CHAPITRE SIXIEME
Articles « à côté > de Rochefort et Driimont. — Rochefort s'en tire sans prononcer le nom de Jaurès. — Drumont fait l'interview d'un universitaire imaginaire; il y loint l'apologie du brave général Boulanger; il conclut par un regret des plus bizarres.
Gomment Rochefort accueillit-il la conclusion des débals sur rinlerpellalîon Cavaîgnac?
Par cet article des plus bénins, intitulé : « Le Débat est clos. »
Je n'aurais jamais supposé que deux et deux eussent autant de peine à faire quatre.
L'insistance avec laquelle les feuilles de trahison niaient Tauthenticité de la déclaration Lebrun-Renaud démontrait Textrême gravité qu'elles y attachaient.
£t, en effet, ce témoignage écrasant, s'il était établi, metlailfm d'un seul coup à la campagne du Syndicat, de môme que la bataille dléna a mis fin à la campagne de 1806.
Aussi le Siècle et les autres journaux juifs, qui ont pour principale propriété de remplacer les braseros dans les rues où on les brûle et qui servent ainsi à chauffer les pauvres, traitaient-ils de fables les assertions de M. Cavaignac, qui, n'ayant jamais eu sous les yeux la fameuse pièce, n'avait pas qualité pour en affirmer rexislence.
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Et tous, madame Dreyfus et Mathieu Dreyfus compris, répétaient en chœur :
« La pièce ! la pièce I »
Gomme lorsque M. Delahaye dénonça^ jadis à la tribune de la Chambre les soudoyés du Panama, tous les centres, à peu près exclusivement composés de panamistes, lui criaient, sur le ton du défi :
« Les noms! les noms I »
Eh bieni M. Méline a fini par entrer dans la voie des aveux.
Il a fallu les lui arracher avec une tenaille, mais ils n'en sont que plus significatifs.
Le document existe : il n'y a plus à cet égard de dénégation possible.
Nous étions donc en droit de supposer que les plus violents défenseurs de l'innocence de Dreyfus allaient s'incliner devant cette révélation foudroyante.
Nous faisions à nos contradicteurs encore plus d'honneur qu'ils n'en méritaient.
Tant qu'ils ont cru pouvoir contester la déposition écrite du capitaine Lebrun-Renaud, ils ont reconnu qu'elle aurait pu présenter une importance capitale.
Maintenant qu'on la leur a collée sous le nez, ils la traitent avec le plus profond dédain et continuent à nous inonder de leurs impostures, comme si cet élément décisif n'avait pas à jamais clos le débat.
Cette persévérance dans la mauvaise foi les rejette désormais hors de toute polémique.
On ne peut pas plus discuter avec des menteurs aussi avérés qu'avec l'accusé à qui le juge demande :
« Que faisiez-vous, à trois heures du matin^ dans la plaine Saint-Denis, sur le cadavre d'une femme portant dix-sept coups de couteau? »
et qui répond :
« J'attendais Tomnibus. »
Les Dreyfusiens aussi peuvent maintenant prétendre qu'ils attendent Tomnibus.
Ce qu'ils raconteront et rien, ce sera tout comme.
Les irrégularités, sérieuses ou non, reprochées au tribunal militaire tombent devant cette parole que le misérable serait si heureux de retirer, mais qu'il ne retirera pas:
« J'ai livré des documents secrets à l'Allemagne. »
La haute juiverie, que les exploiteurs syndiqués ont rançonnée dans les grands prix pour une propagande devenue sans objet, en sera donc pour ses millions.
« Combien vous a coûté l'entreprise? » a demandé à Mathieu Dreyfus M* Tézenas, l'avocat du commandant Esterhazy.
(( Cal c'est mon affaire! » a cyniquement répondu Mathieu.
Rien ne doit être humiliant pour cet Israélite, comme de se voir enfin contraint de reconnaître que Taffaire était détestable.
Il peut, à l'avenir, frapper de nouveau à toutes les caisses.
Même si quelques entêtés lui ouvraient encore les leurs, il n'y a plus ni brochures ni articles hebdomadaires ou quotidiens susceptibles de modifier les convictions publiques.
Le traître de l'îlot du Diable restera jusqu'à la fin condamné par l'opinion comme il l'a été par le conseil de guerre, et tous les faux commandés parle Syndicat aux « artistes » qui les signaient « Otto » lui demeureront pour compte.
Nous pensons, parbleu ! bien qu'avec son obstination professionnelle, l'israélisme ne va pas tout de suite el d'un jour à l'autre s'avouer vaincu. Il s'agitera encore quelque temps dans la poêle.
Il se démènera, dans des poses de ç.owvviUionnaire
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mais il ne sortira finalement de la friture que pour tomber dans le feu.
