‹ Le lieutenant-colonel Picquart?Chapitre 55 sur 61 · VI. — Persistance d'Henry tfeiw sa prétention · texte numérisé non relu

VI. — Persistance d'Henry tfeiw sa prétention

M. LE COLONEL Henry. — Je donne le démenti le plus absolu à M^ Leblois. Voici ce que j'ai dit devant le Conseil de guerre:

« 11 y avait devant ces messieurs un dossier secret et une pièce photographiée, pièce sortie à demi, comme je l'ai indiqué tout à l'heure, et qui commençait par ces mots : Cette canaille de D... »

M. le Président, au colonel Henry. — Avez-vous vu la pièce ?

M. LE colonel Henry. — Oui.

M« Leblois. — Mais le colonel vient de reconnaître qu'il a dit que la photographie n'avait pas quitté l'enveloppe !

M. LE coLONKL Henry. — J'ai dit ceci : « H y avait un dossier secret, et en dehors de l'enveloppe, il y avait une photographie de la pièce qui sortait de l'enveloppe. Je maintiens ma déposition telle que je l'ai faite devant le Conseil de guerre.

M. LE Président, au colonel Henry. — Nous n'avons pas à nous occuper de ce que vous avez dit devant le Conseil de guerre. Ce que vous avez dit est-il l'exacte vérité?

M® Leblois. — Permettez-moi de vous faire remarquer qu'il y a un certain intérêt, si le colonel Henry reconnaît...

M. LE COLONEL Henry — Voyous, maître Leblois, il faut s'entendre. Vous avez dit vous-même que jamais vous n'étiez venu au ministère de la guerre. Avant-hier, vous avez fait la description de mon bureau. Il s'agit de s'entendre. Ne pataugeons pas à côté de la vérité, rien autre chose.

M« Larori, au Président. — Je tous demande de poser au colonel Henry cette question : A-t-il dit au Conseil de guerre qu'il y avait une pièce sortie de Tenveloppe ?

M. LE COLONEL Henry. — Jc vicns de le dire et je le répète formellement. J'ai dit au Conseil de guerre : « Il y avait dans le bureau du colonel Picquart, sur la table, M® Leblois étant présent, un dossier secret, Tenveloppe tournée de cette façon, et en debors de Tenveloppe sortait une pbotograpbie de la pièce sur laquelle il y avait écrit : «c Cette canaille de D... » (Bruit)

M«Labori. — Cette salle, vraiment. . .

M. LE Président. — Soyez calme.

Me Labori. — Je vous prie alors, si vous le jugez convenable, de prendre des mesures contre moi, car vraiment...

M. LE COLONEL Henry- — Voici Tenveloppe, par exemple, — elle était plus grande que celle-là (Le témoin tient à la main une enveloppe de format ordinaire), elle était ouverte ; il y avait écrit dessus « dossier secret » ; la pbotograpbie sortait de Tenveloppe, à peu près au quart si vous voulez, ou au tiers, mais comme ceci... dans cette proportion... (Le témoin Vindique de la main,) C'est une pbotograpbie que je connaissais bien et sur laquelle il y avait écrit les mots : « Cette canaille de D... »

M® Labori. — Il y avait une autre pièce sortie du dossier?

M. LE COLONEL HeNRY. — NOU,

M. LE Président. — Le reste du dossier était dans l'enveloppe?

M. LE COLONEL HexNry. — Tfès probablement. Je n'ai vu que cette pièce de sortie.

VIL — Labori met la déposition de Henry en contradiction avec son témoignage antérieur devant Ravary.

M® Labori. — Alors, M. le colonel Henry pourrait-il nous expliquer comment il concilie cette déposition avec celle qu'il a faite dans l'enquête et qui résulte du rapport de M. le commandant Ravary, qui a été lu en audience publique et est ainsi conçu :

« Un soir, que le colonel Henry, de retour à Paris, était

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entré brusquement chez M. Picquart, il aperçut M<* Leblois, ayocat, dont le colonel recevait de fréquentes et longues yisites, assis auprès da bureau et compulsant ayec lui le dossier secret. »

On fait dire au colonel que M. Leblois était là, compulsant le dossier secret.

M. LR COLONEL Hrnrt. — Gompulsaut. . •

M® Labori. — Eh bien ! ou le colonel Henry ne dit pas la yèrité ou c'est le rapport de M. le commandant Rayarj.

VHI. — Pris au traquenard, Henry menace Labori.

