R. XXIII
séder sans aucune protestation ? Comment expliquer l'accueil favorable que reçut parmi le peuple entier une loi qui devait sembler une atteinte sacrilège au culte national ? Nous savons que la réforme de Josias n'eut pas de résultats durables ; après lui les hauts-lieux furent remis en honneur. Nous savons par le passage de Jérémie touchant la libération des esclaves (1), qu'en d’autres matières encore la loi du Deutéronome ne fut pas scrupuleusement observée sous les successeurs de Josias. Pourquoi les victimes de la réforme, les prêtres des hauts-lieux et leurs partisans, n’auraient-ils pas profité de ces circonstances pour obtenir des princes dévoués à leur cause, la suppression d’une loi promulguée aux tout derniers jours, ayant pour auteur ou pour inspirateur ce Jérémie ennemi des rois, abolissant non seulement une tradition nationale, mais une loi que tous connaissaient, à savoir celle d'Ex. XX 24 ss. ? Comment, en un mot, la loi deutéronomique aurait-elle survécu à la réforme de Josias ? Ezéchiëél suppose aussi bien que Jérémie, comme chose entendue de tout le monde, qu'en Israël il ne peut y avoir qu’un seul lieu du culte. Il faut donc bien que même après Josias aucune voix ne s’est élevée pour contester l’autorité du Deutéronome. C’est un phénomène que Wellhausen n’a point expliqué.
On nous dit que la révolution entreprise par Jo osias avait été préparée de longue main. Mais aucune des considérations allécuées par Wellhausen (2) ne nous fait entrevoir, même de loin, comment on a passé de la conviction traditionnelle de la licéité des sanctuaires multiples à l’idée qu'il ne pouvait y avoir qu’un seul sanctuaire. D’après le critique allemand lui-même, à l’époque d’Ezéchias Isaïe ne songe pas encore à proclamer le droit exclusif de Jérusalem ; les exigences de son système obligent Wellhausen à soutenir cette thèse, que nous avons d’ailleurs trouvée inexacte. Mais qu’on fasse attention à ce que comporte une situation d'esprit comme celle que la théorie grafienne suppose parmi le peuple hébreu au commencement du 7° siècle. Si les sanctuaires locaux étaient alors considérés par tous comme légitimes, on devait être d’avis que ce fût une tentative impie et sacrilège. intolérable, de toucher à l'existence de ces sanctuaires. À la faveur de quelles circonstances, au cours du 7° siècle, l’opinion aurait-elle été transformée au point de donner naissance, soixante-dix ans plus tard, à la loi du Deutéronome et à l’entreprise de Josias ? Nous concevons très bien que la préservation de Jérusalem lors de la chute de Samarie (720), et en particulier au moment de l’invasion de Sennachérib, put