Et, chose ignoble ! c'est pour protéger les larrons de la bande à Reinacb que le ministre de Tintérieur Barthou envoie ses anarchistes de gouvernement troubler, revolver au poing, les réunions publiques organisées pour la flétrissure des traîtres.
C'est pour que ceux-ci puissent continuer leur besogne dans la plus ^complète impunité que Paris était hier en état de siège, comme pendant la Semaine sanglante, et que les nourrices n*ont pas même eu le droit d'aller promener leurs poupons dans les Tuileries, fermées aux contribuables à qui appartient ce jardin dont ils payent le jardinier.
Méline a été, sous les menaces de la nation, obligé de convenir qu'il possédait dans ses armoires ministérielles Taveu de Dreyfus, et il s'est vengé sur la population parisienne de la cruelle nécessité où elle l'avait réduit.
Pas un mot de Jaurès dans l'article I Drumont n'était pas d'ailleurs beaucoup plus précis que Rochefort, dans l'article qu'il publia, le même matin, sous le titre : « Les Responsabilités. »
En voici le début :
En s'y prenant à deux fois, la Chambre a fini par voter, ^ntre deux gifles, un ordre du jour quelconque.
En réalité, la situation reste telle qu'elle était, c'est-àdire sans issue.
Gomment voulez -vous en sortir puisque nous trouvons d'un côté : les Juifs résolus à tout, prêts à mettre le feu au pays pour faire prévaloir leur volonté ; de l'autre côté, un Gouvernement tout aussi résolu à ne pas appliquer les lois existantes à ces Juife^ c\jy\ ^î^^^xîks^x- ^oent une véritable associatioTi àe xïi^\l^\\.^\vc^^ ^3^ ^^'^
organisé un véritable complot contre la paix publique el la sûreté de TElat?
Au risque de nous répéter, il est utile de bien précise :a l'origine de cette abominable campagne.
Les Français qui voudront sauver leur pays auront ub jour à prendre des mesures terribles.
Ils ne pourront puiser l'énergie qui leur sera néces saire que dans la certitude, apaisante et fortiûante à ■. fois, d'avoir été, comme patience et longanimité, adelà môme de toutes les limites.
Ce sont les Sémites eux-mêmes qui ont fait jaillir (3 toutes les poitrines ce cri d'A bas les Juifs/ qui retent:. dans toutes les grandes villes de France.
Ce cri était sans doute dans l'âme de chacun; maî^ jusqu'ici, il ne s'était pas formulé au dehors avec un pareille véhémence.
Les Sémites ont affirmé, avec une impudence stupéfiante môme pour ceux qui croient connaître cette race, que Ton pouvait tout faire avec de l'or et, au besoin, innocenter un traître qui avait avoué son crime. La France leur a répondu par des malédictions et des huées.
L'espèce de frénésie délirante qu'Israël a apportée dans cette afl'aire Dreyfus s'expliquerait à peine si nous avions fait delà condamnation de ce scélérat une machine de guerre, une arme de combat; si tous les jours nous avions jeté ce nom déshonoré à la tète des Juifs.
Quelque mépris que les Juifs puissent avoir pour la vérité, pas un n'oserait prétendre que nous ayons agi ainsi.
Une fois le traître séparé du reste des hommes et gardé par des requins, nous nous sommes tus par respect pour l'uniforme que ce Judas avait porté.
C'est vous qui vous êtes solidarisés avec ce misérablCr qui avez fait votre cause de la sienne, qui avez osé poser au gouvernement français cet ultimatum^ aussi ignomî" nieux pour vous que pour lui :
si'
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<c Ou VOUS mettrez en liberté un homme que tout le monde sait coupable, ou nous affolerons le pays, nous vomirons sur TArmée et, pour la salir encore davantage, nous embaucherons le grand spécialiste en fait d'immondices et de malpropretés : le seigneur Zola en personne. »
C'est là, remarquez-le bien, un fait sans exemple dans l'histoire.
Jamais minorité, quelque exigeante et quelque rebelle qu'elle fût, n'a employé des procédés aussi abjects, et quand les factions ont agité la torche de la guerre civile, elles l'ont fait pour de plus nobles causes.
C'est à titre de document que ce début est intéressant, non au point de vue du discours de Jaurès qui avait dominé le débat parlementaire du 24 janvier.
Ce début est, en effet, en dehors de la question : le reste de l'article n'y entre pas davantage. En voici la conclusion :
Ce serait une sorte de sacrilège envers la mort, que de rapprocher le brave et malheureux général Boulanger de Dreyfus, l'infâme et le traître. Boulanger avait été blessé en Italie, il avait été blessé à Champigny, il avait Commandé en Tunisie, c'était un vrai soldat.
Il avait été condamné sur le faux témoignage d'un escroc détenu à Mazas.
