FÉCAMP
Environ au tiers du chemin conduisant à Fécamp, par la côte, on rencontre Vr.iiETTEs, petite station maritime, près de l'embouiluire du Dlrdent.
Le sol, graduellement exhaussé, resserre le village entre deux collines élevées, d'un asiiecl fort triste, car elles sont dépourvues de verdure.
Mais la grève est si charmante, si coquette sous sa parure de sable bien fin, les falaises sont creusées en grottes si curieuses, les sources de la mignonne rivière, baignant le vallon, procurent une si agréable excursion, que, d'année en année, Veulettes voit augmenter sa population flottante de baigneurs.
Pour satisfaire à la mode du jour, un casino et un établissement de bains de mer ont été construits. Rien ne manque donc ici de ce que les touristes aiment à rencontrer.
Il y a même un monument artistique de grande valeur : l'église paroissiale, copie de la merveille gothique : Saint-Ouen, dont est doté le chef-lieu du département.
Après les falaises, très menacées par la mer, des Petites- Dalles, lieu bien connu des baigneurs aristocratiques, nous atteignons le point culminant du rivage de la haute Normandie.
Fécamp n'est pas à une altitude moindre de 128 mètres. Seules, dans le département entier, les collines de Canteleu et de Sainle-datherine, dominant la Seine, la première de I5S mètres, la seconde de 155 mètres, le dépassent en hauteur.
La vilU' doit, certainement, être d'origine fort antique. A plusieurs
reprises, on a découvert, sur son territoire, nombre de sépultures galloromaines, avec leur habituel complément de vases en terre et en verre. Plusieurs d'entre elles, selon les archéologues, peuvent remonter au premier siècle de l'ère chrétienne, et donneraient raison à l'opinion qui veut faire de Fécamp une station romaine, en traduisant son nom des deux mots latins Fisci Campus ou Fici Camfus.
Nous ne nous chargeons pas d'élucider ces questions délicates pro-
Filc.\MP. — L'Autel (Ju Précieux Sang.
duites, trop souvent, par une similitude voulue ; mais beaucoup de faits justifieraient, ici, la complaisance des étymologistes.
664 est la date certaine de l'avènement de Fécamp dans l'histoire. Saint 'V\'aninge, disciple de saint Oiien et de saint Wandrille, fonda en ce lieu une abbaye de religieuses que, vers 881, les Northmen détruisirent.
Un siècle plus tard, ces hommes du Nord étant devenus, de dévastateurs, les vigilants gardiens de la contrée, Richard I^r (en 998) substitua au monastère ruiné une abbaye de Bénédictins, placée sous le vocable de la Trinité.
in B t
1 '^Bw'
DE DINKEUUIE AU MONT SAINT-MICHK L IGI
Promplcmcnt, la renomiriée de celle abbaye s'ctablil. Klle finit par ne dépendre que du Saint-Siège et acquit des biens considérables; un de ses abbés fut élu pape.
La possession d'une relique insigne avait produit toute sa gloire. On connaît l'Iiistoire du Précieux Sang de ,\utrc-Sei(jmiir Jcsus-Chrisl, ajiiiorlé dans un tronc de figuier, qui aurait éclioué à rcniboucliure de la rivière de Fécanip.
Ce fut |)Our honorer celle relique que le duc de Normandie releva les ruines de l'abbaye primitive.
La belle église actuelle, dite de Piolrc-Damc,Si été construite au quatorzième et au quinzième siècles par les religieux, pour remplacer leur chapelle délabrée.
Le terrain environnant ayant dû s'e.xhausser, il faut descendre douze marches avant de pouvoir pénétrer dans l'édifice, où les yeux charmés s'arrêtent sur une succession de chefs-d'œuvre.
Comment ne pas admirer le pilier du centre, soutien des voûtes de plusieurs chapelles? Gomment ne donner qu'un regard distrait au groupe, travail du quinzième siècle, destiné à rappeler la consécration de l'église?...
Serait-il possible de rester indifférent devant la Dormiliun de la Vicrcje, ces belles statues polychromes groupées avec tant de charme?...
