CHAPITRE NEUVIÈME
Drumont fait la leçon à Jaurès.— Dramont tire la moralité
des collisions d'Alger.
Dans la Libre Parole du 26 janvier, Drumont publia sous le titre : « TAntisémitisme en Algérie », les réflexions suivantes :
Jaurès devrait bien nous indiquer dans quelles jésuitières ont été élevés les chefs du mouvement antisémitique en Algérie.
Ces établissements peuvent se vanter, en effet, d'avoir formé de rudes gars qui ont, pour l'oppression elles oppresseurs, une belle haine et qui apportent à la défense des causes justes une énergie qui n'est pas corn* mune.
Je crois que Jaurès, qui s'imagine, avec unenaïveté qui m'étonne, que la question juive est une question] cléricale, serait quelque peu embarrassé pour nous donner ce renseignement.
La question cléricale n'existe môme pas en Algérie.
Grégoire, qui avait fondé la Ligue antijuive d'Alger, était un ancien rédacteur des journaux révolutionnaires àe Paris.
MURES CONTRE ROGHEFORT 10 1
Rouyer, le conseiller général de Guelma, qui depuis vingt ans lutte contre les Juifs avec une admirable vaillance et qui a fini par triompher, est un libre-penseur déterminé, ce qui ne Tempôche pas d'avoir pour moi une affection que je lui rends bien.
Notre ami Réjou, et Masson, fils d'un déporté politique de 1851, sont dans les mêmes conditions. Morinaud et ses amis de Gonstantine sont des Francs-Maçons, mais d'une Franc-Maçonnerie spéciale à l'Algérie et qui n'est pas devenue comme ici un instrument servile des Juifs.
Les événements qui se passent à Alger ne sont que la conséquence logique des décrets Grémieux, et les décrets Grémieux ne sont qu'une affaire Dreyfus d'un autre genre, une preuve nouvelle que les Juifs sont complètement étrangers à toute pudeur, à tout scrupule, à toute prévoyance même, lorsqu'il s'agit de servir les intérêts de leur race.
Si Jaurès prenait la peine d'y réfléchir, il se convaincrait bien vite que s'il y a un élément religieux dans la ïueslion juive, c'est du côté des Juifs qu'il le faut chercher.
Le Talmud enseigne que les Goym, les non Juifs sont le la « semence de bétail», que le Juif, seul, est un lomme.
On n'a pas à se gêner avec des êtres d'espèce inférieure.
Tout part de là.
Le Syndicat Dreyfus n'a pas hésité à affoler la France, pour sauver un traître dont personne ne se serait occupé, î'il n'avait pas été Juif.
Grémieux n'a pas hésité davantage à soulever une Bffroyable insurrection, pour améliorer le sort de ses coreligionnaires.
Nous avons raconté cette histoire vingt fois, mais il faut toujours y revenir, car il estimpossible d^t\^x^^^\s\.-
prendre aux scènes dont TAlgérie est le théâtre et qui . ne sont, hélas I qu'un commencement^ sans se reporter à l'origine du mal.
Jamais le Juif, peut-être, ne s'affirma plus odieusement indifférent à tout ce qui touche à la Patrie, plus implacablement préoccupé de lui-même et de sa race qu'en cette occasion.
Le gouvernement de la Défense nationale, remarquons-le tout d'abord, n'avait aucun droit à modifier le régime de l'Algérie ; en s'emparant du pouvoir, il avait eu soin de déclarer qu'il ne le prenait que pour une tâche déterminée.
Lorsqu'il remaniait profondément l'organisation algérienne, Grémieux commettait donc une usurpation dans une usurpation. Mais ces scrupules ne sont pas de ceui qui arrêtent un Juif, et Grémieux n'en rendit pas moins cinquante-deux décrets sur la colonie, en dehors, bien entendu, des nominations de fonctionnaires.
Grémieux ignorait-il davantage les troubles qu'il allait exciter, dans une région où tout nous commandait le maintien du statu quo^ pour ne point affaiblir encore notre malheureux pays impuissant à résister à l'ennemi qui le pressait de toutes parts?
Il était, au contraire, merveilleusement informé de la situation, il connaissait Thostilité qui régnait entre les Arabes et les Juifs.
