il. Léon Guérin, les Marins illuslrei
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au saiivclagc des navires en danger. I.e nombre est grand des naufragés fjui lui durenl le salut!
Dieppe a honoré la mémoire de Douzard en lui élevant une statue, récompense bien méritée d'une existence faite tout entière de sacrifices sublimes.
Beaucoup d'autres Dieppois se sont illustrés dans les arts et dans les sciences. Jean PtcQutT, mort ca l(j7i, fit de très importantes découvertes anatomiques. Brucen de la MARTiNiÈnE (dix-septième et dix-huitième siècle) fut un savant géographe. Desceliers (seizième siècle) devint le premier hydrographe de son temps. Dieppe lui doit d'avoir eu, entre toutes les villes maritimes de France, l'honneur d'établir une école d'hydrographie.
Plusieurs biographes font naître à Dieppe le lameux Jean de Bétuexcouht; c'est une erreur. Ilarfleur le revendique justement comme sien.
De mémo, la petite ville bretonne de La Roche-Bernard dispute à la cité normande l'honneur d'avoir été, en quelque sorte, le berceau de la marine militaire française.
Voici, en effet, ce que dit, à ce sujet, l'amiral Thévenard :
« ....Le vaisseau la Couronne, de soixante -quatorze canons, fat consiruit, en 1057, à la Roche-Bernard.... Cuaules Morieu (de Dieppe) apporta dans sa construction tout l'art que l'on possédait dans ces temps, où ce vaisseau fut la merveille de l'archilecture navale.
« L'ignorance où l'on était alors fit trouver surprenant aux marins de voir ce vaisseau se mouvoir, en tous sens, avec la même facilité et avoir même plus de vitesse qu'un petit bâtiment brûlot, avec lequel il rejoignit l'armée devant Fonlarabic (5 juillet 1058), où il lit i'adniiralioa des marins français d'alors et de ceux des nations voisines.... »
Entre autres détails curieux, l'amiral ajoute :
« Le grand pavillon de France, que l'on arborait au grand mât dans les solennités, coûtait onze mille écus, chose incroxable, à moins que cette dénomination ne fût d'une valeur beaucoup moins grande que celle d'aujourd'hui . »
11 faut plutôt croire à une erreur du copiste chargé de répéter les chiffres du compte de dépenses. Mais d'un autre côté, M. l'amiral Paris fait remarquer que ces étendards, énormes, tout en soie et brodés avec luxe, devaient, à cause précisément de leur perfection, coûter fort cher.
Quoi qu'il en soit, on vit pendant longtemps, à la Pioche-Bornard, les
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ruines du chantier d'où partit la Couronne, et, comme l'ingénieur était Dieppois, une confusion s'établit au profil de sa ville natale, qui passa pour avoir vu construire le fameux navire.
Dieppe est divisée en deux parties distinctes, la ville proprement dite, et le Pollet, ou port de l'Est, ainsi nommé parce que ce faubourg se trouve à l'est du port.
Un peu partout les vieilles mœurs s'effacent, mais le pêcheur poUetais garde encore une physionomie originale. Intrépide, habitué dès la première enfance aux pénibles travaux de la mer, il devient un marin admirable dont le courage ne saurait être surpassé.
Une visite au vieux Pollet est tout particulièrement pittoresque. Ce sont les moindres détails de l'existence, prise sur le vit, de ces familles qui ne connaissent et ne veulent connaître d'autre horizon que la mer.
Déjà, le costume des pécheurs est une révélation, il ne ressemble à aucun autre.
Les chemises de toile et de laine, les amples gilets bien chauds; une, deux ou, parfois, trois vestes énormes; plusieurs paires de bas, deux pantalons, au moins; d'immenses bottes où se perdent les jambes et les cuisses, et, brochant sur le tout, un grand caban goudronné!...
C'est à se demander comment le pêcheur polietais peut faire un pas.
Mais, aussi, quand il se trouve exposé à l'orage, au brouillard, aux vagues démontées, son armature laineuse le préserve de plus d'une maladie grave. La phlhisie, par exemple, l'atteint rarement.
