‹ Le liquide céphalo-rachidien, normal et pathologiqueChapitre 124 sur 329 · ACIDE URIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE URIQUE

Trois fois, l’acide urique ou les sels de cet acide ont été signalés dans le liquide céphalo-rachidien.

Carrière (1905), chez deux enfants de souche arthritique, ayant déjà présenté des signes de cette diathèse, et offrant actuellement le tableau clinique d’une méningite cérébro-spinale, fut frappé de l’aspect opalescent de leur liquide, où l’on voyait, au microscope, des flocons blancs. Ceux-ci n’étaient autres que de l’urate acide de soude; il obtient avec eux la réaction de la murexide. Ces petits jmalades guérirent par un régime et une médication appropriés.

Dans le Traité de médecine de Gilbert et Thoinot (vol. XII), Charcot rapporte, de son côté, le cas d’une vieille femme, morte de goutte chronique, dont le liquide céphalo-rachidien fournissait des cristaux d’acide urique par la méthode du fil.

Cette présence d’urates est intéressante, par le diagnostic de la diathèse qu’elle fait porter. Il serait à souhaiter que ces recherches ^fussent plus systématiquement poursuivies.

LIQUIDli CKIMlALO-RACIliniIiN PATHOLOGIQUE

AZOTE AMMONIACAL et AMINÉ.

L ammoiiiac|iie libre ne se renconlre pas davantage à l’étal pathologique qu’j'i l’état normal.

A part les petites quantités que j’ai décelées par le réactif de Nessler chez une brûlée (obs. 174) et les traces perçues dans une paralijsie salurnine, je n’ai jamais rien obtenu dans: 4 méningites tuberculeuses, 1 méningite grippale, 7 labès, 1 paralysie générale, 2 syndromes de coagulation massive, une épileptique^ une pneumonie.

Les résultats trouvés dans la littérature ne diffèrent pas des miens : on a noté l’absence d’ammoniaque dans 2 méningites tuberculeuses (Denigès etSABRAzÈs 1896), 8 P. G. (De Buck 1905), chez un épileplique avec accès journaliers (De Buck), 1 hydrocéphale (Mülder 1883), 1 néphrite chronique avec œdèmes (Lesieur et Froment 1909).

Les conclusions de Laignel-Lavastine et Lasausse (1909) ne sont pas différentes. Seul Donath (1905) aurait toujours trouvé de 1 ammoniaque (1). Sa technique est certainement à incriminer.

Par contre, si le réactif de Aessler ne donne rien sur le moment, une coloration, puis un précipité ne tardent pas à apparaître avec le temps.

Leur abondance est particulièrement grande pour les liquides de P. G., de tabès, les liquides d'épileptiques.

J’ai déjà dit comment ce précipilé semblait se rattacher à la présence de produits aminés. Il est certain que, dans ces cas, des groupements NH'^ se rencontrent dans le liquide de ponction.

DIAZO-RÉACTION D’EHRLICH.

De Buck (1905) l’a toujours trouvée négative (psychoses diverses graves; paralytiques généraux aux diverses périodes; épileptiques).

ACIDE CARBAMIQUE.

Hofmann (1898), dans un cas d’éclampsie, aurait dosé par litre 0 gr. 98 de cet acide (en carbamates d’NH^).

(1) Il s’agit (Je cas d’épilepsie, de tabès, de syphilis cérébrales, d’hydrocéphalie, de spinœ-bifidæ, de tumeurs cérébrales, d’abcès cérébral, d’hystérie, de neurasthénie.

AMMONIAQUE. — UREE

URÉE

A Télal pathologique, l'urée peut présenter toutes les valeurs, de quelques centigrammes à plusieurs grammes.

Son taux est lié à celui du sang, grâce à la grande diffusibilité des molécules de ce corps.

Je n’insiste pas ici sur ces faits, devant les reprendre au chapitre Urémie.

J’indiquerai seulement que le taux de 0 gr. 25 est le seuil des valeurs pathologiques. U y a cliniquement urémie constituée aux environs d’un gramme. Une teneur de 3 gr. correspond toujours à une intoxication mortelle.