Imaginez-vous l'accueil qu'aurait fait un membre quelconque de l'Université à celui qui serait venu lui proposer de signer une pétition demandant la revision du procès du général Boulanger ou simplement môme ïa grâce et le retour en France du général.
« Comment pouvez-vous me proposer une chose pareille ? aurait-il répondu. J'ai pour fonction d'instruire les générations qui grandissent, mais je dois leur enseigner aussi la discipline, le respect, Tobéissance aux lois.
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et je ne puis mieux le faire qa*en prfichant d*exeinple, eo m'abâtenant de me mêler de choses qui ne me regardent pas. »
Si cet universitaire ayait passé outre, tous entendez àlâ le vacarme qu'auraient fait tous les journaux.
Linfortuné professeur aurait été révoqué illico^ et il liant avouer que Ton aurait eu un peu raison.
Tous figurez-vous un professeur comme Andrade, s'autorisant de ce qu'il a été dans une école où le général Logerot ou le général Pierron auraient passé vingt ans auparavant, pour employer avec eux le tutoiement, qui n*est d'usage qu'entre hommes du même âge, e1 pour rendre publique une lettre dans laquelle il aurait dit à ces ministres de la guerre les insolences que M. Aa' drade dit au général Mercier?
Il faut que Rambaud soit le dernier des coquins poui supporter de pareilles mœurs chez ceux-là mêmes qui devraient servir de modèle pour la décence et pour la tenue.
Quel type que ce grand-maître de TUniversitél
Il interdit aux professeurs de se réunir en syndicat pour défendre leurs intérêts — ce qui est parfaitement légitime. — Il leur permet en revanche de se livrer à des manifestations publiques à propos d'une affaire exclusivement militaire — ce qui est absolument grotesque.
Il est bien entendu qu'il faut que ces manifestations aient lieu en faveur des Juifs.
Si un professeur mettait son nom en bas d'une pétition antisémite, Tignoble Rambaud le frapperait tout de suite.
Voilà ce qu'un député aurait dû dire en face au Gouvernement, enserrant le débat de près et en empêchant Méline de glisser entre deux phrases.
Yoilà qui aurait mieux valu encore que les belles paroles d'Albert de Mun sur l'Armée.
« Oui OU non, aurait dû demander de Mun, si les Juifs n*avaient pas été à la tête de TafTaire, auriez-vous supporté que Ton publiât des pièces confidentielles appartenant au ministère de la guerre? Auriez-vous supporté que des professeurs, qui sont des serviteurs de TEtat, qui sont payés par TEtat, protestent contre un arrêt régulièrement rendu par un conseil de guerre, alors que tous les arrêts portent : Au nom de la République française? »
Voilà ce qu*aucun député n*a eu le courage de dire et ce que s'est dit le pays, et voilà pourquoi il a crié de si bon cœur : « A bas les Juifs ! »
Comme Rochefort, Drumont s'abstenait de prononcer le nom de Jaurès et de réfuter les arguments du Démosthène français qui avaient retenti dans les consciences, au delà de tout discours parlementaire prononcé depuis dix années.
L'Europe avait entendu les arguments de Jaurès avec autant d'attention que la Chambre elle-même. Rochelort et Drumont les avaient ignorés I Drumont se bornait i écrire que pas un député n'avait été digne du pays dans ce débat.
Ilajoutaît, il est vrai, à cet aveu ingénu, un apppendice qui nuisait à son crédit. C'était le « verbe » Qui, dans la bouche du a député digne du pays », aurait tout sauvé.
Hélas! Le verbe, ainsi composé dans l'escalier, n'avait déplus belle qualité que de ne pas avoir été dit. Il eût fait sourire le Parlement s'il eût été prononcé à la tribune, ce verbe mirobolant, aux vertus magiques, qu'aucun député n'avait eu le courage de prononcer.
C'est ainsi que Drumont, après Rochefort, ne faisait plus de prosélytes. Ils radotaient. On les lisait par habitude. On ne pensait guère en les lisant.
Il s'agissait, en effet, des arguments précis de Jaurès, et les duumvirs avaient l'esprit à des broutilles, qui n'y faisaient ni peu ni prou.
En même temps que s'était déroulée à Paris l'interpellation Cavaignac, coupée par une bagarre qui avait décuplé Tattention prêtée à Jaurès, Alger avait offert un spectacle analogue à celui que Paris aurait présenté dans la soirée du 17 janvier, si les anarchistes n'y avaient mis bon ordre. Nous donnerons sur les événements d'Alger la version qui fut fournie parle Matin du 24 et par la Libre Parole du 25 janvier.
Cette dernière contenait, dans le même numéro, le précédent article de Drumont, où « l'ignoble Rambaud », « le brave général Boulanger», <' les belles paroles du comte de Mun », « le général Loge rot ou le général Pierron » étaient, sans beaucoup d'agrément, associés dans une ingrate galerie.