Longtemps (et nous n'aftirmerions pas que toute trace en ait disparu) un véritable antagonisme régna entre Dieppois et PoUetais. Ces derniers, se livrant surtout à la pêche côtière, restaient un sujet de risée pour les premiers, plus entreprenants, mais qui se gardaient, d'ailleurs, de chercher à frayer avec leurs robustes adversaires.
M. Vitet a donné f our origine de cette rivalité, l'établissement violent, au faubourg du Pollet, d'une colonie vénitienne dont serait descendue la population actuelle. Le savant académicien lirait les plus ingénieuses conjectures de mille traits de mœurs, de costume, de prononciation.
Quoi qu'il en puisse être, ces hardis pêcheurs seraient de dignes fds de la Reine déchue de l'Adriatique.
Les PoUetais se montrent d'une hardiesse extrême dès qu'il s'agit de prendre la mer . Leurs bateaux (les Dieppois appeUent barques les embarcations similaires) sont, comme eux, lourds d'aspect, mais se comportent ad-
m: m NKLiujLK ai mont saint-miciiei. lia
rnirablomiMit, suituiil pour s'élever dans l'aire du vent. Le ^'récmcnl est celui du loiigir, avec qui'l(|Ui'S niodificatiuns spéciales au Pollet. Le jaugeage varie d(! dix à qualre-viiigls lotnieaux, el l'équipage, selon l'importance du bateau, présente un ensemble de cimi à trente hommes, presque tous parents : les Polletais si; mariant rarement à Vélraiigcr, c'est-à-dire en dehors du faubourg qu'ils habitent.
Une promenade en mer, à bord d'un bateau du Pollet, laisse la plus vive impression d'estime pour ces braves travailleurs si calmes, si froids en apparence, mais toujours prêts à se sacrifier si le pays ou leurs semblables font appel à leur dévouemenl.
L'époque loiinnciilée de la fin du (lix-liiiiliriue siècle et du comnieucemenl du (lix-iiciiviriin' a niiuiln'' \r patriotisme des l*olletais. De nombreux sauvetages accomplis prouvent leur hunianilé.
Il y a peu de temps encore, M. nicliepin. Técrivaiii bien connu, signalait la conduite héroïque d'un maître lialeur du Pollet, Louis Vain, dit Gelée, qui, à lui seul, a déjii sauvé une soixaiUaine de personnes et a préservé plusieurs navires d'une destruction totale !
Ce serait alTaiblir la profonde émotion excitée par de semblables laits que d'essayer même de mettre en lumière leur sublimité.
Dieppe
CUAIMTIU': XIV
TE DIEPPE A SAINT-VAI.KflY-Eri-CAlT
Toulc la cAtc dioppoise est, à juste titre, célèbre par les points de vue que l'on y rencontre. Seul, l'embarras du choix peut faire hésiter le
touriste .
Voici d'abord, à une distance de moins de huit kilomètres, en suivant la charmante valli''e de la rivière de Dieppe, un petit bourg dont le nom a, plus d'une lois, pri'^ place dans nos annales glorieusrs.
AnQUEs, jadis fortifié, jiossédait un château que, tour à tour, se disputèrent les Anglais, les Flamands, les Français. I'hili|ipe Auguste s'en empara, lorsqu'il arracha la Normandie à Jean sans Terre.
Mais le sceau de la renommée fut, pour la petite ville, l'issue de la bataille livrée par Henri IV, le 15 septembre 1589, au duc de Mayenne, son compétiteur.
Qui ne se souvient do l'humoristique lettre du roi adressée à Grillon :
« Pends-toi, brave Grillon, nous avons vaincu à Arques et tu n'y étais pas! Adieu! Je l'aime à tort et à travers! i
Depuis cette époque, la tranquillité régna dans l'ancienne forteresse qui vil tomber ses murailles, ruiner son château et, peu il peu, perdit toute importance.
Ici, comme en une foule de petites localités normandes, les légendes abondent cl, entre elles, dominent les récits où ligurcnt Guillaume le Conquérant et sou jière. Ce dernier, Robcii le Magnifque, plus connu sous le nom de Uobcrt le Diable, a épuisé la verve des conteurs populaires. Son oxislonce agitée, la splendeur de sa cour, l'impéluosilé de son caractère,
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la manière dont il s'empara du trône ducal, ses caprices et sa mort, en Terre-Sainte, au retour d'un pèlerinage d'expiation, tout, en lui, était
ut pour exercer un empire sans limites sur des populations ignorantes et superstitieuses.