A titre documentaire, voici, en dehors de l’urémie, quelques valeurs obtenus :

Méningite liiberculeiise :

0 gr. 10, Dirksen {1901). — 0 gr. 15, Denigès et Sadrazès {1897). — 0 gr. 35; 0 gr. 36, Mestrez.\t (obs. 7). — 0 gr. 40, Sabrazès el Binaud {1897). — 0 gr. 42, Frenkel, IIeiden {1906).

Méningite cérébro-spinale :

0 gr. 51, Mestrezat (obs. 20). — 0 gr. 20 (obs. 17, 5° ponction).

Méningisme hgstérique :

0 gr. 20, Mestrezat (obs. 26).

Hydrocéphalie :

(?), Mestrezat (obs. 65). — (?), Concetti {1897). — Traces, Panzer. —

0 gr. 04; 0 gr. 09, C.wazzani. — 0 gr. 46, Guérin {in Hanshalter et Théry, 1909). — 0 gr. 75, Cori.\t.

Paralysie générale progressive :

^ 0 gr. 41, Heiden. — 0 gr. 60, Javal et Boyet {1910) (néphrite).

Hémorragies du néuraxe :

0 gr. 00, Pic {1909).— 0 gr. 25, Lesieur et Fro.ment.— 0 gr. 75, Beutter. —

1 gr. 50, Mollard et Froment (néphrite).

Zona :

0 gr. 15, Dirksen {1901).

Typhoïde :

* 0 gr. 01, Mestrezat (obs. 128). — 0 gr. 81, Mestrezat (avec néphrite) (obs. 129).

LIQUIDE CEPHALO-RACHIDIEN PATHOLOGIOUE

CHOLINE

et bases organiques azotées.

A la suite de travaux poursuivis depuis plusieurs années sur la désintégralion de la substance nerveuse, Mott et Halliburton eurent les premiers l’idée, en 1889, de rechercher la cholinedans le liquide cérébro-spinal, pour en faire le témoin d’un processus organique.

Les résultats positifs obtenus en traitant l’extrait alcoolique de liquides de paralytiques généraux par du chlorure de platine parulent justifîei si complètement le bien-fondé de leurs espérances qu ils suffirent, vraiment trop facilement, à les convaincre des avantages de ce test.

Leurs essais portèrent exactement sur des liquides de paralytiques généraux, de tabétiques, de scléroses cérébrales, de polynévrites, des béri-béri, tous des organiques.

L’année suivante, Gumprecht retrouvait les mêmes précipités dans la paralysie générale^ mais aussi dans neuf méningites aiguës (1).

Donath, en 1903, obtient à son tour des résultats positifs dans des cas de tabès (10 sur 15), de paralysie générale, de syphilis nerveuse, de tumeurs cérébrales, de polynévrites, d'hydrocéphalie et surtout, point nouveau, sur lequel il insiste, dans V épilepsie essentielle (15 fois sur 18).

D’autres auteurs ont noté en 1904-1905, par la méthode au platine, des faits qui confirment dans leurs grandes lignes ceux que nous venons d’indiquer ; citons Wilson, Rosenfeld, Coriat, DE Buck (cas de paralysie générale, de tabès, de scléroses, de tumeurs, d’épilepsie, de psychoses organiques, de polynévrites, de myélites, de ramollissements, d’hydrocéphalie).

Nous savons cependant que le fait seul, pour l’extrait alcooli-

(1) Ainsi, d’ailleurs, que dans des cas vraisemblablement normaux de typhoïde, d’hydrocéphalie, dans des cardiopathies. Egalement sur des liquides de aac/ie et de veaux. Ces résultats ne l'arrêtent pas, il conclut seulement à la présence d’une petite quantité de choline à l’état physiologique.

CHOLINE

que, de précipiter par le chlorure de platine ne saurait constituer une preuve de l’existence de la choline.