Devant les vitraux et les lambris de la chapelle Saint-Thomas? Mais, surtout, devant le Christ voilé, œuvre unique, merveille de sentiment, on peut ajouter de génie, due à un humble menuisier?...
Si longue que soit la visite, elle parait toujours trop courte, et, quoique bien dépouillée de ses richesses passées, Notre-Dame est un de ces nobles monuments dont la conservation importe à la gloire artistique d'un pays.
Bâti à rcniboucliure des rivières de Ganzeviile et de Valmont qui, réunies, prennent le nom de la ville, Fécamp étend ses rues, dont plusieurs ont une pente très raide, jusque sur la plage, malheureusement trop envahie par les galets. Cet inconvénient n'a pas empêché d'élever un fort bel établissement de bains de mer, chaque année très fréquenté.
Le port est d'un abri sûr. Déjà très amélioré, il le sera plus encore dans un avenir prochain, et son importance croîtra dans de nolables proportions. Toujours animé, il rompt agréablement l'aspect triste de la côlo, formée de roches crayeuses, abruptes, d'un blanc grisâtre.
Vues de la nier, ces falaises produisent une impression morne, aiig-
mentée par le Iroissement continuel des galets. Plusieurs d'entre elles, nous le savons, dépassent la hauteur de 100 mètres et se dressent comme des murailles à pic.
La baie formant le port a 1200 mètres d'ouverture. Deux jetées, dites du nord et du sud, la protègent. La première, emportée, en 1791, par une violente tempête, a été reconstruite en maçonnerie et poutres formant digue d'un côté et estacade brise-lames de l'autre.
La profondeur d'eau, rendue plus importante par de récents travaux, permet aux bâtiments de toute grandeur de pénétrer, malgré les vents contraires, dans le port, qui garde le premier rang, sur la Manche, pour la pèche de la morue (en Islande et à Terre-Neuve), du hareng, du maquereau. Il va sans dire que la pêche côtière n'est pas non plus dédaignée, et qu'elle donne lieu à une activité constante.
Fécamp ne veut pas rester en dehors du mouvement salutaire dont notre littoral va si largement profiter. Il y prendra, au contraire, une place appréciée, et l'avenir ne saurait manquer d'utiliser les ressources commerciales et industrielles qu'il a su se créer.
En effet, les forges, les chantiers de construction, les scieries, les fdatures, les moulins à l'huile, les minoteries, les tanneries. ..occupent toute une population de travailleurs.
Fécamp prouve ce que peut une ville industrieuse, même placée dans un voisinage redoutable. La prospérité du Havre ne la décourage pas, tout au contraire. Elle lui est un stimulant qui l'empêche d'oublier la condition maîtresse du succès : le travail.
En outre des feux éclairant les approches du port, Fécamp possède un sémaphore et, dans son voisinage immédiat, un beau phare de première classe, bâti au sommet de la falaise, près de l'antique chapelle du Bourg- Beaudoin.
Henri 1er roi d'Angleterre, fils du Conquérant, fonda ce charmant petit édifice gothique.
Tout à côté de l'église, se voyait le château, ou citadelle, fortifiée par Guillaume Longiie-Épée.
Ruinée, puis reconstruite, elle fut, un moment, au pouvoir de la Ligue.
Sans doute, il semble oiseux de raconter, après tant d'autres chroniqueurs, l'exploit du fameux Bois-Rosé. Cependant, il paraît presque aussi impossible de le passer sous silence, car une semblable légende s'impose à l'allention du lourisle.
KKCA.MP. - 1>I)NT II IN BATEAU l'OIH LA PtCHK UU HAHK.NG
DE DUNKf-ROL'K Al MONT SAINT MICHEL 165
A dessein, nous nous senons du mol légende : des critiques sérieux ayant
contesté le mode de surprise employé par Bois-Rosé.
Mais, — ne l'a-t-on pas fait mille
fois remarquer ? — il y a des fables trop
séduisantes pour qu'elles ne soient pas
mieux accueillies que l'histoire.