Il avait été maintes fois plaider en Algérie et il avait été témoin de rixes survenues entre Musulmans et Israélites à propos des fêtes religieuses.
En profitant d'un pareil moment pour rendre le décret qui naturalisait les Juifs algériens, il trahissait donc purement et simplement la France pour servir les intérêts de sa race.
En 1870, cette mesure avait un caractère particulièreweDt odieux.
JAURÈS CONTRE ROGHBFORT 103
Les Arabes avaient fait héroïquement leur devoir pendant la guerre.
Ces « diables noirs », comme les appelaient les Prussiens, qui bondissaient sous la mitraille, avaient émerveillé l'ennemi à Wissembourg et à Wœrth.
Albert Duruy qui, pour aller de suite au feu, s'était engagé parmi les tirailleurs algériens, m'a raconté maintes fois TefTet presque fantastique qu'ils produisaient avec leurs cris sauvages, leur joie en entendant parler la poudre, leur façon de se ruer en avant comme des tigres.
Pour ce camarade, qu'ils nommaient a le fils du visir », ces farouches avaient à la fois du respect et de l'amitié.
Quand, à Wissembourg, les tirailleurs dispersés, genou à terre dans les houblonnières, reçurent Tordre de tenir jusqu'au dernier moment, pour protéger la retraite, Duruy baissa involontairement la tète sous la grêle de balles.
Tout à coup, il sent une main de fer qui s'abat sur son épaule : As pas pour! As pas pour! lui crie un Turco en montrant, comme pour rire au danger, ses dents blanches qui brillaient sur son visage cuivré.
On ne se fût étonné qu'à demi si le gouvernement de la Défense nationale eût accordé quelque récompense éclatante à ces Arabes héroïques qui, après avoir lutté si longtemps contre nous, nous défendaient à Theure du péril. Rome émancipa les esclaves qui avaient combattu ïour elle pendant la Guerre sociale, et quelque proclamation, honorant du titre de citoyen français ceux qui !*étaient montrés dignes de ce nom, eût produit un effet onsidérable en Algérie.
Mais les hommes de Tours ne considéraient pas les hoses ainsi. A côté de l'Arabe qui se bat, il y a en Alérie une race abjecte qui ne vit que de trafics honteux, ui pressure jusqu'au sang les malheurewiL ^\\\V^\s^^^^
entre ses griffes, qui s'enrichit de la dépouille d*âuti G*est à cette race qu'étaient acquises toutes les sym thies de Grémieux.
L'injustice de cette mesure a été constatée par écrivains comme Reclus qui, je crois, n'ont pas plus élevés dans les Jésuitières que Grégoire, Rouyer et jou. Voici ce que dit Reclus dans son ouvrage qi pour titre : France, Algérie, Colonies :
« Les Juifs algériens, dit M. Reclus, ont été natu lises en bloc, par décret, pendant que nous lutti contre les hordes disciplinées du peuple évangélique. ne Vavaient pas certes mérité^ occupés qu'ils étaient i quement de banque, de commerce, de courtage, de i portage et d'usure : nul d*entre eux ne tient la chari n*arrose les jardins ou ne taille les vignes, et il y a peu d'hommes de métiers parmi ces arrière-neveux supplanteur d'Ësaû. Aucun n'avait péri dans nos rai sous les boulets du Nord, comme ces Berbères, Arabes, ces nègres qui furent parmi les héros de Reic hoffen, et s'ils n'ont point défendu l'Algérie contre m de 1830 à 1871, ils ne la défendront pas non plus coi nos ennemis. »
Ces Juifs s'étaient-ils au moins recommandés leur amour pour la France? Ils s'étaient bornés, se leur coutume, à gagner de l'argent dans les d camps.
« Au commencement de la conquête, dit le capiti Villot, ils servaient d'espions tour à tour pour les Fi çais et pour El Hadj Abd-El-Kader, se tenant dans attitude habituellement neutre, jusqu'à ce que la tune se fût décidée en notre faveur. »
En 18T0, les Juifs d'Algérie ne manifestèrent leur voûment à la France qu'en se ruant, avec des Espagi et des Maltais, sur le malheureux général Wals Esterhazy qui, souffrant encore d'une faiblesse et in
JAURÈS CONTRE ROCHBFORT 105
pâble de se défendre, fut accablé de mauvais traitements, roué de coups et obligé de se rembarquer.
