Voici maintenant le grand coup. Lisez
60, Maintenant, Excellence, il y a une question encore plus importante que je ne puis passer squs silence plus longtemps. Des conversations que
j'ai eues avec M. DeBoucherville il résulte un fait qui, s’il avait été connu, aurait pleinement confirmé la croyance qu’il ne possédait pas lG confunce de la population de la province. Dans deux occasions différentes, après la session de 1871, je lui fis remarquer que des millions avaient été votés pour venir en aide aux chemins de fer à une époque où nos finances ne nous paraissaient pas dans un état prospère d'autant plus que notre crédit se trouvait obéré dans les engagements pris pour assurer la construction du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental. Il m’avoua franchement que ces octrois, {oul en élant faits dans l'intérél du développement de la province, avaient été accordés par des considérations À pi que sans cela l'appui des députés dont les comtés sont traversés par ces chemins de fer manquerait au gouvernement, qu’il n’y aurait aucune possibilité d'avoir une majorité et que des députés formaient des rings pour contrôler la chambre.
M. DeBoucherville n'ignore pas que je lui dis aiors qu’il étalt mieux de sauver la province qu'un gouvernement et que si son administration n'était pas assez fortes pour résister à ces influences, il serait mieux pour lui de former un ministère honnète, choisi des deux côtés de la chambre, que de se soumettre plus Le à ces rings et à ces influences qui, de son propre aveu, entravaient la liberté de la chambre.
N'avais-je pas le droit, comme représentant de ma sovveraine, de croire et d’être convaincu que que M. DeBoucherville ne possédait pas une majorité constitutionnelle dans l’Assemblée Législative ?
Ici, le Lieut.-Gouverneur viole non-seulement le secret de conversations confidentielles, auquel le souverain est tenu, mais il manque aux premières lois de l'honneur. Et tout cela pour établir positivement le contraire de ce qu’il veut prou-
ver. Ne saute-t.il pas aux yeux du lecteur que le moyen pour l’Hon. M. DeBoucherville de ne pas posséder la confiance de la Chambre et du pays aurait été de repousser ces demandes de subsides qui venaient de tous bords et tous côtés ?
Qu'est-ce que la confiance du pays, si c2 n’est l'opinion partagée par la généralité des habitants que l’administration des affaires est conforme à leurs intérêts bien entendus? Constater que le cabinet DeBoucherville était assailli de demandes, c'est prouver que la grande majorité des électeurs a approuvé, secondé, imposé cette grande et large politique de chemins de fer qui a changé la face du pays.
En 1875, la politique de chemins de fer était dans son entier développement. Le cabinet DeBoucherville avait siégé une session et annoncé son intention de continuer l’élan commencé par son prédécesseur, augmentant de $1,000 par mille les subsides déjà accordés À douze compagnies de chemins de fer. Les élections générales de 1875 furent un verdict éloquent en faveur de ces mesures; et en déclarant au Lt.-Gouverneur qu'il perdrait la confiance du pays s’il ne continuait pas à seconder les entreprises de chemins de fer,
l’Hon. M. DeBoucherville avait parfaitement raison. La confiance d’un pays n’est pas une affaire de favoritisme ; elle ne s’extorque pas : elle se gagne. Un gouvernement est obligé de donner ses preuves, et ce sont ses actes qui déterminent le dégré d'arpui qu'il retirera du pays. Si le cabinet DeBoucherville s'était croisé les bras, se contentant d’empiler des écus dans la caisse publique, le peuple n'aurait pas conservé longtemps cet immobile soliveau. Un gouvernement doit résumer en lui tout ce qu'il y a d'activité, d'inteligence dans la nation ; c’est le foyer d'où partent les grandes idées, le grand esprit d'entreprise.
Le support officiel doit réveiller, stimuler l’industrie privée, et en tout temps un gouvernement a assez de ressources pour donner l’élan aux aspirations particulières des capitalistes.
Quand l’Hon. M. DeBoucherville disait au Lt.-Gouverneur qu’il était obligé de céder à la pression de la Chambre, il faisait une déclaration aussi loyale que politique ; cette majorité de la Chambre, c'était bien la majorité du pays, puisque les tué rs avaient été faites en grandes partie sur les chemins
e fer.
Le gouvernement DeBoucherville reflétait si bien l'opinion du pays dans cette distribution de subsides que les deux cotés de la chambre se sont à différentes reprises prononcés en faveur de cette politique.
Dès 1873, le parti libéral a accablé le gouvernement de ses instances pour qu’il augmentât les subsides aux chemins de fer du Sud.
