ORIGINE DES VARIATIONS DES CHLORURES
L’origine des variations des chlorures est indiquée avec une telle netteté par la nature même des affections dans lesquelles elles se rencontrent qu’il est à peine besoin de revenir sur les faits précédents.
La baisse des chlorures tient :
a) En première ligne à la perméabilité anormale créée par toute inflam m a lion mén ingée .
b) A une diminution de la minéralisation du sérum, survenant quelquefois à l’état pathologique, principalement dans l'infection bacillaire.
Les deux causes a et 6 se superposent dans la méningite tuberculeuse.
c) La diminution par hypersécrétion quelquefois invoquée n’existe pas.
a) Baisse par inflammation méningée.
U inflammation méningée à tous ses degrés abaisse le taux des
CHLORURES
chlorures; les taux relevés dans les méningites aiguës, les méningites subaiguës et frustes, les infections générales avec phénomènes méningés, et non en dehors de ces affections, établissent le fait.
La proportionnalité de l’abaissement à la gravité de l’affection, les constatations, chimiques et anatomopathologiques précises que l’on peut relever dans la thèse de Voisin et que j’ai déjà données (p. 199), les moyennes indiquées précédemment pour les infections générales ne laissent aucun doute sur les rapports étroits qui existent entre V importance des lésions anatomiques et la grandeur des modifications observées.
La baisse des chlorures commence au stade œdème séreux^ infiltralion séreuse des tissus, pour s’accentuer au fur et à mesure que le processus inflammatoire se précise et s’achemine davantage vers la méningite.
Mécanisme de l' abaissement .
A l’état physiologique, il n’y a, nous l’avons vu, aucun échange entre le liquide céphalo-rachidien et les vaisseaux méningés. 11 n’en est plus de même à l’état pathologique. Une perméabilité méningée locale » se crée, d’autant plus prononcée que les lésions inflammatoires sont plus grandes; c’est elle qui est responsable des y diverses modifications observées dans le liquide céphalo-rachidien, et de l’abaissement des chlorures en particulier.
Les taux du sang et de l’humeur rachidienne sont, en etfet, trop dilïérents pour ne pas tendre à s’égaliser rapidement au niveau des y lésions, amenant l’abaissement constaté dans le liquide de ponction.
, La facilité avec laquelle la molécule de NaCl traverse les mem- I i branes animales rend compte, de plus, de la précocité du phénomène.
b) Baisse par déminéralisation sanguine.
Les chlorures qui parfont (p. 175) le A rachidien, pour le rendre isotonique à celui du milieu intérieur, s’abaisseront nécessairement quand une cause morbide viendra, par une déminéralisation de ce dernier, en diminuer le tonus.
Les A sanguins sont abaissés dans les maladies fébriles (1), sans
(1) Ebben, Zeit. Klin. Med., 40, p. 284.
que les variai, ions soient toutefois considéraliles ; elles répondent l)ien aux diminutions faibles de chlorures notées dans les infeclions générales (sans phénomènes méningés).
Le,phénomène est plus net et plus intéressant dans la méningite lubercLileiise, où le taux en chlorures du sérum tombe à 5 gr. 40 et 5 gr. 65, celte baisse sérique s’accompagnant d’une chute du A, qui explique suffisamment, jointe à l’inflammation concomitante des méninges, les valeurs particulièrement basses trouvées dans cette affection.
c) Baisse par hypersécrétion (?)
Celle cause de diminution des chlorures, quelquefois invoquée, n’existe pas en réalité. J’, ai eu, à proposde l’/i^/joa/ÙHmmose, l’occasion de parler de la composition chimique des liquides à' hypersécrétion vraie des plexus pour constater leur taux parfaitement normal en chlorures.
Augmentation des chlorures.
Les affections mêmes dans lesquelles se rencontre Vhyperchlorupac/i/e indiquent, sans autres commentaires, l’origine de ces valeurs.
La rétention sanguine par imperméabilité rénale est seule responsable.