Si les circonstances n'étaient pas si graves on serait tenté de dire que les Esterhazy sont la gaieté, gaieté un peu lugubre sans doute, de la question juive.
Un comte Esterhazy recueille sur ses domaines les Juifs traqués en Hongrie, et plus tard les Juifs d*Algérie témoignent leur reconnaissance de ce bienfait en assommant à moitié un descendant de cette famille qui porte l'uniforme de général français.
Un autre Esterhazy se dévoue pour servir de témoin à Crémieu-Foa et les Juifs l'en récompensent en le couvrant de boue et en Taccusant d'avoir commis un acte de trahison. Il est obligé de venir demander à La Libre Parole de l'aider à défendre son honneur.
Ce qu'on ne saurait trop répéter, c'est que toutes les catastrophes qui frappent les Juifs ont pour origine, non seulement leur insatiable cupidité, mais encore leur obstination à imposer leur volonté, leur frénésie à satisfaire leur passion du moment sans jamais se préoccuper ni de moralité, ni de justice. Ils croient qu'ils feront plier tout le monde devant eux; les gens plient une minute, puis ils se redressent et se mettent à crier : A bas les Juifs/ et à tomber à bras raccourcis sur les oppresseurs.
Le dernier incident lui-même n'est-il pas significatif? Il y avait en Algérie un gouverneur qui était au courant des mœurs et des intérêts du pays, qui s'était conquis, par sa loyauté et sa droiture, la sympathie des honnêtes gens de tous les partis.
Les Juifs, sans se soucier une minute du bien général, ont fait marcher Rothschild, qui voudrait bien cependant rester tranquille ; ils ont exigé, ils ont obtenu d'un gouvernement avili le remplacement de Gambon par un chef de sergots complètement étranger auiL ^viA%\.\arû&
algériennes et qui est arrivé la menace à la bouche en disant : c Je materai tout. »
Il n*a rien maté du tout. Une parole de Gambon aurait tout calmé; l'insolence brutale de Lépine a produit presque une insurrection.
Quand les jours du châtiment définitif seront venus, les Juifs maudiront Grémieux et ses décrets; ils voueront à Tanathème ceux qui les ont lancés dans la campagne Dreyfus ; ils regretteront Gambon. Il sera trop tard et les infamies commises auront porté les fruits naturels, c'est-à-dire la T'iolence et la haine.
Il y eut autrefois Nathan le Sage ; le temps est proche où les Juifs, qui me traitent aujourd'hui d'énergumène, ne parleront de moi qu^en m*appelant Druinont le Sage...
Telle était l'explication des troubles d'Alger, donnée par Drumont, sous forme d'un évangile dont il s'instituait Tapôtre.
Ce que Drumont appelait le syndicat Dreyfus, c'est-àdire Zola, Jaurès, Duclaux, Monod, et, avec eux, l'élite de la science française, avait-il quoi que ce fût de commun avec les juifs d'Alger dont les boutiques étaient pillées avec ardeur par la lie de la population algéroise?
Parler du syndicat Dreyfus, à propos des troubles d'Alger, était donc d'une logique et d'un goût douteux.
U première audience du procès intenté par Reinach à Rochefort. — Plaidoirie de Barboux. — > Ovations à Rochefort
C'est au milieu des nouvelles de feu et de sang venues d'Alger, au milieu aussi des fanfaronnades frénétiques qui se dégageaient des meetings et des bandes qui défilaient bruyamment sur les boulevards, que s'ouvrirent les débats du procès en diffamation intenté par Reinach à Rochefort, au sujet des « faux Lemercier-Picard »
Les incidents extraordinaires qui -avaient eu leur cause dans l'affolement produit par le factum de Zola donnaient aux circonstances de ce procès un piment spécial.
V Intransigeant fit de la première audience, celle du mercredi 26 janvier, le compte rendu suivant :
108 LIVRE DEUXiâMB
Au Palais de Justice, — Les mesures de police.
