VI. — Un timbre de la poste était inapposable^ sinon sur les
dites bandes.
M« Clemenceau. — Alors que monsieur Lauth veuille bien nous expliquer, dans le cas improbable où il aurait voulu céder au désir de M. le colonel Picquart, sur quelle partie il aurait fait apposer le timbre de la poste ?
M. LE commandant Lauth. — D'abord, il ne m'a pas demandé de faire apposer le timbre de la poste, il m'a dit : « Croyezvous qu'on en mettrait un ? » ou « qu'on en mettrait un ensuite ?» Je n'ai pas à chercher comment il voulait faire pour cela ; cela ne me regarde pas.
VIL — Lauth à quia. Il ne peut assigner un sens répréhemible au propos imputé par lui à Picquart et invoqué devant Pellieux comme frauduleux.
M* Clemenceau. — Je voudrais savoir de M. Lauth comment il pourrait s'expliquer que le colonel Picquart ait demandé de faire apposer, par un tiers quelconque, un timbre de la poste destiné à donner de l'authenticité au document, alors que, d'après la déposition de M. Lauth, il n'y avait pas, sur ce petit bleu, la place nécessaire pour apposer le timbre de la poste, à moins qu'on ne l'apposât pour partie sur les bandes de papier gommé, ce qui eût dénoncé la supercherie.
M. LE commandant Lauth. — Je n'ai pas d'explications à donner, je dépose sur les faits tels qu'ils se sont passés ; c'est
aa colonel Picquart à expliquer comment il s'y serait p pour réaliser ce dont il parlait.
M® Clemenceau. ~ Je n'ai pas besoin d'explications i plus ; tout le monde m'a compris. Je me borne à résumer question : M. le colonel Picquart — dit l'accusation — a troi dans le cornet des morceaux de petit bleu qu'il y avait mis 1 même ; il a dit au commandant Lautb et à un autre offîci( c Yoilàldes morceaux de petit bleu qui yiennent du cornet Donc M. le colonel Picquart a, dans son bureau, deux offici qui savent que ce petit bleu vient du cornet, et Ton afûri qu'il voulait faire apposer le cachet de la poste sur ce pe bleu! Demandez-vous ce qui se serait passé, si le coloi Picquart s'était présenté en haut, comme on dit au ministè chez ses chefs, et leur avait dit, après avoir fait apposer timbre de la poste : « Voici un petit bleu venant du cornet qu une authenticité certaine, puisqu'il j a le timbre de la poste est-ce que ses supérieurs ne lui auraient pas répondu : « Pu qu'il y a le timbre de la poste, c'est que votre petit bleu vient pas du cornet, parce qu'il n'est pas d'usage que les ei ployés de la poste aillent apposer leurs cachets dans des e droits — pour ne pas les nommer — où on prend les pet bleus. »
M. LE COMMANDANT Lauth. — Il était alors inutile de i demander de certifier que c'était l'écriture de telle person et je crois que le colonel Picquart l'a reconnu dans sa dép sition.
FIJI. — Résumé des aveux arrachés mot par mot à Lauth,
M* Clemenceau. — J'ai voulu me mettre, pour donner pi de force èi mon raisonnement, dans la plus mauvaise situatio Il ne faut pas cependant croire que j'aie véritablement pens même un instant, que M. le colonel Picquart eût mis le pe bleu dans le cornet, après avoir commis un faux. Je vous ' montré, avec la théorie de Paccusatlon, que les sentîmes que ses adversaires prêtent au colonel Picquart n'ont jams existé dans sa pensée, parce qu'il se serait démenti lui-mêm Je voudrais résumer la situation, sur la question du petit bh déchiré, timbré. Ma question s'adresse d'abord à M. Lautb
ensuite à M. Picquart ; car je demande que M. le colone) Picquart parle le dernier. Eh bien I si le petit bleu venait du cornet, n'ètait-il pas indispensable qu'il ne fût pas timbré?
M. LK COMMANDANT LaUTH. — Oui.
M^ Clemenceau. — Bien. Si le petit bleu avait été arrêté à la poste, ne devait-il pas être timbré, mais non décbiré ?
M. LE COMMANDANT Lauth. — G'est précisément pour cela — parce que moi je n'ai pas d'explicatioDs à donner — que le colonel Picquart a voulu, sur la photographie et sur le tirage sur papier, faire disparaître les traces de déchirures, ce qu'il ne peut pas nier, et qu'il m^a dit, quand je lui ai demandé des explications : « G'est pour pouvoir dire que je Tai saisi à la poste. »