.. ^ ^^ .'■ ^^''' Sans le vouloir, et en dépit d'un
^'3!**i<r-^-^"^ '. ''"*§îr^ ",■■ scepticisme de bon aloi, on frissonne
l ;, ^^-5^' .^'^Z )• ■ - quand, arrivé en haut de la falaise, les
'^ ■^''"'^^^^^■^/^-C^t^^cîc^^^ chroniqueurs du pays vous racontent
'~^--v- C^j ■^- •'^,g.'^^ l'aventure chevaleresque.
"j\,,^js^ ? I Ne pouvanl enlever la ville par terre, Bois-Rosé
Tt^/:./h résolut de la surprendre du côté de la mer. Il gagna quelques soldats de la garnison, puis, tout étant bien convenu, choisissant une nuit sombre, il vint en barques, avec un groupe d'hommes détermines, attendre, au pied des roches, le cordage promis.
Les soldats tinrent parole, une forte échelle de corde
Noirc-Damc-dc-saiiii. se déroula et pendit, louchant le flot Mais il fallait,
chargés des lourdes armes de l'époque, se hisser par la
seule force du poignet jusqu'au sommet de la falaise
Impossible de reculer. La mer montante avait emporté les barques: on n'échapperait pas à son étreinte.
Les aventuriers regrettèrent peut-être l'engagement pris, mais il n'était plus temps. Bois-Rosé les pressait, mieux valait encore tenter la seule chance qui restât. Accrochés au cible, ils commencèrent l'ascension vertigineuse; le chef venait le dernier, afin de prévenir les défaillances.
En bas, la mer grondait sourdement ; en haut, ce pouvait être la mort. Et puis si la corde, qui tournoyait et s'effilait en frottant les arêtes du roc, allait rompre !
Un des aventuriers sentit son cœur faiblir il entraînerait avec lui
ses compagnons dans l'abîme
Bois Rosé, prévenu du péril, s'en fie à son audace, à sa force. Escaladant les épaules des hommes qui le précèdent, il arrive au défaillant, et, le
menaçant d'un poignard, le force à continuer la terrible ascension
Mille chances contre une se réunissaient pour empêcher la réussite. Cette chance unique prévalut; Bois-Rosé emporta le chiteau, ce qui amena la capitulation de la ville.
Peu de gymnastes voudraient renouveler pareil exploit. Ils auraient grandement raison, d'ailleurs : les falaises sont perfides. Des pans énormes glissent, parfois, tout à coup dans les flots, car il ne faut pas oublier que les courants minent la côte, et que les influences atmosphériques complètent leur œuvre dévastatrice.
FéCamp. — Petit bateau de pêche.
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CIIAITIUI': \M
DE FliCAMI' AU UAVUt l'AU UTIiETAT
Si l'aspect géncial do la cùte est triste, les campagnes sont riantes et, c'est par une route Lien ombragée, aux horizons accidentés, que l'on arrive dans la vallée prolonde où Yi'ort présente ses premières habitations., avant de se déployer jusque sur la grève. Ici, rien de remarquable, quant à la niiT, mais les délicieuses promenades des alentuurs attirent beaucoup de
Yport.
baigneurs qui, sortis de l'eau, peuvent prendre un exercice à la Ibis salutaire et agréable.
Les buts d'exciirsidii ne inainiui'iil pas. I.e vallon saiivagi' de Vaucolte et sa baie pittoi'es(pa', les sources de Grain\al, le bois tics llugiics, le rivage entier occupent largement le temps.
La population se livre à la pêche. Pour protéger l'échouage des barque?, une pclite jetée a été construite; elle suffit au nidiivoment delà navigalion;
. __ . -^ '^ prospérilé d'Yport
I tant surtout attachée a la beauté des sites ( ui renvironnent.
j -cl»
^ Le rivage change
? "%-" peu à pou. Les rochers
( rayeux vont céder la place aux falaises de sable et d.ugile mais il semble que la naluie ait voulu commen- (ei un travail gigantesque, ^ " aïKle en plein essor par le
thoc niésislible des Ilots.
