‹ Le lieutenant-colonel Picquart?Chapitre 32 sur 61 · LE CHATIMENT · texte numérisé non relu

LE CHATIMENT

 mesure que le procès Zola prend figure, il apparaît de plus en plus vilain et de plus en plus malpropre.

C'est un Walter Scott sans lumière, situé au fond d'un dédale de corridors, dans une maison suspecte et mal famée.

On ne saurait donc trop louer les officiers qui ont eu assez le sentiment de leur dignité pour refuser d'accepter le papier breneux qu'on leur présentait sous forme d'assignation.

Il faut espérer qu'ils persisteront dans cette attitude.

Billot mérite au moins une parole de félicitation pour ne pas avoir exigé de braves gens qu'ils s'engagent dans une afi'aire de laquelle ils sortiraient tous salis par le seul fait de s'être prêtés aux manœuvres du Syndicat.

Sans nul doute, c'est une obligation à des témoins de répondre à l'appel qui leur est adressé ; mais encore

faut-il qu'un procès se produise dans des conditions ordinaires et normales.

Les lois ont été faites pour des Français jouissant de ce bon sens qui fut si longtemps la caractéristique de notre race ; elles n'ont pas été faites pour servir de prétexte et d'encouragement à toutes les imaginations délirantes qui peuvent éclore dans des cerveaux de Juifs soudoyés par Tétranger.

Il pourrait passer demain par la tête de Guillaume II qui, paraît-il, est assez mal équilibré, de mettre un ou deux millions à la disposition d'un agent quelconque qui assignerait tous les commandants de corps d'armée, tous les généraux de division, tous les généraux de brigade, tous les colonels et tous les lieutenants-colonels, sous prétexte de répondre à une interrogation plus ou moins saugrenue.

Oserait-on prétendre que tous ceux qui auraient reçu cette assignation extravagante devraient abandonner leur service pour venir figurer dans une parade de foire destinée à déshonorer l'armée ?

Si un Anarchiste poursuivi pour outrage envers l'armée se permettait une facétie pareille, vous devinez comment ce pauvre diable serait rembarré par les journaux du Syndicat Dreyfus.

Voyez- vous d'ici les haussements d'épaules de Zola si on était venu lui demander de protester contre le refus d'officiers de comparaître dans des procès d'anarchistes ?

La Cour me paraît donc avoir sagement agi en limitant le champ où pourrait s'exercer la malfaisance de Zola et de ses amis.

Tous ces sentimentaux et ces intellectuels qui s'attendrissent dans toutes les langues, et même dans tous les patois, sur le sort de ce misérable traître qui ne manque de rien à l'île du Diable et qui est infiniment mieux nourri

que la plupart de nos ouvriers, montrent contre ceux qui n'ont rien fait une férocité sans égale.

C'est une infamie sans nom de la part de Zola, que de vouloir traîner aux assises cette malheureuse mademoiselle de Comminges qui n'a jamais vu de sa vie l'ignoble père de la Mouquette, qui n'a jamais été mêlée à Taffaire Dreyfus et qui n'a jamais eu entre les mains les plans de mobilisation.

Quant à l'énigmatique Boulancy, elle paraît avoir éprouvé un tardif remords du rôle affreux qu'on lui a fait jouer.

Elle a pris le parti de disparaître, ce qui était certainement ce qu'elle pouvait faire.de plus honnête et de plus sage. Franchement, est-ce qu'on ne pourrait pas la laisser tranquille aussi celle-là?

Les vrais Français, qui souflrent si cruellement du spectacle honteux que nous off*rons à l'Europe depuis quatre mois, ne comprendront-ils pas la leçon qui s'en dégage?

Quand on réfléchit un peu, on trouve ce que fait Zola très logique et très naturel, étant donné son type.

Il existe d'innombrables Français qui ont l'inoff'ensive manie d'écrire et qui écrivent souvent de belles pages, touchantes, généreuses, savantes, inspirées par le génie de la Patrie, évocatrices des souvenirs glorieux de notre histoire.

Personne ne fait attention à eux; ils ont de temps en temps la petite joie de lire dans un journal quelques lignes qu'a glissées la main d'un camarade.

C'est tout. La trompette de la Renommée est pour eux une pauvre trompette de deux sous comme en ont les enfants ; ils n'osent môme pas entrevoir dans leurs rêves les plus lointains ce bout de ruban rouge qui, je ne sais pourquoi, exerce une incroyable fascination sur tous les Français.