Satan lui-même, affirment les ballades, avait été son pèie, et ce fut au château d'Arqués que sa mère infortunée, succombant sous le poids de la douleur, laissa pénétrer l'horrible secret.
(Pour plus amples détails, relire le livret de Topera de Mcycrbeer.)
Une promenade à Arques n'est donc pas cbosc indifféiente, puisqu'elle nous met eu présence de personnages entourés du prestige en tout temps allaclié au surnaturel.
Congé pris du mysiéricux Robert, dirigeonsnous vers Caudecote et Poluviile, à l'embouchure irqucs. de la Scie. Les horizons ravissants sur la mer
et les falaises se multiplient. L'admiration n'est pas un seul instant lassée, car chaque paysage possède sa beauté propre, son attrait particulier.
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Ttnijoui> en côloyaiit la Manche, nous arrivons à V.vue.N(;eville, qui garde les ruines de la maison de plaisance du roi de Dieppe : Jean Ango.
Il y recul magnifiquement François I»-'""^ dont le goût délicat fut IVapp/' des trésors d'art accumulés par l'armateur.
Boiseries sculptées, meubles sans prix, tentures idéales, rien n'v avait été oublié. Le souverain pouvait se t roire dans une dt's résidences rovales qu'il prenait soin d'embellir. . .
Le manoir est devenu une ferme! Des splendeurs qui le rendirent un lieu enclianté, on retrouve à peine quelques débris de sculpture, des baies architecturales et les restes d'une grande peinture à fresque. Les Irésoi-s d'arl ont été dispersés ou délruils...
Mais le pays lui-même n'a pas subi cette loi du destin.
La mer y esl tuujoms aussi belle.
Avec une immuable majesté, ses Ilots arrivent du lonJ de l'immense huri/on baigner les blanches falaises, pendant que Dieppe paraît s'endoiinir an nauinnre de son éternelle mélodie...
On ne quille pas cette partie des falaises sans aller se reposer au pied du pliare d'AiLLY, situé sur une pointe hante de près de cent mètres. Sa construction date de l'année 1775. A cette époque, le gouvernement de Normandie décida de remédier aux dangers présentés par la vaste étendue de récifs qui prolongent la pointe d'Ailly.
Le phare, de première classe électrique, est un lèu tournant de minute en niiiiiili'. Sa lonr carrée, en solides pierres de taille, supporte la lanterne qui, par les nuits claires, envoie à plus de ([uarante kilomètres le brillant éclat des appareils lumineux dont elle est composée.
Nous nous arrêterions volontiers, ici, pour étudier les deux modes d'éclairage des phares ; mais, bientôt, les feux jumeaux de la célèbre pointe de la Ilève seront sous nos yeux. Attendons.
Saluons le bourg de S.vinte-Mauglerite et sa belle église, non loin de laquelle a été découverte une villa romaine, ornée d'une mosaïque si remanjuable tpie l'administration des monuments historiques a revenditjué 11' ihoil de la conserver.
l'arlout, sur le territoire de la conunune, les sépultures antiques soni nombreuses, et on y a reconnu un cimetière gallo-romain.
Aussi les visiteurs sunt-ils iininitrcux à Sunlf-MarûMierilc. Ils le ^dhI
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davantage encore à Veules, petit poi't d'échouage, où tout semble être réuni pour le plaisir des yeux.
Aux archéologues, les ruines de l'église de Saint-Nicolas, le couvent des Pénitents et la vieille maladrerie du douzième siècle, devenue la chapelle du Val.
Aux ingénieurs et aux mécaniciens, le Moulin de la Mer qui, pour force motrice, n'a pas craint d'utiliser le mouvement éternel des marées, devançant ainsi la réalisation d'un des problèmes favoris de la science moderne.
Aux artistes, aux poètes, les longues stations sur la falaise.
Aux rêveurs, les délicieuses promenades le long de la petite rivière clapotante, épandant ses vagues en miniature au milieu des campagnes rendues si fraîches, si veloutées par l'émeraude de nombreuses cressonnières.
