‹ Le lieu du culte dans la législation rituelle des HébreuxChapitre 22 sur 28 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

(2) Prol. p. 24 s.

ÉPOTT Je

porter les esprits à une plus grande ardeur dans le culte de Jéhova et à des mesures contre lidolâtrie, soit dans les sanctuaires provinciaux, soit dans le temple de Jérusalem. Toute la question est de savoir comment cette ardeur aurait pu se traduire par des sentiments et des mesures hostiles à des sanctuaires légitimes de Jéhova ? Il est vrai que ces sanctuaires étaient des foyers d’idolâtrie ; mais le temple de Jérusalem n'était pas fermé à ces abus ; Ià aussi il fallut l'intervention des rois pieux pour combattre l'invasion des cultes étrangers. Nous le demandons encore une fois : où voit- -on, d'Ezéchias à Josias, les indices d’une marche progressive vers l'avbnemon d’un droit nouveau ? Ce que nous apprend l’histoire, c’est qe le règne de Manassé fut malheureux pour le culte. Le temple de Jérusalem en particulier fut profané par l'introduction de toutes sortes d’emblèmes et de pratiques idolâtriques que Josias se vit obligé de détruire.

La réforme de Josias ne se comprend que dans l’hypothèse que les sanctuaires provinciaux étaient irréguliers dans leur existence même. Ils devaient pour une part léur origine, comme nous l’avons exposé plus haut, à un développement abusif des autels destinés à l’immolation ordinaire du bétail. La loi deutéronomique sur l’unité du sanctuaire n’était pas une loi nouvelle. Voilà pourquoi Josias ne rencontra aucune résistance ; voilà pourquoi le Deutéronome garda toute son autorité, même sous des princes qui en violaient ou en laissaient violer les prescriptions sans que les intéressés eussent à songer à labolition d’un droit nouveau ou à la restauration d’un droit ancien quelconque.

Au reste Josias ne fut pas le premier à réprimer les abus contraires à la centralisation du culte. Avant lui Ezéchias avait poursuivi une réforme analogue, au témoignage du 2 livre des Rois XVIII 4,22 et d'Isaïe XXXVI 7. Wellhausen (1) conteste le caractère historique de cette relation. La raison qu’il allègue, à savoir que la réforme ne laissa pas de traces, est entièrement insuffisante. À ce compte il faudrait nier aussi le caractère historique de la réforme de Josias, qui ne fut pas respectée sous ses successeurs Joachaz, Joïaqim , Joïakin, Sedecias (2). Wellhausen admet qu’Ezéchias aura purifié le culte des éléments idolàtriques qu'il renfermait ; mais ne s’aperçoit-il pas que les considérations qu’il fait valoir contre la SUPDES OR des sanctuaires locaux par Ezé-

(1) Prol. p. 26, 48 s. Dans le même sens C. P. Tiele Geschiedenis van den Godsdienst in de Oudheid (Nieuwe uitg }) p. 323. - (2) W. lui-même remarque que sans la captivité de Babylone il ne serait rien resté de la réforme de Josias (1. c. p. 28).

DAURT Le

chias, militeraient avec autant de force contre la suppression des éléments idolâtriques ? On voit bien,-à la lecture d’Isaïe et de Jérémie, que la campagne d’Ezéchias contre l’idolâtrie ne réussit point à extirper le mal (1). — Le même critique appelle encore notre attention sur le silence d'Isaïe, dont la prédication, dit-il, ne renferme aucun appel à la suppression des bémoth. Nous avons pu en juger plus haut. Ajoutons que Jérémie et Ezéchiël, eux non plus, ne réclament point,en termes explicites, la suppression des bämôth ; ils considèrent le temple de Jérusalem comme le sanctuaire de prédilection de Jéhova, on peut conclure de leurs paroles que ce sanctuaire seul avait à leurs yeux le caractère du lieu marqué par le choix divin. Mais tout d’abord ces mêmes prophètes ne se doutent nullement que le droit exclusif du temple est d'institution récente (2) ; ensuite il est trop manifeste que chez Isaïe aussi on trouve l’enseignement que Sion est /a demeure de Jéhova, la montagne sainte, le lieu où Jéhova reçoit l'hommage de ses serviteurs (3).