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Voilà, au contraire, un fils d*étranger qui vomit, qui flaque, qui éructe à travers notre littérature.

Il souille, il avilit, il prostitue tout ce que les hommes respectent, tout ce qui représente un idéal ou une foi ; la maternité, qu'il nous décrit sous des aspects dégoûtants ; l'amour, qu'il ravale au rang d'une chiennerie.

Il va, dans sa folie de coprologue, de mangeur d'excréments, jusqu'à donner à un personnage immonde le nom que des centaines de millions d'êtres humains ne prononcent qu'avec vénération et tendresse.

Cet homme a été couvert par nous d'honneurs, de louanges, d'argent. Il s'est trouvé un ministre pour attacher à la boutonnière de ce pornographe cette rosette d'officier de la Légion d'honneur que beaucoup d'officiers très braves n'obtiennent pas après trente ans de services.

Ce ministre n'est point un vieux polisson tombé en enfance ; il est en pleine possession de son intelligence ; c'est le chouchou et l'espoir des conservateurs.

Pourquoi voulez-vous que ce Zola ait la moindre considération pour vous, puisque toutes les ignominies qui auraient dû le faire chasser comme un malappris ont été pour lui des occasions de triomphe et des causes de succès ?

Vous l'avez gavé, et, quand il a besoin de se vider, il se soulage dans votre drapeau.

Content de lui, il appelle ses petits confrères de l'étranger pour venir admirer son exploit.

« Hein ! s'écrient les compères, ces Français si fiers autrefois, si susceptibles, si prêts à défendre leur dignité ! Voyez-vous comme on les traite aujourd'hui ! Ce Zola ! En voilà un qui ne se gène pas ! »

Ils ont raison jusqu'à un certain point. Les vrais coupables c'est vous.

Quand je circulais un peu, j'entendais, dans des mai-

sons très convenables, des femmes honnêtes, des femmes «très bien», comme on dit, qui, par perversion intellectuelle, par raffinement maladif, peut-être uniquement par esprit de singerie, pour faire comme tout le monde, vantaient le talent de Zola.

Quand je répondais : « Je vais vous donner un échantillon de ce talent, employer les mots que vous admirez tant», elles me suppliaient de me taire. Gela me semblait d'une tartuferie intolérable.

Comme je n'aime pas me disputer, j'ai cessé de fréquenter les maisons où Ton comprenait la « littérature de cette façon » et je suis resté chez moi à attendre la fin.

Quand les Français auront été dépouillés jusqu'à l'os, mis tout nus comme des petits Saint-Jean, barbouillés de fiente et de crachats par les Juifs, les cosmopolites, les étrangers, les forains, les nomades qui se sont rués sur notre infortuné pays, les Français viendront nous trouver, moi ou mes amis.

Alors nous nettoyerons ce pays, comme tant de grands hommes l'ont fait avant nous ; nous tâcherons d'avoir la main aussi vigoureuse que ceux qui nous ont précédés dans cette œuvre patriotique et salubre, et cent ans après nous, on parlera encore de ce nettoyage énergique et mémorable.

Les intellectuels et les sentimentaux de toutes les nations s'attendriront là-dessus en prose et en vers.

Mais, à part eux, ils diront : « Faut-il que ces Français soient bons garçons et même bonnes filles pour avoir patienté si longtemps avant de procéder à un récurage si légitime, si nécessaire et si urgent! »

Cet article de Drumont avait été écrit après la seconde audience du procès Zola.

Pas plus que celui de la veille, il ne paraît avoir tenu de compte de ce que les deux audiences, impar-

tîalement résumées plus haut d'après le Matin^ avaient présenté de tragique.

Le polémiste de la Libre Parole y avait vu, en revanche, beaucoup de choses qui n'avaient été aperçues d'aucun des témoins.

Il y avait vu un coprologue, un mangeur d'excréments, un pornographe, « qui vomit, qui flaque, qui éructe à travers notre littérature ».

Gela, c'était de l'hallucination ! Avoir retenu sous sa plume ce croquis, après les scènes tragiques des 7 et 8 février, c'était le comble du « repli » sur soimême.

Dément était le spectateur du procès Zola qui voyait encore le coprologue, le mangeur d'excréments, derrière le protagoniste du drame qui se jouait au Palais de Justice.

Il fallait une rare puissance sur soi-même pour penser à de pareilles inutilités en un pareil moment, et beaucoup de confiance dans l'anémie cérébrale de ses lecteurs pour leur servir enfantillages de cet acabit.

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