L'annonce du procès de Y Intransigeant avait attiré une foule inusitée boulevard du Palais.
En prévision de manifestations et d'incidents possibles, la préfecture avait pris des mesures d'ordre très sévères.
Dès midi, les postes des gardes municipaux sont doublés. Les grandes grilles à deux battants sont closes.
Exceptionnellement, la porte du Petit Parquet est fermée à double tour. Un garde municipal se tient contre le chambranle.
Seul, le battant d^une double porte est ouvert à gauche delà grande cour. Quatre gardes et un planton s'j tiennent.
Au dehors, rue de la Cité et sur le boulevard même, des escouades d'agents sont dissimulées dans les encoignures. Elles sont commandées par MM. Touny, chef de la police municipale, Noriot et Fromentin, officiers de paix.
Les agents ont établi des barrages au Pont-Neuf et au Pontau-Change, dans le but d'empêcher les étudiants qui ont projeté une manifestation de passer.
A midi et demi, la foule grossit de minute en minute ; les agents interdisent les stationnements et font circuler les groupes, qui obéissent et vont se reformer un peu plus loin.
Arrivée d'Henri Roche fort,
A une heure, on apprend que Relnach a pénétré depuis vingt minutes dans le Palais de Justice par une porte dérobée qui donne sur la place Dauphine. Le désappointement du publie se traduit par des <c Conspuez Reinach ! > énergiques que l'homme de la pièce « Otto » et des tablettes de café a dû entendre de la salle des Pas-Perdus où il se tient en compagnie de MM. Berr et Ranc.
Il est une heure dix lorsque des cris s^élèvent: a Le voilà! Le voilà! » C'est Henri Rochefort qui arrive en voiture, accompagné de notre ami Ayraud-Degeorge.
On crie à pleins poumons : « Vive Rochefort! Vive V Intransigeant ! A bas les juifs! A bas le Syndicat! »
lochefort est reçu à sa descente de Yoiture par ses collabo-
eurs de V Intransigeant, qui, non sans peine, lui frayent un
isage à traders les rangs pressés des assistants.
!^es cris : c Vive Rochefort ! A bas le Syndicat I > redou-
nt.
^otre rédacteur en chef salue de la main et du chapeau et
lètre rapidement dans la cour du Palais de Justice, où de
mbreux journalistes et avocats sont groupés et poussent de
ileureuses acclamations.
Test aux cris mille fois répétés de : « Vive Rochefort t A
s Reinach I » que Rochefort grayit Tescalier qui conduit à la
ayiéme chambre, non sans être salué avec déférence à
Qtrée par les gardes du palais.
— « Il y en a qui me croient encore membre du gouyerne-
mi, » dit Rochefort en riant.
Sn haut, sur le palier qui précède la salle de la neuyième
ambre, le capitaine Perret prend les mesures d'ordre.
Dans la salle des Pas -Perdus.
Jae cinquantaine de personnes, qui ont pu pénétrer à
md'peine, sont là qui saluent Rochefort.
Dans un coin isolé, perdu, Joseph Reinach regarde avec
ectation par la fenêtre. La chaude réception faite à notre
lacteur en chef le gêne visiblement.
In attendant que vienne TafTaire « Reinach contre Roche-
rt», nos confrères se pressent autour de notre rédacteur en
)î et lui demandent ses impressions d' « avant-audience ».
Mais on nous prévient que le moment approche. Rochefort
iètre dans la salle déjà archi-comble, suivi à quelques mi-
;e8 par Reinach.
V audience.
)è8 midi la salle d'audience est bondée. Dans l'enceinte rêvée au public la foule se presse, se tasse, s'écrase. Les bancs I témoins ont été envahis par un grand nombre d'avocats ; is en voyons aussi dans le banc des pr^^enus, sur les gra- 18 du prétoire et jusque derrière le tribunal.
Les membres de la presse se sont casés un peu partout, hasard. Quelques-uns de nos confrères ont vainement tei de prendre des notes; ils ont dû bientôt abandonner le cra^ pour ne penser qu*& une chose : se tenir en équilibre, joi des coudes et conserver leur place.
