence d'un lien social avant même que la réflexion en ait justifié l'utilité ou la nécessité par un appel à cette raison? C'est à ces questions que répond la théorie de Sully Prudhomme.

Posséder un objet, c'est en avoir la jouissance, le tenir à sa disposition, le faire servir à ses fins. Une chose se laisse posséder sans conditions ni limites puisqu'elle ne pense ni n'agit ; un être vivant, animal ou plante, peut être aussi possédé par l'homme, mais dans les limites seulement où celui-ci, par ruse ou par force, est capable de triompher des résistances que lui oppose l'instinct de conservation chez l'être possédé. Enfin une personne est possédée par une autre, à l'instar d'une chose docile et sujette, lorsque la seconde a barre sur la volonté de la première et, par conséquent, est assurée d'avance de la faire obéir quand et comme bon lui semblera. Il suffit, pour que cet empire d'une volonté sur une autre s'affirme, que l'une soit constamment déterminée à agir d'une certaine façon par un des éléments dominants de son caractère, et que l'autre ait connaissance de ce déterminisme, de telle sorte qu'elle en provoque l'action et en exploite les effets. En un mot, an homme en possède un autre par son point faible, et il le tient d'autant plus à sa merci qu'il connaît mieux les secrets ressorts du caractère dont il joue. Il semble qu'en chacun de nous soit installé un maître qui nous trahit

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