‹ Le liquide céphalo-rachidien, normal et pathologiqueChapitre 137 sur 329 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

PROPRIÉTÉS BIOCHIMIQUES

DU LIQUIDE GÉPIIALO-RAUllIDIEN PATHOLOGIQUE

Les propriétés biochimiques du liquide céphalo-rachidien sortent presque du cadre d’un Essai chimique sur cetle humeur, mal fixé que l’on est sur la nature réelle des réactions qui composent le chapitre. Je serai donc bref, d’autant que je reviendrai, pour chaque affection, sur les anticorps susceptibles de se rencontrer dans le liquide céphalo-rachidien.

TOXICITÉ.

Nulle à l’état normal OU dans des cas chroniques, la toxicité du liquide céphalo-rachidien peut, dans une infection méningée, acquérir une valeur assez grande. En dehors de toute démonstration expérimentale, nous en aurions une preuve dans les eflets de dégénérescence notés dans les méningites par divers auteurs, et par Tinel en particulier, à la périphérie des centres et, d une façon générale, de toutes les portions de l’axe nerveux en contact direct avec le liquide céphalo-rachidien.

PROPRIÉTÉS BACTÉRICIDES.

Je me suis expliqué à ce sujet. Le liquide sous-arachnoïdien, mauvais milieu physiologiquement, commence, à l’état pathologique, par devenir « favorable », puis tout à fait « mauvais » lorsque apparaissent dans son sein les anticorps divers. Nous ne

PROPRIÉTÉS BIOCHIMIQUES

;aiinons, dès lors, nous étonner des avis contraire qui ont pu Mre donnés.

actions catalytiques.

Très pauvre en éléments diastasiques, ou même absolument 'épourvu de ces derniers, le liquide céphalo-rachidien peut préenter, à 'l’état pathologique, par afflux de sérum dans la cavité achidienne, un pouvoir amijlohj tique (1), et surtout un pouvoir )eroxijdasique accentué. Tout au moins s’agit-il d’une action ■}eroxi)daiite, vis-à-vis de la fluorescine, de la phénolphtaléine éduite, que nous retrouvons marquée dans les méningites aiguës et >rès forte dans les hémorragies méningées. Le catalyseur est le ladical ferrugineux de l’hémoglobine ou de ses dérivés.

L'atexine (cytase) n’a pas été retrouvée par Cinco (1911) dans 1 méningites tuberculeuses, une paralysie générale, une gomme •érébrale, une sclérose, une hémiplégie.

ANTICORPS.

lémolysines.

Les hémolysines se rencontrent dans les hémorragies sous- ■urachnoïdiennes, où nous les retrouverons. Quelques auteurs pnt été assez heureux pour déceler des sensibitisatrices libres, ii’autres n’ont pu que constater \diSensibitisation des globules rouges du liquide céphalo-rachidien. L’origine des anticorps héinolyiques est purement tocate., sous-arachnoïdienne, le sérum n’en renlermant pas. Rappelons que les hémolysines (alexine) seraient des ' ipases pour Froin. Dans les méningites, G. -B. Alu.\riâ (1907) n’a rouvé ni auto-, ni iso-, ni hétérohémolysines. Par contre, •TiNiELOPOLU aurait retrouvé une hétérohémolysine dans un cas de )achyméningite chez le chien.

\.nticorps divers.

A l’état normat, en dehors d’une intoxication profonde de l’orçanisme, qui incite les plexus à « faittir », les anticorps, comme les oxines, ne pénètrent pas dans la cavité rachidienne.

(1) .t’ai en effet constaté le fait dans un cas de syndrome de Froin, ans un ramollissement cérébral (sucre formé 0 gr. 37 par litre), et dans me méningite tuberculeuse.

LIQUIDE CÉPIIALO-KACIIIDIEN l'ATIIÜLOüIQUE

H faut qu’il y ait infcclion de celle-ci [lour que, les toxiques apparues, les anligènes qui y sont déversés appellent leurs « anli corps.

Le bacille lüberciileux , le méningocoque , le slreplocoqiie , le pneumocoque, le b. du lélanos donnent ainsi des anticorps spéciaux qui peuvent servir au diagnoslic de la nalure de la méningile ou de l’affection.

On fait appel, à cet effet, soit à la méthode très commode des précipilines, soit au procédé plus compliqué de la dévialion du complémenl ; ] aurai l’occasion d’y revenir.