La côte entière d'ÉiRETAT I iiinuiie de ce bouleversement. L'aspect en est aussi merveilleux qu'étrange.
Des obélisques, des blocs placés en arcades, des grottes.... les prodiges ne man- ([uent pas. Il y a pour plusieurs jours de surprises nouvelles.
Presque tous ces difTérents rochers ont reçu des noms spéciaux exprimant soit leur position, soit quelque particularité de leur physionomie ou de l'exploration primitive que l'on en a faite.
'' ' V La fameuse A'ujniUe d'Étretat, haute de
près de 70 mètres, s'élance d'un banc de récifs sous-marins par un jet d'une admirable mnjeslé. Deux porles, o'cst-ù-dirc deux roches percées en forme de porte ou d'arc, sont voisines de l'Aiguille et s'appellent : la première (située au nord) Porte i Amont; la seconde (située au sud) Porte d'Aval '. Une troisième, un peu éloignée, s'appelle la Manneporte.
Celle-ci est peut-être encore plus grandiose. Par une nuit calme, sous
I. 11 est bon de se rappeler que Vamont, en style maritime, est le côtii de la source d'une rivière, par exemple; Vaval, le côtO de lembouchure. On comprend dés lors les applications possilUes de ces mots.
'-^i^ys
ÉTriF.TAï. — Les falaises.
Dt: ULNKERQUE AU MONT S.\l.\T-M|i;ilKL fTl
le reûel de la lune, l'ensemble devient féerique. On croirail voir les débris du palais d'un enchanteur.
Parmi les fjroltcs, la plus considérable porte le nom de Trou à l'homme. De julies roches blanches la pavent. Sur le roc aux Guillentols, les chasseurs peuvent l'aire preuve d'adresse, en s'essayanl contre les oiseau.x de mer dont ils usurpent la place favorite.
Et, si l'un veut contempler dans toute sa beauté l'eflet de la marée moulante, le C/taïuIron, pitlore^(p^e excavation, fournit l'observatoire le plus propice.
Élretat offrait-il déjà ces merveilleuses bizarreries naturelles, quand les Romains y construisirent les villas, les maisons de bains et autres édifices dont quelques-uns ont été découverts il y a peu d'années?
Cela reste probable, .«^ans pourtant être certain, car ces parages ont subi bien des ehangements depuis les premiers temps de l'ère chrétienne.
L'église, construite sur le plan de l'église de Fécamp, et vraisemblablement par les mêmes architectes, a été, comme celle-ci, rangée parmi les monuments historiques.
On éprouve un plaisir toujours nouveau à détailler la riche ornementation de son portail.
Autrefois, le jardin du presbytère contenait une chapelle dite de Saint- Valery. C'était, avec la crypte de Saint-Gervais, à Rouen, le plus ancien des édifices religieux du département de la Seine-Inféiieure : il datait du huitième siècle, mais, absolument ruiné, on n'a pu le conserver plus longtemps.
De la falaise et de la plage, sous les galets, naissent plusieurs sources abondantes qui, refoulées au moment de la marée montante, s'épanchent librement à l'heure du reflux.
Les laveuses ne manipient pas de profiter de l'heure propice. Elles accourent, creusent le lit des ruisseaux, et, tout aussitôt, c'est un bruit de battoirs, d'éclats de rire, de voix fraîches ou enrouées dont le mélange n'est pas sans attrait. Ces groupes, ainsi opposés aux groupes de baigneurs et de pécheurs amateurs, composent des tableaux remplis d'imprévu.
Il ne faut pas manquer de se faire conter l'origine des sources, vestiges, dira le narrateur, de la rivière bue (!!) par une fée, qui voulait se
venger ainsi du mauvais accueil d'un meunier, dont le moulin étai^ situé sur ce cours d'eau.
Le moment viendra, peut-être, où la l'amcuse rivière, maintenant souterraine, Ijoignant son effort à celui des flots, contribuera à engloutir la petite ville bâtie au-dessous du niveau de la pleine mer.