Tandis que se plaide la première affaire inscrite au rôle la neuvième chambre, et qui est justement le procès intei à V Intransigeant par une demoiselle Gaillai'd, à propos de séquestration commise par les cléricaux sur la personne de petite Rosalie Liber, une fillette de treize ans que nous ave fait rendre à sa mère, l'auditoire assez inattentif regarde a\ curiosité le Joseph Reinach, dont la personne dodue s'est éta sur le banc des plaignants. Le député provisoire des Bass Alpes est entré en compagnie de l'ancien sous-préfet Isa) l'homme de Fourmies.
A une heure et demie, tandis que notre ami, M^ Desph termine sa plaidoirie dans l'affaire Gaillard, Henri Rochef( fait son entrée. Il va s'asseoir devant M* Desplas, sur un ba où a déjà pris place notre gérant, Delpierre.
Quelques minutes encore, et les débats delà première affai sont terminés.
Pendant une suspension d'audience qui se prolonge u longue demi-heure, c'est dans la salle un brouhaha indescri tible. Les nombreux avocats, journalistes, auditeurs qui e tourent notre rédacteur en chef lui demandent son avis s les débats qui vont commencer. Il s'exécute de très boni grâce, exprimant sa conviction que la lumière sera faite affirmant son intention de revendiquer énergiquement l'ei tière responsabilité des articles rétenus dans Tassignation.
A deux heures dix, le tribunal, ayant à sa tète le préside Richard, fait son entrée. Ordre est donné aux gardes d' tabllr un passage au milieu de la salle ; mais la foule est tell ment compacte qu'ils sont bientôt obligés d'y renoncer.
A notre grand regret, la loi sur la presse interdisant ( publier les débats en matière de diffamation, il nous est io possible de rendre compte du procès. Gela est d'autant pli fâcheux que certaines choses ont été dites, hier, à la neuvièn chambre, certains points ont été précisés, que le public aura
LE PROCàs RBINAGH-ROGHEfORT 111
and intérêt à connaître. A plusieurs reprises, les obseryalos très nettes, très précises d^Henri Rochefort ont provoqué ns l'auditoire une approbation si yiye et môme si bruyante car les applaudissements s'en sont mêlés — que le présiota, par deux fois, menacé de faire éyacuer la salle. Très liblement, la grande majorité des assistants étaient peu rorables au Syndicat, bien qu'un certain nombre de juifs ssent réussi à se glisser dans la salle.
Bornons-nous à dire que le substitut Paillot occupe le siège ministère public, et qu'à la requête de Joseph Reinach, deux Qoins : MM. Rerr, publiciste, et Ranc, sénateur, ont été enidus.
^uis c'a été laloogue, l'interminable et fastidieuse plaidoirie M^ Barboux, au nom d'Yousouf Reinach : histoire de lajui- *ie, depuis le pape Innocent IV jusqu'à nos jours, et autres embredaines sans importance.
Commencée à deux heures et demie, cette plaidoirie, déée sur un ton terne et d'une petite voix rageuse, sonnant IX comme une scie mal graissée, s'est terminée à cinq heures ilement.
Musieurs fois le public a manifesté sa sympathie pour notre lacteur en chef, en protestant d'une façon énergique contre laines expressions de Me Barboux.
li lorsque le président Richard a levé l'audience, annonit le renyoi des débats à huitaine pour la plaidoirie de Desplas, l'auditoire a poussé un cri unanime de : « Vive chefort! »
^ la sortie, toutes les mains se tendent vers notre rédacteur chef — tandis que, par mesure de prudence, l'on fait sortir inach par la porte bâtarde qui donne sur la place Dauphine.
La sortie du Palais.
]omme Rochefort descend le grand escalier de pierre qui mtit dans la cour intérieure^ des vivats à son adresse atent, qui montent sous les voûtes en échos retentissants. )ans la cour, nouvelle et chaleureuse ovation, ilnfin, au dehors, la foule s'est accrue, attendant avec im-^ ience les nouvelles.
Dès que Rochefort apparaît, deux cris formidables retentissent: « Vive Rochefort ! A basReinach! »
A grand'peine, Rochefort, suiyi des collaborateurs de Vintransigeant, se soustrait à cette manifestation de sympathie.
