LE FILS DE MARGUERITE
L URANT les trois premières années que Marguerite resta à Cortone, elle garda auprès d'elle son fils, dont le nom ne nous est pas parvenu, Elle l’éleva dans la crainte du Seigneur et l'accoutuma d bonne heure à une vie austère, l'habitua a se passer de ses soins et à se suffire à lui-même. Cette éducation imposa À son cœur de mère des sacrifices bien douloureux et que l'enfant, dans la tendresse de son âge, ne comprenait pas toujours. Par amour pour Dieu, elle S'abstint de jamais embrasser ce fils qui ne connut plus dès lors les caresses de sa mére.
La mère avait accoutumé l'enfant à Partager sa vie de pénitence et de mortification. Aussi, tandis qu'elle prépara avec soin les viandes et les poissons nour les pauvres, elle ne le servait qu'après cux et ne lui donnait que des aliments crus. Les âmes sensuelles où mondaines
ne comprenaient pas toujours la con-
duite de la Sainte À cet égard; on lui
en fit même des repraches, elle répondit avec l'énergique vigueur des saints :
‘* Dans mon fils c'est le sang qui parle, dans les étrangers et les pauvres, seuls l'esprit et la foi.”
Dés son arrivée à Cortone elle avait bien strictement défendu à l'enfant de jamais parler de Montepulciano, des seigneurs de la villa Pelazzi et de quoi que ce fût, excepté de Dieu.
Lorsque la Pénitente eut pris l'Habit du Tiers-Ordre, ses bienfaitrices Manéria et Ranéria placèrent l'enfant à Arezzo pour lui faire donner une instruction supérieure. Une année, le jeune homme n'étant pas revenu passer les vacances de Pâques avec sa mère, des langues mal-
veillantes firent courir le bruit que l’en-
fant, maltraité par sa mère, de désespoir,
s'était noyé dans un puits. Cette calomnie ne put que blesser douloureusement le cœur de la mère, qui la supporta en silence n'attendant que du Seigneur sa justification. Jésus tout en la félicitant de sa patience constante en une telle conjoncture lui fit bien comprendre qu'elle la devait À sa grâce. ‘‘ Vois, Marguerite ma fille, de quelle force je t'ai revêtue, de quelle constance je t'ai munie, ton
âme a gardé la douceur, devant ceux qui
te molestaient tu as gardé le silence, tu n'as pas répondu à leurs interrogations.”
Il était facile de remarquer dans l'âme du jeune homme de précoces dispositions à la vertu, Son âme formée de bonne heure à l'esprit de sacrifice entendait l'appel divin l’invitant à la vie religieuse.
Le Seigneur avait, en effet, révélé à la mère l'avenir de son fils. ‘* En son temps, mon fils entrera dans votre Ordre, dit un jour la Pénitente à son confesseur, ainsi que me l’a promis et révélé le Seigneur.
Non seulement ïl sera religieux, mais encore prêtre et prédicateur de la divine parole. ”’
Il'entra, en effet, à la fin de ses études, au couvent de Cortone pour faire son
noviciat.
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