Il suffirait, pour provoquer cette catastrophe, que la digue naturelle, œuvre du courant, encombrant de ses galets tant de grèves normandes, vînt à s'effondrer.
Des nombreuses stations de bains de mer de cette partie du littoral, Étretat est la plus ancienne, la plus célèbre. Tout s'y trouve réuni : beauté de la baie, charme des vallons et des coteaux voisins.
Mais, dans l'avenir, une autre importance pourra être réservée au vaste bassin formé par la ligne de cailloux délaissés à chaque marée. Un port militaire trouverait ici les meilleures conditions d'installation.
Hydrographes et ingénieurs ont, depuis longtemps, signalé les avantages de la station. L'honneur du premier projet mis en avant doit, semble-t-il, revenir à l'amiral Bonnivet, le triste favori de François 1er, qui du moins pour une fois, faisait preuve de clairvoyance et justifiait le titre qu'il avait reçu, malgré son échec dans les intrigues destinées à doter François de la couronne impériale d'Allemagne.
Toujours préoccupé de la grandeur de la France, Colbert, un instant aussi sono-ea à fonder, à Élrolat, un port, complément de la défense de nos rivages sur la Manche.
Vauban appuya ce plan avec ardeur. Mais les guerres continuelles entreprises par Louis XIV en empêchèrent la réalisation.
Pour le même motif, Napoléon dut se borner à concentrer sur Cherbourg sa sollicitude.
Reprendra-t-on l'idée ?
Il faut le désirer, si notre marine y doit trouver un élément nouveau de f^randeur et de prospérité. Il faut encore le désirer, quand même la laborieuse population des pêcheurs serait seule à profiler, d'ahord, des avantages
créés.
Le progrès obtenu par le travail intelligemment dirigé ne reste jamais infructueux.
Les circuits des falaises nous amènent au cap d'ANTiFER, élevé de IIG me-
DE !>IJNKKllQUE AU MONT SAIN T-MICHKI, 173
très au-dessus de la mer. Un sùrnapliore y a ôU; conslruit. L'Iiorizon esi toujours splendidiî, la oampague sourianlo.
Les contours de la côte se profilent, à la l'ois, sur les flots et sur le ciel.
Mais voici que les phares du cap de la Hkve deviennent distincts. .\rrèlons-nous un moment et, avant d'entrer au llàvre, le port-roi de la Manche, avant d'aller visiter ses quais, ses bassins ouverts aux plus grands steamers,
rendons-nous compte de ce qu'est un phare, un sémaphore toute cette
télégraphie maritime si intéressante, quoique si peu connue des pauvres terriens.
Ypokt. — Pi5clieiirs.
CIlAl'iTIŒ X\ll
LKS l'II.MlES UK I.V IIÈVK. LE l'Al.N IIE SLXnE. N.U. DES KI.OTS. l.F.S OOUtF.S
Le cap de la ÏTôve est situé ;\ rextiL'iiiilé nord de l'embouchure de 1? Seine; il l'orme la limite ouest du département de la Seine-Inférieure.
Le terrain a, de nouveau, changé. Les grands rochers d'I^trctat font place à des rivages escarpés, il est vrai, mais composés d'argile, de sable, de terre crayeuse sans grande consistance.
Aussi, la mer, rencontrant cette proie facile, gagne-t-elle, chaque année, de grands espaces. Le nom même du cap explique le péril dont il est menacé; on le dérive du mol hcw, signi liant frapper, être frappe.
Un banc de roches, dit de VErlat, situé aujourd'hui à prés de "2 kilomètres ilu riva^^'i', man]U(! la placi' où, en l'année 1100, s'élevait l'église de Sainlc-.Vdresse (commune renfermant le cap).
Lors([ue la tempête s'élève, l'action combinée de la pluie, du veut, des Ilots et des peJiles sources, filtrant à travers les terrains, produit les effets les plus désaslnnix. Ku une seule nuit, vers la fin de I80'2, les lalaises de la Uèvr croulèrent siu- une largeur de 15 mètres! El le moment ftpproclie où il faudra songer à reconstruire les phares menacés de s'effondrer dans l'abîme !