Il monte rapidement en yoiture, pendant que les cris : c Vive Rochefort I A bas Reinach I » poussés par plusieurs milliers de poitrines, saluent son départ.
Les bruyantes manifestations de la rue étaient devenues presque quotidiennes depuis le factum de Zola : aussi restait-il peu de loisir aux amateurs de tapage et de mouvement pour tout ce qui se passait à l'étranger*
tel
tel
rs ai!
Déclaration du secrétaire d'État de Bulow. — Entre Dreyfus et l'Allemagne il n'y a jamais eu de relations. — La Libre Parole fait fi de cette déclaration.
C'est dans ces conditions qu'était passée^ presque inaperçue des fournisseurs de nouvelles à sensation, Une déclaration des plus nettes du gouvernement allemand, au sujet de Dreyfus.
Voici comment le Matin du 25 janvier avait enregistré cette déclaration.
[Nous détachons des déclarations faites, hier, par Bi. de Bulow, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, à la commission du budget du Reichstag, le passage relatif à l'affaire Dreyfus. Il serait* superflu de faire ressortir l'importance des paroles prononcées par M. de Bulow.]
Berlin, 24 janvier. — M. de Bulow, après s'être expliqué sur les différentes questions intéressant la politique extérieure de l'Allemagne, a fait, devant la commission du budget du Reichstag, la déclaration suivante ^u sujet de l'affaire Dreyfus :
«Vous comprendrez que je n'aborde ce sujet qu'avec de grandes précautions. Agir autrement pourrait être ùiterprété comme une immixtion de ma part^ cqi£l\£l^
ua
une immixtion de notre part dans les affaires intérieures de la France, et nous avons constamment, et avec les plus grands soins, évité jusqu'à l'ombre d^une pareille immixtion. Je crois d'autant plus devoir observer une réserve complète à ce sujet qu'on peut s'attendre à ce que les procès ouverts en France jettent la lumière sur toute Tafiaire.
» Je me bornerai donc à déclarer de la façon la plus formelle et la plus catégorique qu'entre Tex-capitaine Dreyfus, actuellement détenu à l'île du Diable, et n'importe quels organes allemands il n'a jamais existé de relation ni de liaison de quelque nature qu'elles soient. I^r Les noms de Walsin-Esterhazy, Picquart, je les ai entendus, pour la première fois dans mon existence, il y a trois semaines.
» Quanta Tbistoire de la lettre d'un agent mystérieux, soi-disant trouvée dans un panier à papiers, elle ferait peut-être bonne figure dans les dessous d'un roman; naturellement, elle est tout imaginaire et n'a jamais eu lieu en réalité.
» Enfin, je désirerais constater avec satisfaction que l'affaire dite « affaire Dreyfus », si elle a fait beaucoup de bruit, n'a en rien troublé, à ma connaissance, les relations uniformément tranquilles qui existent entre l'Allemagne et la Fran(?e.
» Bien moins encore je n'ai entendu parler de facilités particulières qui auraient été accordées, de la part de l'Allemagne, àl'ex-capitaine. »
Pour un esprit sensé, cette déclaration équivalait à l'innocence de Dreyfus, en tant que traître à la France au profit de TAllemagne.
Cette déclaration ruinait, en particulier, la crédulité spéciale que quelques naïfs, épris de merveilleux, avaient pu prêter aux dossiers « B numéro 1 » et « B
G en
LE PROCÈS REINAGH-ROCHBFORT 115
numéro 2 » offerts par Rochefort, après son entretien avec Pauffin, en pâture à l'indignation patriotique de ses lecteurs.
Quant h Ësterhazy, la déclaration, prise à la lettre, indiquait qu'avant le 3 janvier 1898, M. de Biilow n'avait jamais eu l'occasion de voir son nom accolé à un rapport ou à une affaire quelconque concernant la chancellerie allemande.
C'était précis pour Dreyfus et pour Esterhazy. C'était péremptoire pour Dreyfus.
En Russie, la déclaration de von Bulow ouvrit les yeux aux gens les plus disposés à douter de l'innocence de Dreyfus.
En dépit de tout sens, voici comment la Libre Parole du 26 janvier interpréta pour ses lecteurs la déclaration officielle du gouvernement allemand.