LES DROITS D'UN GOUVERNEUR
Le 14 Février 1865, un orateur s’'écriait au Conseil Législatif, en sefforçant de décrier le projet de Confédération : “Quelle espèce de gouvernement local aurons-nous, et quelle espèce de. gouverneur aurons-nous aussi ? ” Dans le même discours, le même orateur disait encore : ‘‘ Le peuple a trop de bon sens pour consentir à servir de marchepied à ces aventuriers politiques qui n’ont en vue que leur avancement et leur fortune personnelle dans la vie pub'ique.”
Cet orateur a voulu se donner raison à lui-même en disant au Canada, après dix années de Confédération : “ Voilà le Gouverneur que je vous avais prédit” L'auteur des paroles de 1865 était l’'Hon. M. Letellier de St. Just, qui, étant ministre fédéral én 1876, se nomma lui-même Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec. Avouons que s’il détestait les aventuriers politiques dans ce temps-là, il excelle aujourd’hui à leur tenir l’escabeau pour les faire grimper sur le dos du peuple.
Si nous parlons avec si peu de gène de notre Lieutenant- ‘Gouverneur, c’est que nous savons qu’il n’est pas sincère dans l'acte du ? Mars. Il a été de tous temps l'ennemi des préro-
-gatives royales. Il est allé peut-être plus loin qu'aucun autre homme politique contre l'exercice des priviléges de la Cou ronne. S'il eut pu pendre le Gouverneur-Général, le 13 août 1873, pour une simple prorogation du Parlement Canadien, il l’eut fait. Il parla et vota en comité libéral contre l’exer- -cice de cette prérogative. Il supporta la résolution suivante :
Il fut proposé par M. Cauchon, secondé par M. Mills et résolu :
Que dans l'opinion de cette assemblée, la prorogation du Parlement en ne donnant pas à la Chambre des Communes l'opportunité de poursuivre l’en-
“quête qu'elle avait entreprise, est une vio/a{ion RSYOLTANTS des privilèges de
l'indépendance du Parlement et des droils des ciloyens.
Ce n’est pas tout, notre Lieutenant-Gouverneur motiva son vote. Ecoutez:
Il est désirable dans les circonstances présentes de parler avec tout le calme possible malgré l’ébullition populaire qui est une ébullition nationale. La “question à examiner est de savoir si le Couseil Exécutif peut in{erposer la prérogalive de la Couronne entre lui et le Parlement el empécher ainsi le dibre exercice de la volonté popu aire. CETTE PRÉROGATIVES NE DEVRAIT PAS ÊTRE EMPLOYÉE A RENVERSER LES LIBERTÉS POPULAIRES, (applaudissements), “mais suivre la marche des événements en conformité avec les intérêts du peuple. Autrement, on pourrait se dispenser de Parlement ef le peuple serail encore une fois forcé par la verge d’'obéir à la couronne sans égard à d'autres droils.... Le comilé nommé pa: la Chambre ne pouvait élre dis-
sous par aucun pouvoir exlérieur sans Une GROSSIÈRE VIOLATION DE SES ‘PRIVILÉGES.
Quelques minutes auparavant, l’Hon. M. Letellier avait applaudi aux paroles suivantes de l’Hon. M. Cauchon, en proposant sa résolution :
Si j'avais été seul, j'aurais été plus loin que l’on a été, et j'aurais dis qu? la ‘Couronne OU SES REPRÉSENTANTS N'ONT PAS LÉ DROIT D'IN-
TERVENIR DANS LES PRIVILÉGES DU PARLEMENT, (Applaudissements).