On compiend, dès lors, le soin vigilant avec lequel il laul tenir, ici, en bon état tous les travaux intéressant la navigation.
Le panorama ofTert du sommet du cap est un des plus beaux que l'on puisse rôver. Derrière soi et des deux côtés, des chaînes do coUines offrent de gras pâturages, des villas, des bourgs en pleine prospérité.
En face, la mer s'étend à perte de vue.
A l'exlrème gauche, du côte de l'ouest, on distingue parfois le cap de
Barfleur (département de la Manche) et Dives; plus près, c'est l'entrée de la Seine, la montagne de Honfleur. Au-dessous de soi, enfin, le Havre, son
Phares de la Hève.
port, l'incessant mouvement maritime qui le rend si attrayant.
A l'est, la vue se prolonge au delà d'Étretat; il faut un effort véritable pour s'arracher à celte contemplation.
Mais on ne saurait quitter la Hève sans visiter attentivement ses deux beaux phares.
Et, tout de suite, nous allons ouvrir une parenthèse, afin de nous mettre en garde contre une erreur trop répandue.
Beaucoup de voyageurs, peu accoutumés à réfléclnr, à observer, confondent ces deux expressions : phare et sémaphore. Ils s'imaginent que, toutes deux, se rapportent au même objet : la faute est lourde.
Un sémaphore est un télégraphe maritime. Son nom se compose de deux mois grecs voulant dire : Je porte des signes. En effet, il porte, ou autrement il envoie des messages aux navires, par le moyen de drapeaux ou pavillons, manœuvres d'une façon convenue. Lorsque nous descendrons au Havre, nous ne manquerons pas d'aller interroger le télégraphe marin de la jetée, pour nous rendre compte des signaux que, continuellement, il échange, soit avec les navires entrant au port, soit avec les navires sortant.
Sémaphore.
i)E DU.NKEUQUR AU MONT SAINT-MICHEL 177
Un pliare (on rappelle parfois aussi : fanal, tour à feu, à cause do sa forme) est destiné à éclairer l'entrée d'un port, la place d'un éciieil dangereux, les contours d'une côte périlleuse. Fii un mot, il a pour mission de guider la marche des navires pondant la nuit.
On se souvient que la première tour à feu connue fut élevée par le roi d'Egypte l'tolémée, quatre cent soixante-di.\ ans avant l'ère chrétienne, sur une montagne de ses Étals appelée Pharos^. La tour prit le nom de la montagne et, depuis, le mot phare a été généralement adopté.
Dans le principe, on éclairait les tours à fou au moyen de bûchers
Lentille de pliaie.
plus ou moins soigncusomcnt entretenus; mais il en résultait une lumière ou trop faible ou Irop v;iiiable.
Do nos juurs, le service de ces utiles établissements a été organisé d'une admirable façon, et le nom do Fni-s.NEi,' sera toujours prononcé avec reconnaissance par les marins. 11 inventa tout un système de ré/kcteurs, ainsi que les lentilles à échelons.
1. Dans une ile, plus lard réunie, par une digue, à .Alexandrie.
2. Ansiisle-Jean Frosnel naquit en 1788, dans !o déparlemoni de l'Eure, à liroglio. Celait un iréc savant uigénieiir, ,|iii niodilia, sur plusieurs points. IVnsoitrnenient do cette science si itnporl.inle. j-, physique. 11 perlectionua les oliares et inventa le sjstèine dit : pitaru lenticulaires. 11 mourut en Is'i:
Pour se rendre compte de ces dernières, il suffit de regarder une pcrsieniie. Les lames en bois de celle-ci ont servi de modèle aux échelons de celles-là.
Par une telle disposition, la lumière d'une seule lampe atteint un éclat que donneraient à peine quatre mille lampes ordinaires! On voit tout de suite les immenses avantages du système Fresnel.