Nous lisons dans les journaux de la chambre de 18373 :
La Chambre reprend les débats sur l'amendement proposé aujourd’hui à la question, que le rapport du comité de toute la Chambre, sur certaines résolutions concernant les chemins de fer soit maintenant recu, lequel amendement était que tous ies mots après ‘‘que,” jusqu’à la fin de la question, soient effacés, et que les mots ‘ cette Chambre regrette, quo l'importance de la compagnie du chemin de fer du Sud-Est, et celle de la compagnie du chemin de fer de Montréal, Chambly et Sorel, et les services importants que ces chemins sont destinés à rendre au pays, n'aient pas étê appréciés ; et que les dites deux compagnies n’ont pas été placées sur le même pied que celles qui sont mentionnées dans la première des dites résolutions,” soient substitués à leur plec”,
Et l’amendement étant de nouveau proposé ;
M. Pelletier (Bellechasse), secondé par M. Langelier, propose, sous forme d'amendement au dit amend:-ment, que les mots suivants soient ajoutés à la fin d'icelui : ‘“ et de plus, cette Chambre regrette que l’immense importance du chemin de fer de Léris et Aennebec n'ait pas été appréciée à sa juste valeur,”
Et ce dernier amendement étant mis aux voix, la Chambre se divise, et les noms étant demandés, ils sont pris comme suit :
Pour—MM. Bissor, De Beaujeu, Joly, Laframboise, Jangelier, Larochelle, Marchand, Molleur, Pelletier (Bellechasse).
Et l’amendement à la question principale étant mis aux voix, la Chambre se divise, et les noms étant demandés, ils sont pris comme suit :
Pour—MM. Bisson, De Beaujeu, Joly, Laframboise, Langelier, Locke, Lynch, Marchand, Molleur et Pelletier (Bellechusse)
Nous lisons également dans les journaux de la chambre de 1874-75, séance du 12 Février, page 181 :
Et la question étant mise aux voix, que M. l'Orateur laisse maintenant le fauteuil.
M. Lynch, secondé par M. Gérin, propose, sous forme d'amendement, que tous les mots après ‘ que ”’ jusqu’à la fin de la question soient effacés, et que les mots ‘ Que cette Chambre regrette que la réclamation spéciale des comiagnies de chemins de fer du Sui-Est et de Montréal, Chambly et Sorel, à un subside additionnel en conformité de la pro nesse faite dans cette Chambre, le 23 janvier 1874, par l'Honorable Premier Ministre du Gouvernement d'alors, et ratifiée et confirmée par un écrit de ce dernier, en date du 24 du même mois, n'ait été reconnue et mentionnée dans lus dites résolutions.
Et de plus, que cette Chambre regrette que l'importance du chemin de fer de Q'iébee et du Nouveau-Brunsu'ick, auquel un octroi de terres fut fait par l’acte des chemins de fer de 1870 —et aussi cette portion du chemin de fer du Suurh-Euslern appartenant ci-devant au chemin de fer de Hichelieu, Drummond et Arthabaska, ainsi que du chemin de fer de Miserssiqu: à et de la Ravière-Noire, n'ait pas été reconnue par les dites résolutions,” soient mis à la place.
x Et l'amendement étant mis aux voix, la chambre se divise {et les noms étant demandés, ils sont pris comme suit:
Pour : MM. Bachand, Bisson, Chauveau, Daigle, DeBeaujeu, Irvine, Joly. Laberge, Lafontaine, Laframboise, Langelier, Marchand, Molleur, Rinfret, Syzvesrre, Wats, etc.
En 1875, même chose sur la proposition que le Gouvernement entreprit la construction du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental,
M. Bachand propose en amendement, secondé par M. Cameron que tous les mots après “Que” jusqu’à la fin de la œotion soient retranchés et remplacés par les siuvants que “ dans l’opinion de cette chambre la politique du gouvernement met en danger la construction du chemin de fer fer Montréal, Québec, Ottawa et Occidental et est en méme lemps injusle aux chemins de fer du côlé Sud du St Laurent.
Pour L’AMENDEMENT: Bachand, Bisson, Cameron, Chauveiu, DeBeaujeu. Irvine, Joly, Laberge. Laframboise, Marchand, Molleur, Paquet, Prefontaine, Robert, Watts, etc, (Journal, 1875 p. 105 et 109.)
L'Hon. M. Letellier de St Just fait donc preuve d'une grande ignorance de l'opinion publique et des besoins du pays en reprochant à son premier miristre d’avoir cédé à ce vœu unanime de la chambre.
Le Lt.-Gouverneur a donc pris tout simplement la peine de violer des secrets d'Etat pour établir que son ex-premier ministre savait répondre à la confiance du pays.
Il est bien évident qu’en faisant ses remarques, l'Hon. M. DéBorcherville n’avait rien autre chose en vue que d'exposer un fait parfaitement légitime. Le Lt.-Gouverneur, par esprit de dénigrement, tâche d'y attacher une signification différente ; mais il est bien évident que si l’Hon. M. DeBoucherville avait eu une autre opinion de cette attitude de la Chambre, il ne l'aurait pas confiée au Lt-Gouverneur, puisque, comme le reconpait le Lt.-Gouverneur, l’Hon. M DeBoucherville n'avait pas confiance en lui. Il ne lui aurait pas fait de confidences favorables à son parti.