‹ Le lis du Japon comedie en un acte, en proseChapitre 16 sur 21 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

JULIEN

Si fait, j’ai manqué aux usages, J’ai été présomptueux, impor* tinent...

LA MARQUISE

Mais... non.

JULIEN. '

Pardonnez-moi, puisque vous me chassez de voire voisinage.

LA MARQUISE

Tenez, monsieur Thierry, il le fauti vous n’ètes pas bien ici; l’isolement, la rêverie... avec une tête vive, on se crée des chi- • mères, on s’attache à des idées... que l’on croit sérieuses et qui ne sont que des fantaisies d’artiste, les élans d’un cœur ignorant de lui-même. Moi, je... je ne sais pourquoi je vous parle de moi... c’est à propos de ce refus qui vous blesse... Je vis dans une grande crainte de moi-même. Je n’aime pas à faire souffrir, j'ai horreur des coquettes; mais je crains aussi que ma loyauté ne soit méconnue et que la plus innocente marque d’abandon ne soit prise pour une légèreté. Je n’accepte les hommages et les bouquets de personne. Je fuis les regards, ma position me commande cette réserve; et ce que je n’ai point accepté de vous, je ne l’eusse point accepté d’un duc et pair, je vous prie d’on être . assuré, car c’est la vérité que je vous dis.

JULIEN, saluant.

Adieu donc, madame, et que rien no trouble la sérénité de votre âme. La mienne se brise... et, puisque je ne dois plus vous voir...

LA MARQUISE

Eh bien?

JULIEN

Non, rien, madame. En perdant tout, je ne veux pas perdre le respect que je vous dois.

MARCEL, bas.

Imbécile! si je ne m’en môle pas... (uaui.) Me voici.

Ail ! K 11 bien ?

Li: LIS DU JAPON.

LA MARQL'ISi:.

îi

ilAUOEL.

Toutcsl perdu! L’oncle n’a pas cru à ma parole II ne se connaît plus; il maudit Julien, il le renie... à moins que...

LA MARQUISE

Que quoi ?

MARCEL

A moins qu’il n’cpouse la présidente.

LA MARQUISE

Quelle présidente? (Mouvement do Julien pour faire taire Marcel.)

MARCEL

Non! je la nommerai, pour que madame la marquise soit juge jle la sottise : la présidente de Keuilly !

Ail! une personne très à la mode, charmante sans être belle, un pou... une femme qui plaît beaucoup. lit pourquoi rofuse-l-il un parti si... si flatteur?

M A RCE L.

Parce que monsieur prétend en adorer une autre! et voyez un peu l’absurdité! une autre qui ne l’aime pas, qui méprise les parvenus, qui se trouve trop haut placée pour lui, -une autre enfin...

LA MARQUISE

Que vous connaissez, monsieur Marcci ?

M AUCE !..

Non, madame, il ne la nomme pas.

Je pourrais la nommer à l’univers entier .sans la compromettre ! Depuis quand une femme de bien est-elle exposée au blême parce qu’un fou, un malheureux se mourt pour elle? (Mouvement de MBrcei.l Tout cst fini pour moi, les joies de la jeunesse, les pro-

SCENI- VI.

mi'sses de l’avenir,- les Iriomplics de l’art, les espérances, les illusions, toutl îl est. trop lard pour combattre la mal, cotte journée le rend incurable. Je n’ai plus qu’à chérir ma blessure, à me laisser consumer par une passion terrible, et à y succomber sans lâchelé. Que l’on me repousse et me dédaigne, que l’on m’abandonne et me maudisse, je garderai, je veux garder pur et sacré ce feu qui m’embrase et me tue ! ( ii tombe msIs. lo tcic dans ses

mains.)

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