Dans la fièvre de Malle et la fièvre lyplioïde, V érysipèle, l’immunisation streptococcique du cheval, les ayyliitinines ne passent pas dans la cavité rachidienne [Widal et Sicard (1897) ; Achard et Bensaude (1901); Sicard (1902); Courmont; Lagriffoul, Roger et Mestrezât; Cinco (1911)]. 11 faut une infeclion méningée ou une cause quelconque de perméabilité anormale pour expliquer leur présence (réaction ou infection méningée concomitante).

Dans le tétanos, Sabrazès et Rivière (1901) ont obtenu l’agglulination du bacille.

Dans la syphilis des centres, le liquide céphalo-rachidien renfermerait des anticorps syphilitiques. Ce serait une sensibilisalrice susceptible de se fixer sur l’antigène syphilitique (spirochète, foie syphilitique) en absorbant l’alexine (cytase) d’un sérum frais de cobaye. Cette réaction se produit malheureusement aussi avec des corps fort différents des antigènes syphilitiques, ce qui fait douter de la spécificité de « l’anticorps syphilitique » trouvé dans le liquide céphalo-rachidien. Discuter ces questions serait sortir de mon cadre ; je renvoie aux ouvrages spéciaux.

Ravaut, qui a fait drs déterminations albumineuses et cytologiques sur des liquides où le Wassermann était recherché, n’est absolument pas partisan de l’emploi de cette réaction pour dépister la syphilis nerveuse, à ses débuts surtout. 11 faut une dose d'albumine déjà élevée pour que le wassermann soit positif, dit-il, si bien que la réaction albumineuse « paraît donner des renseignements plus étendus que la réaction de Wassermann » {Monde Médical, octobre 1911, p. 870). La réaction de Wassermann est positive avec le liquide céphalo-rachidien dans la paralysie générale, très fréquente au cours du tabès ; elle se rencontre quelquefois dans la syphilis secondaire (Levaditi, Yamanouchi, Ravaut).

PERMÉABILITÉ MÉNINGÉE

APPENDICE

PERMÉABILITÉ MÉNINGÉE.

Nous savons ce qu’il faul euLenclre par « perméabililé méningée » i l’élal palhologique (p. 88). ^

Deux fadeurs interviennenl : une perméabilité des plexus et une Krméabililé locale : à proprement parler méningée. Le départ entre ailles est ditTicile à faire, mais l’élément méningé et local l’emporte i;n pratique. Il suffi! à assurer un passage important du sel ingéré, comme j’ai pu m’en rendre compte chez une tabétique dont les iliaques de méningite chronique se trouvaient ravivées par une i njection d’électro-mercurol (obs. 52).

Nous ne parlerons donc que de « perméabilité méningée » et n’enidsagerons, d’ailleurs, la question qu’à un point de vue clinique, lous demandant seulement ce que Von peut attendre de ce mode l’investigation.

'^erméabililé à Viodure et au bleu.

La question soulevée par Sicard en 1899 et reprise en 1900, 1901 ht 1902 par divers auteurs semblait beaucoup promettre, h’iodure ■ le potassium était presque exclusivement employé, le bleu de inélhglène l’étant beaucoup moins (1) ; une perméabilité positive .ut trouvée dans la méningite tuberculeuse (Widal, Sicard t;t Monod, 1900), les méningites cérébrospinables ne donnaient, ■oar contre, rien.

Cependant, les recherches se multiplièrent, et tandis que r.èrtains confirmaient la réalité d’une perméabilité dans la méninjite tuberculeuse, d’autres la trouvaient variable ou négative Cruchet, 1902 — Sicard, 1902 — Léri, 1902 — Guinon et Simon, ^902 — Carrière, 1902 — Lutier, 1903 — Cruchet, 1904, etc.).

D’autre part, dans la méningite cérébrospinale Cruchet, 1901 — diCARD et Bercy, 1901 — Souques et Quiserne, 1901 — Cruchet, 902 — Guinon et Simon, 1902, etc., obtenaient des perméabilités

(1) Nous avons donné ailleurs les techniques employées, les doses à faire ngérer ou à injecter, ainsi que les procédés de recherche.

LI0Uini2 Clil‘lIALO-UACIIll)IRN l‘ATIIOLOGIQUli

positives ; (le môme encore dans la ménimjile sijphililique (Bnissaud) et dans d’aulres alTections.