Frencii et Allen, qui, en 1903, attiraient l’attention sur ce poinl, à propos du sang, furent bientôt suivis dans cette voie, pour ce qui est du liquide céphalo-rachidien, par M^nsfeld.

Le débat que ce dernier eut avec Donatii (1904-190o) est i es e classique. Malgré certaines erreurs de raisonnenient (1), ans-

feld réussit à ébranler 1 opinion.

On repi-il la queslion de la choline rachidienne ; deux melhodes lanl soit pen plus spécifiques Hrenl leur apparition : la méthode optique de Donatii (1900) et la méthode du penodure (Denigbs 1905; Rosenheim 1907 ; Ziveri 1908; Handelsman 1908; Kajiuro 1908 ; Mott 1910).

Les résultats sont éloquents. ^

Donath ne trouve plus de choline dans 4 tabès, 3 inéningiles purulentes. Seuls 7 P. G., 5 épileptiques, 1 syphilis nerveuse, 3 myélites chroniques, lui donnent encore des résultats positils (ajoutons que ses photographies ne sont pas très démonstratives).

Denigès et Sabrazès (1905), dans une vingtaine de A^as (tabès, encéphalopathies étendues, sclérose en plaques, épilepsie, zona, rage), n’obtiennent; qu’une fois des a traces » de choline chez un épileptique ponctionné en plein accès par la formation des

periodures.

Par les periodures toujours, Rosenheim (1907), travaillant sous les auspices d’Halliburton, ne trouve plus que 3 fois sur 7 des résultats positifs, dans la paralysie générale; rien dans 2 méningites aiguës, 3 démences, 1 mélancolie, 1 sujet normal. ZivERi (1908) ne voit se former des cristaux de Florence que 1 fois sur 11, dans la paralysie générale; 1 fois sur 26 dans 1 épilepsie essentielle ou jacksonienne. 11 n’obtient rien dans 2 polynévrites, 9 démences diverses, dont plusieurs organiques, dans 6 cas d’alcoolisme, et chez une urémique.

Handelsm.ann (1902), comparant chez les mêmes malades (tabès, méningites aiguës, épilepsie jacksonienne) les deux méthodes, au platine et aux periodures, trouve que le PtGP donne 25 fois sur

(1) M.vnsfeld pense, en efï'el, que les cristaux obtenus par Donath sont un sel double de platine et d'ammoniaque. Or l'ammoniaque est reconnu aujourd'hui ne pas exister dans le liquide céphalo-rachidien.

LIQUIDE CÉDIIALO-HAGIIIDIEN PATHOLOGIQUE

27 des résulLals positifs, alors (juc le iY;acLif iodo-ioduré no fournit que 4 fois seulement qiHîlqiies ci'istaux ! (1 )

Des remarques analogues sont faites par Kajiuha (1009) lequel montre eu outre le peu de eoufiancc qu’il faut accorder a la méthode optique de Donatii, la biréfringence des cristaux ne pouvant faire la preuve de l’existence de la choline.

En résumé :

L’abandon de la méthode au chlorure de platine, par trop peu spécifique, réduit à presque rien le nombre de cas signalés comme donnant des cristaux par le réactif iodoioduré. Encore celte formation de periodures, nous Pavons vu, iP est-elle pas spécifique delà choline, ce qui nous amène à nous poser, avec une apparence singulière de vérité, la question de ■ Pexislence de la choline dans le liquide céphalo-rachidien.

La choline existe-t-elle dans le liquide céphalo-rachidien ?

J ai suffisamment insisté, au chapitre de technique, sur le peu de spécificité des divèrses méthodes de recherches préconisées, pour pouvoir être bref ici.

Le chlorure de platine, le réactif de Florence, pas plus que le chlorure d’or ou tout autre réactif proposé, ne sont spécifiques de la choline.

C’est donc à juste titre que l’on peut exiger des auteurs une identification plus complète du précipilé obtenu avant d’admettre l’existence de la choline dans celui-ci.