M. LE COLONEL Henry, à M® Lubori, — Je ne vous permettrai pas de mettre mes paroles en doute.

Me Labori. — Je constate qu'il y a une contradiction entre le rapport Ravary et ce que dit le colonel.

M. LE COLONEL Henry. — Jc uc VOUS nc le permettrai pas, monsieur l'avocat.

M® Labori. — Il y a un désaccord formel entre le rapport de M. le commandant Ravary et votre déposition.

M. LE COLONEL Henry. — Ce n'est pas mon affaire.

M* Labori. — C'est possible, mais c'est la mienne I

M. LE COLONEL Henry. — ËxpUquez-vous avec Ic commandant Ravary.

M*^ L\bori. — Je ne puis pas m'expliquer autrement qu'avec vous qui êtes ici.

IX, — Henry épilogue sur tu compulsant y> .

M. le colonel Henry. — Quand je dis « compulser », si ce n'est pas effectif, c'est au moins au figuré. (Bruit.) On a un dossier devant soi; pourquoi est-ce faire? Vous avez bien un dossier devant vous.

M« Labori. — Si j'ai un dossier devant moi, je ne le compulse pas dans l'acception propre du mot. Nous savons ce que parler veut dire.

M. LE COLONEL PicQUART. — J'opposc le démenti le plus formel à l'affirmation du colonel Henry ; je demande qu'on veuille bien lui poser la question suivante :

M. le colonel Henry est le seul témoin avec lequel j'aie été

confronté au Conseil de guerre. Il a dit an Conseil de guerre lors de notre confrontation, que c'était à son retour de permission, vers le commencement d'octobre, qu'il ayait vu cette scène et j'ai dit : « La chose est très grave, messieurs les membres du Conseil de guerre, veuillez prendre note de cette déclaration. »

J. — Henry pris en flagrant délit d'erreur quant à la date.

M. LE COLONEL Hbnry ~ J'ai dit : « Dans le courant d'oc,tobre, en tout cas à mon retour de permission ». J'ai toujours dit « dans le courant d'octobre », je crois, et je ne puis pas dire autre chose.

Me Leblois. — On varie sur les faits, on varie sur les dates , il est très difficile, même à un témoin de bonne volonté, de suivre les adversaires sur un terrain aussi mouvant.

M^ Labori. — Je désire poser une question sur le même point.

XL — A distance^ Henry ne pouvait reconnaître la pièce secrète

sortie de l'enveloppe,

M. LE colonkl Picquart. — Je demande à ajouter ceci : Comment le colonel Henry est-il entré dans mon bureau? Est-il entré par la porte qui était en face du bureau ou par la petite porte latérale ?

M. LE COLONEL Henry. — Parla grande porte.

M. LE COLONEL PicQUART. — A qucllc distauce est-il venu dans le bureau, à peu près?

M. LE COLONEL Henry. — Jc uc pourrais pas dire si c'est à dix centimètres ou un pas, évidemment.

M. le colonel Picquart. — Enfin, le colonel Henry était de l'autre côté de mon bureau, c'est-à-dire du côté opposé à celui où j'étais assis?

M. le colonel Hknry. — En face de vous; et j'ai parfaitement vu la pièce, car c'est cette place qui m'a permis de voir la pièce et le dossier.

M. le colonkl Picquart. — Je demanderai que Ton montre la pièce. Lors de Tenquéte du général de Pellieux, mes souvenirs étaient déjà très effacés.

Le général de Pellieax m'a montré cette pièce dans son cabinet à distance. Il s'est même passé alors la scène suiyante : Le général de Pellieux me dit en me la montrant : « Vous Yoyez cette pièce? » — Je me suis penché et j'ai dû regarder attentiyement pour la reconnaître, car c'est une photographie très obscure et très brouillée. Il m'a interpellé et m'a dit brusquement : « Voyons, vous connaissez cette pièce ? » Cette pièce est celle où il y a, non pas « cette canaille de D... » mais « ce canaille de D... »

M. LE COLONEL Hbnkt. — Moi, jc la reconnaîtrais & dix pas.

M. LE COLONEL PicQUART. — J'opposc à ccla Ic démenti le plus formel.

XII, — Pris au piège, Henry insulte Picquart.

M. LE COLONEL Henrt. — Gcci nc se discute pas, surtout lorqu'on a l'habitude de voir une pièce, et j'ai tu celle-là plus d'une fois. Je le maintiens formellement et je le dis encore : le colonel Picquart en a menti!

M. le colonel Picquart, arrêtant brusquement un mouvement de son bras quil levait, t- Vous n'avez pas le droit de dire cela!

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