Le caractère essentiellement capricieux du passage des iodiires, que rien ne saurait expliquer d’une façon satisfaisanle (doses ingéi'ées insuffisanles, emploi de mauvais réaclifs pour la recherche de ce sel), lui enlève, sans qu’il soit besoin d’insister ou de rappeler les stalisliqucs de Sigard (lt)02), de Lutier (1903), de Miman (1904), loLile signification clinique. D’ailleurs, la sursaturation exigée ne permet qu’une enquête tardive dont les résultats sont trop directement sous la dépendance du coefficient personnel d’élimination de chaque malade (rein, foie) pour pouvoir rendre des services.

Perméabilité aux nitrates.

Infiniment plus pratique est l’emploi des nitrates.

Est-ce parce que ces sels sont normalement contenus en peliles quantités dans le liquide céphalo-rachidien, et admis à pénétrer pour cette raison plus facilement dans la cavité rachidienne, ou pour toute autre raison, toujours est-il que les nombreux essais de perméabilité que j’ai eu l’occasion de pratiquer avec eux ne rn’ont jamais révélé aucune contradiction. Qui plus est, le procédé qui permet de les décéler les dose aussi, et l’on peut ainsi facilement, fait infiniment précieux, évaluer numériquement la grandeur d’une perméabilité, suivre son augmentation ou sa diminution dans un cas donné, juger ainsi de Vétat local.

Mes premières recherches ont été effectuées dans le service, de maladies des enfants et publiées avec le docteur Gaujoux ; je les ai poursuivies chez l’adulte avec des résultats également satislaisanls.

Technique. — La dose à donner est de 1 gramme de nitrate de soude par 30 kilos de poids, l’ingestion ayant lieu 3 heures avant la ponction lombaire (1). (Lourdes détails complémentaires, voyez

Résultats.

Le taux des nitrates chez un sujet normal est de 8 à 10 mdhgrammes d’azotate de soude par litre. L ingestion des doses indiquées de ce sel ne modifie que de 2 à 3 milligrammes ce chilïie.

(1) Ce délai nous a paru justifié à la suite de diverses expériences et de quelques tûtonnemenls. Mestrezat et Gaujoux, in Monlpellier Médical, l.KW.

PERMÉABILITÉ AUX NITRATES

ce qui revieiil à dire que la perméabilité « physiologique » est sensiblement nulle.

A Vélat pathologique, le taux des nitrates après ingestion s’élève très haut dans les méningites aiguës. Je dose ainsi 50 à 55 milligrammes dans la méningite cérébro-spinale, dans une méningoencéphalite spécifique aiguë et dans la méningite tuberculeuse chez l’adulte. La méningite bacillaire chez l’enfant accuse des chiffres plus élevés enpore, qui atteignent 75 à 85 milligrammes.

Entre ces deux extrêmes s’échelonnent les cas chroniques, comme permet de s’en rendre compte le tableau suivant, encore les méningites subaiguës guérissables, comme la méningite ourlienne de l’obs. 139 ou la réaction provoquée chez une tabétique par injection intrarachidienne d’électro-mercurol.

PERMÉABILITÉS AUX NITRATES

I. Taux des nitrates à l’état pathologique, en dehors de toute ingestion de sel.

Gliome du cervelet

Adulte 35 ans

Diabétique

Urémie convulsive et comateuse.

Hémorragie cérébrale

Méningo -encéphalite syphilitique

Syphilis cérébro-médullaire

Méningite cérébro-spinale

Méningite tuberculeuse

7 milligr. par litre de AzO^Na.

JI. Ingestion de nitrates. Perméabilités observées en dehors des méningites.

Tremblement névrosique 7 »

Hydrocéphalie, gliome du cervelet 8 »

Tabès 9 »

» tuberculeux 12 »

Congestion cérébrale 10 »

Myélite chronique 10 »

LIQUIDE CEPIIALO-nAClIJDIEN PATHOLOGIQUE

Tabès 13 » »

Hémiplégie banale 12 » »

Parkinson 12 » »

Artériosclérose 12 » »

Dermite 13 » »

Pneumonie 14 » »

Artériosclérose 14 » »

Ramollisement cérébral 15 >» »

Sclérose en plaques 15 (1)» »

Typhoïde avec phénom. méningés 15 »

Hémiplégie et paraplégie syphilitique. . . 18 (1)» »

Page 1