Les phares à appareils lenticulaires sont appelés dioptrigues, par allusion aux divers milieux que la lumière doit traverser.
Les phares à appareils à réverbères sont appelés catoplriques, par analogie à la manière dont la lumière vient se réfléchir sur des surfaces polies. Les appareils de la Ilève sont dioptriques.
Les phares sont divisés en plusieurs classes, selon la distance où leur éclat se projette. Ceux de premier ordre sont visibles à près de 60 kilomètres. Ceux de second ordre peuvent porter leur bienfaisant rayon à 40 kilomètres. Ceux de troisième ordre ne dépassent pas une distance de 24 kilomètres.
Comme il arrive que les difficultés d'une côte peuvent nécessiter la construction de phares assez rapprochés, on a remédié aux dangers qui en résulteraient, pour les navigateurs, par les plus ingénieuses combinaisons.
Ainsi, il y a des phares à feu fixe; d'autres sont à celais visibles pendant un espace de temps déterminé; d'autres sont à feu tournant, variant de couleur.
Un phare, généralement, ressemble à une grande colonne que surmonte l'appareil éclairant connu sous le nom de lanterne.
Le rez-de-chaussée est occupé par les chambres des gardiens et la cuisine. Un escalier en fer monte en spirale jusqu'à la plate-forme. Les moindres détails acquièrent une importance capitale, car de leur bon fonctionnement dépend l'uLililé du phare. Et si, par malheur, la négligence du gardien en omettait quelques-uns, des sinistres maritimes irréparables pourraient s'ensuivre.
Entrons, d'abord, dans la chambre dite de quart. Ce nom est essentiellement du domaine de la marine. 11 vient de cette circonstance, qu'à
DE DUNKEUQUE M MONT S \|\T-Mirj|EI, IT'J
bord d'un nnvire, réquipage veille, alternativena-nl, de quatre Aeurcj en qualp.' heures eliarpie iiuil.
F^es pliares de première classe ont, ordinairement, plusieurs gardiens (|ui se partagent la surveillance de la lampe. La chambre de (piarl n'a pour tout meuble (pi'un fauteuil, une table, une pendule.
Trois boutons de sonnette s'incrustent dans le mur; chacun d'eux corres[)ond à une des chambres du rez-de-chaussée occupées par les autres gardiens. Lorsque le veilleur a terminé son quart, il presse l'un des boutons, et le remplaçant, averti, se hâte de venir prendre son poste.
Caamljre do nuarL
Au iiiiiiiMi <!(' la l;iiiterpc, remarquons un long tube perpendiculaire dans lc(|iicl montent et descendent les contre-poids faisant mouvoir le mécanisme de la lampe.
Si le feu est fixe, nul autre soin à piciuire que de veiller à ce que les mèches fonctionnent parlailement.
Si le feu est à (xlaix, il faut s'assurer, de temps en temps, que l'écran, destiné à voiler la lumière, glisse avec régularité et juste pendant les moments précisés sur les livres indicateurs.
De même, si le feu est, par exemple, blanc d'abord, vert ensuite, il
est nécessaire de surveiller le passage des disques colores au-devant de la
lampe.
Tous ces divers changements, et leur durée respective, sont connus des navigateurs; il peuvent, avec une entière sécurité, s'en rapporter à leurs livres, car le service des phares, comme celui des sémaphores, est organisé strictement, régulièrement.
Quelques phares ont été alimentés au gaz et le résultat obtenu fut heureux. Maintenant, on étudie remploi de la lumière électrique. Le port
du Havre est, depuis peu, éclairé par ce procédé. Mais l'attente générale a été déçue. Les plaintes se sont multipliées. Ce n'est qu'une affaire de temps. Les savants ont trouvé un moyen pratique pour généraliser l'emploi utile et facile de cette merveilleuse lumière.
M. Reynaud, ancien inspecteur des phares, a beaucoup contribué à cet important perfectionnement.
Maintenant que nous avons pu apprécier à leur juste mérite, non seulement les belles constructions des phares, mais les services qu'elles ren-
DE DUNKEC.Qin AU «ONT SAINT-MIClirL <«v
dciit, prenons le sentier conduisant à Sainte-Adresse; il nous nicnora ensuite au Havre.
