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422 LIVRE QUATRIÈMK
ËQ 189 f, j'ai rhonneur d'appeler votre attention sur ces dates, messieurs les jurés, au mois de novembre, un jour, le colonel Sandherr est entré dans mon bureau et m'a dit : « Il faut absolument que vous recherchiez dans vos dossiers secrets tout ce qui a trait aux affaires d'espionnage. »
» — Depuis quand ?
» — Depuis que vous êtes ici. — Vous les avez classés ?»
Je lui ai dit : « Oh ! ce ne sera pas long ; j'y suis depuis un an, depuis 1893.
» — Eh bien I recherchez tout ce que vous avez ; vous en constituerez un dossier. »
J'ai recherché ce que j'avais, et j'ai retrouvé, je crois, huit ou neuf pièces, — je ne me souviens plus exactement du nombre, — dont une très importante, ayant un caractère extra-confidentiel, si vous voulez même, extra-secret.
Je fis un bordereau de ces pièces, je pris copie de quelquesunes, et je remis le tout au colonel Sandherr.
C'était, comme je vous le disais tout à l'heure, messieurs les jurés, au mois de novembre d894.
Le colonel le prit, le garda environ un mois. Vers le 15 ouïe 16 décembre 4894, le colonel vint me trouver et me dit: «Voilà votre dossier 1 »
Ah, pardon! avant il y a un détail important que j'oubliais.
Lorsque je remis le dossier au colonel Sandherr, je lui fis remarquer qu'une pièce secrète, pièce importante; dont je vous parlais tout à l'heure, messieurs les jurés, ne devait pas sortir du bureau, sans que nous en ayons la copie ou la photographie. Il me répondit : « J'en fais mon affaire, je ferai, faire des photographies. »
Il a fait faire deux ou trois photographies — je ne me souviens plus exactement du nombre, dans tous les cas deux ou trois ~ et, comme je vous le disais tout à l'heure, il me remit le dossier le i5 ou le 16 décembre 1894.
J'appelle votre attention sur cette date, messieurs les jurés, parce qu'on a fait à ce dossier une légende, et je tiens à rétablir son histoire.
Puis, le 16 décembre, j'ai repris le dossier, sans faire le dépouillement des pièces qui s'y trouvaient ; j'ai remis le tout
dans une enveloppe : la fameuse enveloppe dont je parlais tout à l'heure, sur laquelle j'ai écrit au crayon bleu : « Dossier secret » ; dans un coin de Tenveloppe, la lettre D, et, au verso, après avoir collé l'enveloppe, mon paraphe ou presque ma signature, au crayon bleu.
J'ai remis ce dossier dans le tiroir de mon armoire secrète et il n'en est plus sorti qu'au moment où le colonel Picquart Ta demandé à M. Gribelin, c'est-à-dire — il se souviendra mieux de la date que moi, j'étais en permission — à la fin d'août ou au commencement de septembre 1896 ; voilà l'histoire de ce dossier.
Il faut vous dire que, lorsque le colonel Sandherr m'a remis ce dossier, le 16 décembre 1894, je lui ai dit : « Mais comment se fait-il que vous n'ayez plus besoin de ce dossier -là? »
Il m'a répondu : « J'en ai un plus important, et je vais vous montrer une lettré de ce dossier. »
Il m'a fait voir une lettre, en me faisant jurer de n'en jamais parler. J'ai juré. Il m'a montré une lettre plus importante encore que celles du dossier. Il m'a dit : « J'ai avec cela quelques documents, mais je les garde par devers moi, et je m'en servirai si besoin est. »
Je n'ai plus jamais entendu parler de ce second dossier, jamais le colonel ne me l'a remis.
Voilà l'histoire du dossier : quant à l'autre, je ne sais pas •ce qu'il est devenu : je ne l'ai jamais vu, le colonel Sandherr m'en a parlé uue fois seulement, le 16 décembre 189i.
Voilà exactement l'histoire de ce fameux dossier qui, d'après <^ertaines publications, avait couru par le monde, à droite, à gauche, avait été communiqué par- ci, par là. Voilà ce qui «'est passé I
M. LK Président. — Il n'y a plus de questions à poser?
M® Labori. — Non, monsieur le Président.
M. LE Président. — Vous pouvez vous asseoir.
M. LE GÉNÉRAL GoNSE. — J'avais un mot à dire, monsieur le Président, pour la remise de ce dossier.
Je ne sais pas si on s'est bien expliqué sur le moment où on m'a remis le dossier...
M. LE Président. — A quelle époque vous Pa-t-on remis ?
M. LE GÉNÉRAL GoNSE. — Je suis allé le reprendre, comme le disait le colonel Ilenry, quelques jours après qu'il m'a eu parlé de la conversatioa qui avait eu lieu entre le colonel Picquart et un tiers — il ne m'avait pas dit le nom. — Je suis allé chez le colonel Picquart pour lui demander de me remettre ce dossier. Ceci se passait trois ou quatre jours avant le départ du colonel Picquart ; le colonel Picquart étant parti le 16, cela se passait à partir du i2 ou 13. Voilà quels sont mes souvenirs à ce point de vue-là, et je suis bien aise de compléter ma déposition sur ce sujet.
A travers les longs méandres de cette confrontation, « Picquart, Henry, Gonse », il n'est pas aussi facile de fixer son opinion que dans la précédente confrontation « Picquart, Laulh », qui, grâce à la dialectique tranchante de M* Clemenceau, avait été dirigée vers une conclusion claire comme le jour.
L'Intérêt de la confrontation « Picquart , Henry Gonse » était d'ailleurs secondaire à côté de celui de la précédente.
En effet, dans la seconde, il s'agissait d'une indiscrétion reprochée à Picquart ; tandis que dans la première il s'agissait de la confection d'un faux reprochée au môme officier.
Le lecteur a les documents sous les yeux. A lui de peser chacune des paroles et de voir ce qui reste de l'indiscrétion imputée par le colonel Henry au colonel Picquart, après ce débat contradictoire.
Quant à Rochefort, voilà comment il résumait son opinion dans V Intransigeant du 15 février :