Ajoutons que l’imperméabilité rénale peut être élective (chlorurée, azotée, etc.). ,
Disons aussi que les effets de la défectuosilé du filtre rénal ne se traduisent pas toujours par une modification du milieu intérieur, l’accumulation pouvant se faire dans les tissus. Ce fait est utile à connaître pour comprendre certaines anomalies appareilles.
Quoi qu’il en soit, une augmentation des chlorures constatée dans le liquide céphalo-rachidien indique loujours une rétention sanguine, et, parlant, une imperméabilité rénale.
Un chiffre de 7 gr. 50 est déjà significatif. 11 m’est plusieurs fois arrivé de soupçonner une lésion rénale par ce moyen sans doute détourné, mais sûr, et d’en vérifier direclement la réalité par une analyse d’urine.
CHLORURES
Les coHsicléralions précédenLes laissent deviner tonie l’imporance qu’il convient d’attacher au taux des chlorures en pathologie rachidienne.
Abaissement.
En dehors de l’abaissement insignifiant des infections générales, sans réaction méningée, tout abaissement appréciable révèle une in fl animation m én ingée.
Un abaissement est synonyme (X inflammation méningée.
Une augmentation X imperméabilité rénale.
S’agit-il d’une inflammation tout à fait légère, d’une simple infiltration œdémateuse et séreuse dans certaines affections nerveuses ou dans les maladies infectieuses avec phénomènes méningés (1), le taux approximatif trouvé sera de : 7 gr. 20 à 7 grammes.
L’inflammation est-elle réelle, organisée {méningites chroniques, méningites subaiguës), le taux s’abaisse davantage. Dans les méningites aiguës il atteint 6 gr. 40 à 6 gr. 30.
De toutes les méningites, cependant, \o. méningite tuberculeuse se distingue pardes valeurs particulièrement basses, pathognomoniques de cette affection. Les chiflVes trouvés sont, en effet, compris entre 5 et 6 grammes, n’atteignant que dans de rai es cas 6 gr. 05 et Ogr. 10. Ces chiffres, encadrés surtout d’autres données analytiques, font le diagnostic de celte afl'ection avec une sûreté que je me plais à souligner et qXaucune autre méthode, sinon la recherche du bacille, ne saurait donner. Ce n’est pas là un des côtés les moins intéressants du dosage des chlorures.
A ugmen ta tion.
L’augmentation des chlorures mesure la rétention sanguine, décèle l’imperméabilité rénale. On peut la trouver, associée ou non à la rétention azotée, suivant les caractères de l’imperméabilité présentée par le malade.
(1) .Je rappelle rallention sur ce fail qu’il, peut y avoir « phénomènes méningés» sans lésions méningées marquées et consécutivement sans modifications chimiques appréciables (Valeur pronostique du taux des chlorures).
MQUIOE CÉPIIALO-nACIIIDIEN PATHOLOGIQUE
Le lableaii suivant permettra de s’orienter dans les diverses éventualités possibles :
TABLEAU RÉSUMÉ
Abaissement appréciable des chlorures
(au-dessous de 7.10)
OEdème séreux, séro-purulent.
Inllammation
vraie, des
méningés
et parfois déminéralisation sanguine.
Méalagites aiguës^ (albumine -| — |glucose 0).
Méa. chroniques (albumine -+glucose +).
Méningite tuberculeuse (5 gr. à 6 gr. 10)
Autres
méningites aiguës (au delà de 6 gr. 40)
Abaissement des chlorures variable.
Infections et intoxications, Avec réaction méningée (Sans infection méningée) (albumine 0, sucre -b -^-)
Augmentation
des
chlorures
(au delà de 7.50).
Degré variable d' imperméabilité rénale.
Alfections variées.
Valeurs
normales
(moy. 7.32).
Myélites, encéphalites (sans participation méningée). Scléroses, névroses, psychoses non organiques.
Valeurs normales par compensation (imperméabilité rénale et inflammation méningée réunies).
Etat sain des méninges.
PHOSPHATES