Ne nous approchons pas trop du bord de la falaise, le terrain pourrait crouler sous nos pieds.
A mi-clicmin des phares, nous trouverons un des amers* de cette partie de la côte normande.
C'est le monument élevé à la mémoire du général Lcfcbvro-Dcsnoucltes, morl dans un naufrage, en vue des cotes de France.
.-^fc
Kolrc Danicdos-Flols.
La forme oaraclérislique de ce polit édiilcc lui a valu le nom, très bien trouvé, de pain île sucre.
Le joli cluclicr de Notre-Djinc-des-Flols, gracieuse cliapolle moderne, construite dans le si vie du treizième siècle, est encore un point de rej>ôre important pour le marin. Le promeneur y trouve l'occasion d'une très agréable visite, car le panorama ga^,Mic de plus en plus en beauté souriante et variée.
1. Nous avons dcjii donné la signincalioii de ce mot, qui pojl C:lrc traduit par : poin( de rcuVe
Tout en cheminant, nous donnons de longs regards à la vaste étendue des (lois, ainsi qu'aux charmantes villas qui, de tous côtés, s'élèvent sur le moindre coin de terrain permettant d'obtenir une échappée de perspective
Bouée noire et rouge.
vers la mer. Nous voyons les navires, les barques, les canots passer et disparaître, soit à l'horizon, soit vers le port.
De temps en temps, du milieu des vagues, nous apercevons des objets
Ui J^^'
Louùe IloUaiitc
qui suivent leur balancement. Ils semblent être de couleur noire, rouge oii blanche; parfois, ces teintes sont mélangées et disposées soit eu bandes, soit en damiers.
Ces objets, fabriqués en liège, en tôle ou en bois, sont les bouées, de.s-
riE DI .NKERQUE AL' MONT SAINT-MICHEL 18a
lini'i's M Iruccr l;i route des navires au iiioinciil, souvent périlleux, où le port psl eu vue. En effet, près des rivages, le fond de la mer se relève, et des écueils, cacliès par une minime profondeur d'eau, pourraient, sans les bouées, causer plus d'un n:!iifrage.
Le souMuet des récifs émergeant de l'onde est, parfois aussi, peint selon les places qu'ils occupent.
Car, souvenons-nous combien il est nécessaire, pour le capitaine d'un navire, de compter sur un ordre rigoureux dans le système des bouées, puisciue, sans ces précautions, il échouerait là, même, où il croirait trouver le salut.
Bouée nollanle.
Lorsqu'un bâtiment arrive au port, il laisse à sa droite, ou tribord, les bouées rouges, et doit trouver à sa gauche, ou bâbord, les bouées noires.
Quelquefois, au milieu de la passe, se balancent d'autres bouées peintes ei noir et m rouge, mais celles-là indiquent que, de ch:ique coté de l'écueil. on trouvera une profondeur d'eau suffisante.
En lin, il y a des bouées entièrement blanches. On les appelle bouées d'amarrage, par cette raison que les navires peuvent y nouer un cordage et attendre, en cet endroit, selon les besoins du service.
Quand la bouée est de danger, c'est-à-dire quand elle signale un récif, Is nom donné à la place y est inscrit en lettres apparentes.
Dans les passes d'un port, cbacun de ces signaux est numéroté. Les
bouées de gauche portent les chilTres impairs; les bouées de droite, les chiffres pairs.
Il y a encore un système de bouées usité pour certains parages dont il est urgent de signaler l'approche. Le dessin l'explique suffisamment.
La petite cloche, frappée par les marteaux dont elle est entourée, résonne au moindre choc du roulis, et avertit le marin de prendre garde'
1. Le Musée de Marine contient des modèles de phares, de bouées, de balises avec explication de leur système. Il possède également des modèles de bateaux pécheurs ds nos côtes et de bonnes aquarelles de navires marchands.
Clochette de boiié