On ne quitte pas Veules sans se promettre d'y revenir.
Le mouvement commercial de cette partie de la haute Normandie revient en entier à Saint-Valery-en-Caux, port petit, mais très sûr, et qui peut recevoir les navires môme par les vents d'ouest et du nord-ouest, si redoutés sur la côte entière. ,
La ville a été fondée, au huitième siècle, par l'apôtre qui se bâtit un asile à l'embouchure de la Somme et évangélisa le pays de Caux.
La légende ne pouvait manquer de se mêler à l'histoire. On voit saint Valéry, voulant anéantir un culte idolâtre rendu à la petite rivière qui baigne le pays, en boucher les sources avec des ballots de laine.
Le remède fut efficace, puisque l'eau ne reparut pas avant le quinzième siècle; mais quelque chose contraria de nouveau son cours, car, cent ans après, elle redevenait invisible et ne manifesta plus sa présence qu'au moment où il fut question de creuser le bassin de retenue pour abriter les barques de pêche.
La petite ville ne pouvait échapper aux maux dont souffrit pendant tant de siècles le littoral de la Manche. Anglais, Bourguignons, Français s'en rendirent alternativement maîtres. Enfin, la victoire définitive resta à Louis XI. Mais il fallut de longues années pour ramener la prospérité évanouie. Par bonheur, elle est aujourd'hui presque complète. Saint- Valery, grâce à sa situation, se voit devenu l'entrepôt de tous les produits
TE inNKKr.orR at M(i\t saint miciifi.
de l'arrondissement d'Yvetot destinés à l'exportation et, réciproquement, il reçoit les marchandises étrangères envoyées à cette dernière ville ainsi (ju'aux environs.
Deux piiares |in)lèg(,'iit rciilréo du jiort, toujours animé par le mouvc-
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Saint-Va1cry-cn-Caui.
ment quotidien de la poche côtière et de la population riveraine, car des maisons et des arbres, restes d'une promenade, l'entourent. Il arme aussi pour la pêche de la morue. Les corderies, la construction des navires, les fabriques de soude marine, les lilaturcs de coton, prouvent en faveur de l'activité des habitants.
Depuis longtemps, les baigneurs, constamment en nombre, apportent à la ville un élément nouveau de prospérité.
Saint-Valery n'est pas dépourvu de monuments. La vieille chapelle de Notre-Dame-de-Bon-Port remonte au douzième siècle.
On trouve à l'arsenal, ancien couvent de Pénitents fondé au dixseptième siècle, un très beau cloître et une chapelle encore ornée de riches sculptures sur bois de l'époque de Louis XIII.
Pour se rendre à l'église paroissiale, il faut franchir une distance d'un kilomètre au moins, et gravir une jolie colline, qui laisse entrevoir la perspective animée du port et de la ville ainsi que les champs, fort bien cultivés, dont ils sont entourés.
Sur les murs extérieurs, on distingue des reliefs de figures guerrières...
Écoutons le chant monotone de quelques pêcheurs occupés à réparer leurs filets, ou de quelques paysans travaillant dans les campagnes.
Avec un peu de bonne volonté, et en demandant la signification des mois de patois dont la chanson est cmaillée, nous aurons la clé de la scène perpétuée sur les murs de l'église : elle représente le duel héroïque soutenu par Pierre de Bréauté, un Cauchois, au siège de Bois-le-Duc, en Hollande.
Ainsi se gardera la mémoire du valeureux gentilhomme.
Tout n'est pas dit pour la prospérité de Saint-Valery. Elle ira certainement en s'accroissant, à mesure que se poursuivent les plans grandioses df'stincs à développer les ressources maritimes et territoriales de la France.
Favorisé par sa situation, l'excellent petit port ne peut que gagner à ce mouvement heureux de réveil patriotique.
Si l'on ne craint pas de franchir une distance de trente kilomètres, vers l'intérieur des terres, on peut se donner le plaisir d'aller parcourir la ville ayant composé jadis, à elle toute seule, les États et la capitale du :
Don petit roi <2'Vveiot, bien connu dans l'histoire.
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