Au jugement de Kuenen, Wellh. avait tort de rejeter la relation du 2e livre des Rois et d’Isaïe sur la réforme d’Ezéchias (4). Seulement le critique hollandais ne voulait voir dans cette réforme qu’une tentative qui n'eut point un succès durable (5). Nous partageons volontiers cette manière de voir. En cela, nous le répétons, l’entreprise d’Ezéchias ne fut pas beaucoup plus malheureuse que celle de Josias. Ce qu'il importe de bien constater, c’est que déjà à la fin du 8° siècle on savait en Israël que le temple de Jérusalem était le seul sanctuaire légitime Si telle n’avait pas été la persuasion traditionnelle, jamais la piété envers Jéhova n'aurait inspiré l’idée de détruire des sanctuaires dédiés à son culte

Le 4 + cs ÆL

Nous pourrions à présent analyser certains textes, comme celui des instructions envoyées par le roi Achaz au prêtre Urias (6) où il est supposé que sur l’autel des holocaustes, à Jérusalem, on offrait les . sacrifices « du peuple entier » ; nous pourrions examiner certains

{) Nous avons déjà signalé une allusion aux mest res d'Ezéchias contre les bâmoth, chez Miché: IT, 12. La parole du général assyrien Is. XXX VI 7, comme Kuenen en convenait, n'est pas à rayer d’un trait de plume. |

(2) Voir plus haut ce que nous avons dit de Jérérie.

(3) Voir plus haut.

(4) Hist. Crit. Ond. p. 198.

(5) Dans Volksreligion u. Weltrel. p. 149 not., Kuenen ne s'exprime pas aussi clairement qu’à l'endroit indiqué de son Hist. crit. Ond.

(6) 2 KR. XVI 15.

PSN. À PS

récits comme celui de la restauration du temple sous le règne de Joas (1) où il est encore supposé qu’à Jérusalem affluaient des pélerins de tous les points du territoire et que le clergé du temple était divisé en catégories correspondantes à des sections établies parmi le peuple. Il ne serait pas sans intérêt de discu:er les notices du livre des Chroniques relatives aux règnes de J'osaphat (2) et d’Asa (3), que l’on est trop prompt, nous semble-t-il, à rejeter pour cause de contradiction avec d’autres notices sur les mêmes rois, soit dans le livre des Chroniques, soit dans celui des Rois (4). Il n’y a rien d’impossible à ce que les mesures prises par Asa et son fils Josaphat contre les bämôth n'aient point été universelles ou absolument radicales ; elles n’en fourniraient pas moins la preuve qu’à l’époque de ces rois, c’est- - à-dire au 10° siècle, il devait y avoir une loi condamnant les sanctuaires distincts de celui de Jérusalem. Pour consigner dans son récit les deux renseignements, en apparence contradictoires, sur la conduite des deux rois, l’auteur des Chroniques doit avoir trouvé, semble-t-il, dans les sources qu'il avait à sa disposition, des faits ou des appréciations qui pussent lui dicter le double jugement qu’il porte. Nous parlions de contradiction apparente ; il se pourrait très bien, en effet, que l’antilogie n'existe qu'entre les formules très générales dans lesquelles l’auteur exprime son jugement. Aïnsi, il est certain, au témoignage du livre des Rois, qu’Asa combattit vivement l’idolâtrie (XV 11 ss); malgré cela nous lisons plus loin (XXII 47), que Josaphat s’attaqua aux abus qui étaient restés pendant les jours d'Asa. Y a-t-il là contradiction? — Au v. 15 du ch. XV du 1°: livre des Rois, immédiatement après la notice portant que sous le règne d’Asa les hauts-lieux ne furent pas abolis, on lit cependant qu'il fit apporter au temple les offrandes votives, en or et en argent, provenant de son père Abiam. Asa ne se contentait donc point de combattre l’idolâtrie ; il favorisait le temple de Jérusalem au détriment des sanctuaires provinciaux. -- Il ne faut pas d’ailleurs perdre de vue que suivant notre hypothèse, les autels répandus sur la surface du territoire n'étaient pas contraires au droit ancien, tant qu'ils demeuraient réservés à l’immolatien ordinaire du bétail. Ce qui était illégal, c'était l'érection de ces autels en lieux du culte, en véritables sanctuaires publics. Comme nous l’avons dit, la réforme de Josias, de même que la législation du Deutéronome renouvelée à ce point de

(D 2 Rarch./XIL

(2) 2 Chron. XVII 6.

(3) Ibid. XIV 2, 4. |

(4) 2 Chron. XV 17, XX 33 ; 1 R. XV 14, XXII 43. Cfr. Kuenen Häist. crit. Ond. p. 196.

Page 1