Etudiant les cristaux periodés obtenus, Rosenheim (1908), guidé par des vues théoriques, a affirmé la pluralité des bases précipitées par le réactif de Florence, s’appuyant sur la forme des cristaux et leurs propriétés. Il n’a, d’ailleurs, pas autrement précisé la nature des produits isolés.

Kutscher et Rielander (1906), Rielander (1907), par la mesure des points de fusion et la détermination de la solubilité du précipité plalinique, acquirent de leur côté la cerlilude que les cristaux isolés

(1) Vis-à-vis de la choline, la sensibilité de ces méthodes est cependant la même.

CHOLINE

par ce procédé ne sont pas un sel de choline, mais qu il s agit d une base organique clif]érente.

Kauffmann (1908), par une autre méthode, vient affirmer à son tour l’absence de choline dans le précipité périodé obtenu. Le chaulTage aA^ec la potasse du résidu sec de douze ponctions faites chez des paralytiques généraux ne lui donne pas l’odeur caractéristique de triméthylamine, pas plus que le traitement, par cette méthode, des précipités platiniques ou iodés. Un litre de liquide de P. G. P., concentré à petit volume, ne laisse pas se former de sel d'or insoluble : l’odeur de triméthylamine, si facile à saisir, ne s’y développe pas.

Deux ans plus tard (1910), après avoir élaboré une méthode sensible et sûre, dit-il, de caractérisation de la choline, les sels de platine de 6 litres 1/2 de liquide céphalo-rachidien n’ont en aucune manière accusé la présence de cette base.

Plus récemment, Laignel-Lavastine et Lasausse (1910), puis Dorée et F. Gollâ (1911), ont mis en évidence dans le liquide céphalo-rachidien une base qui a tous les caractères de la triméthylamine, laquelle donne parfaitement des periodures cristallisés. Dorée et Golla affirment en outre la non-existence de choline.

En somme, tous les auteurs sont aujourd’hui bien d’accord sur les trois points suivants :

а) Le liquide céphalo-rachidien normal ou pathologique fournit de petites quantités de cristaux de periodures, comme il donne un léger précipité de chloroplatinates organiques.

б) Aucun de ces précipités ne renferme de choline.

c) Tous deux, par contre, sont formés en partie par des bases organiques, dont la triméthylamine paraît la plus importante; mais leur dose y est Irop faible pour être d’un intérêt pratique quelconque.

Pour conclure :

Nous en arrivons à nier d’une façon absolue f existence de la choline dans le liquide céphalo-rachidien.

La question de la choline, qui depuis des années préoccupe les '^auteurs, est donc close; 1’ hypothèse» de la choline a vécu, comme le disait si bien Webster.

LIQUIDE CEPIIALO-nACIIIDIEN PATHOLOGIQUE

AZOTE TOTAL

Nous possédons sur l’azole lolal quelques bonnes délerminalions de Comua(1899). Les valeurs de Sansoni cL Fornaca, Aporti (1903), Frenkei.-Heiden (1906), Halpern el Landau sont Loules exagérées et ne sauraieiiL retenir rattention.

La moyenne normale de Comba est de Ogr. 186, l’azote restant (azote total — azote albuminoïde) étant de 0 gr. 150.

Comba a trouvé les valeurs suivantes :

Milligrammes par litre

Méningite tuberculeuse .

Méningite cérébro-spinale

Méningite pneumococcique

Hydrocéphalie

Typhoïde

Coqueluche et hroncho pneumon.

Broncho-pneumonie

Pneumonie

Tuberculose pulmonaire

Cardiopathie aiguë

Diphtérie

Rachitisme

Néphrite légère diphtérique

Néphrite. Paralysie diphtérique .

Néphrite typhique

Néphrite saturnine

Grande urémie

Azote

Azote

Nombre

total

restant

de cas

{Comba, 1899)

{Javal

el Boyel, 1910)

L’azote «reslant», on le voit, ne varie guère dans les diverses affections; sexÛQ V imperméabilité rénale l’augmente énormément; ajoutons que, dans ces cas, l’urée n’est pas seule responsable de ce fait.

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