‹ Le littoral de la France (volume 2)Chapitre 17 sur 54 · I.K HAVKK. — I.K SKMAPIIOUF. l'AVolSI · texte numérisé non relu

I.K HAVKK. — I.K SKMAPIIOUF. l'AVolSI

cii.\iMTi;i': wiii

Sun LA JETKE.

LES SEMAPUORES

I>i' lliivio est une l'ort jolie, une Ibrl agréable ville; mais, selon nous, sou plus vif altrail vient de l'aolivité débordante, de raiiinialion (|ui euiplisscul son port.

RarcnienI, quebjues instants s'écoulent sans qu'un navire, une barque,

un canot entrent on sortent Aussi, nous détournant un peu de notre

route, allons-nous nous rendre à la jetée, près du séniapliore, d'où

3»^ fi^if"C- '^ —

Maiclio des navirt

nous pourrons conimodément, nous faire explifpier les signaux inariliines.

Mais, auparavant, voyons, à lliorizon, ces navires (|ui apprêtent leurs (eux de nuit (dessins n" 1). Une plus longue explication serait inutile. Nous ne clierclierons pas davantage à faire mieux comj)rendre la marclie de deux liàliuients à voile, courant l'un sur l'autre.

l.cs navires à vapeur exécutent une nianujuvre semblable, rendue très claire |iar les dessins n' "J.

Tout d'abord, sachons que les stations sémaphoriques françaises correspondent avec les bâtiments de toutes nationalités. Un code commercial a été rédigé, qui permet d'interpréter les signaux divers et de leur répondre.

Un service météorologique, admirablement organisé depuis quelques années, avertit de tous les changements graves qui peuvent survenir dans l'atmosphère.

Ce genre de signaux se fait au moyen de cônes et de cylindres.

Ainsi, supposons qu'un fort coup de vent va venir du nord, le sémaphore hisse un cône pointu en haut, c'est le signe nord : si le vent vient du sud, la pointe est tournée vers le bas; si les coups de vent menacent d'être tournants ou successifs, on arbore un cylindre; si l'ouragan est dangereux et qu'il porte au nord, le cylindre sera surmonté d'un cône, placé la pointe en l'air; le contraire a lieu quand la tempête à redouter arrive du sud : le cylindre, alors, surmonte le cône dont la pointe est abaissée.

Lorsqu'un navire ne voit aucun signal météorologique, il questionne assez ordinairement le sémaphore par le moyen de deux boules placées, l'une au-dessus, l'autre au-dessous d'une petite flamme.

Un simple mât supporte les signaux le plus souvent employés.

Pendant la nuit, on ajoute un feu blanc dit de marée, mais il ne reste allumé qu'autant que la profondeur du chenal est suffisamment pourvue d'eau. Dès que la mer a perdu la hauteur de deux mètres, le feu de marée s'éteint.

Voyons, à présent, ce pavillon blanc encadré de bleu. Pourquoi l'a-t-on hissé? Il indique aux bâtiments que les bassins sont ouverts et que, par conséquent, le chemin est libre (Voir les dessins page 195).

Mais, tout à coup, ce pavillon s'abaisse et un autre, de couleur rouge, le remplace.

Cette manœuvre veut dire qu'une circonstance quelconque interdit l'accès du port, et défend tout mouveraeal dans l'avant-port.

Ce second drapeau fait bientôt place à un troisième, de couleur verte.

Celui-ci ne s'adresse qu'aux navires déjà ancrés dans le port. Il leur signifie que la sortie est impossible.

Pour qu'un capitaine de navire sache s'il peut entrer dans le port, l'indication i[ue la route est libre ne lui suflit pas. Selon la force et la giandeur

DE DUNKERQIE AU MONT SAINT-MICIIEL 189

du bûlimcnl, il fiiiil une plus ou moins notable quantilé d'eau sous sa cale.

Le sôiiia|ilioie donne cet utile renseignement au moyen d'un système de ballons, disposés d'après tout un code connu des navigateurs. Le tableau suivant lait apprécier ce système et comprendre, d'un coup d'oeil, son indispensable mécanisme.

Immédialemoiit, le cai)itaini' sait de (iiiel liranl d'eau' il peut disposer et agit selon les nécessités de sa situation.

Mais nous apercevons un petit pavillon triangulaire, nommé jlamme.

ilalloiis pour le tirant d'eau.

bisse au-dessus du pavillon national d'un navire en vue. Il sii^nifie que ce navire veut entrer en communication avec le sémaphore et qu'il va, par suite, lui adresser une série de questions.

La première de toutes sera pour demander un pilote, car, le plus ordinairement, un capitaine ne se soucie pas d'entrer sans guide, surtout si,

1. On apprllc, en marine, tiranl d\'au, la profondeur à laquelle un navire enfonce pour obtenir une marche facile et régulière. Naturellement, celle profondeur varie avec la force du navire et son char-

t'enient.

depuis longtemps, il est absent de France. Le fond de la mer, les côtes de certains parages sont sujets à se modifier profondément et les pilotes, seuls, peuvent savoir tenir compte des changements survenus.

Leur profession les y oblige. Un pilote, à bord, est maître du bâtiment, il en répond; le capitaine est déchargé, à cet instant, de sa propre respon-

sabilité; il n'a plus qu'un devoir : fournir au nouveau commandant les moyens de remplir sa mission.

A l'appel du pavillon bleu et blanc, un petit bateau se détache du port. C'est l'embarcation du pilohi, qui va où il est demandé. 11 a eu bien soin de consulter le temps.

De leur côté, les gardes du sémaphore n'ont point négligé de donner les indications concernant l'état du ciel.

C'est ainsi qu'un pavillon jaune annonce une baisse barométrique, et, par suite, un mauvais temps probable. Une flamme jaune et bleue fait connaître l'élévation barométrique.

DE nUNKERQUE AU MONT SAINT-MICHEL 191

Quelquefois, par malheur, un pavillon noir est arboré. Ce signe de deuil caracti'rise un sinistre arrivé a bord d'un navire ou d'une enibarcalion quelconque.

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Sipiaui h lenlric des port».

Mais le pilote est parti, appelé, ainsi qu'on vient de le dire, pendant le

Signaux m^tfnrolofiques.

joiir, par un pavillon bleu et blanc; pendant la nuit, par un feu blanc, allcrnalivcnient visible et caché.

19i! LE LITTORAL DE LA FRANCE

Nous supposons être au pied du sémaphore, pendant le jour, et nous continuons à examiner les signaux qu'il échange.

La planche des pavillons usités pour les bâtiments de commerce montre la simplicité du mécanisme et les combinaisons multiples que l'on peut en tirer. Chaque navire a un livre spécial, dit de signaux, où ces combinaisons se trouvent expliquées. Les erreurs ne sont donc pas possibles.

On le voit, les stations sémaphoriques sont indispensables et rendent les services les plus variés, les plus grands.

Grâce au sémaphore, un navire en vue peut échapper aux dangers multiples de l'abord des côtes; il peut, si le temps lui est précieux, s'il veut de l'aide, des vivres.... être certain que ses demandes, comprises et fidèlement traduites, répondront, sans erreur possible, à ses besoins.

En un mot, le sémaphore est digne du nom qu'on lui a imposé. C'est uu messager sur, attentif, toujours prêt à accomplir son service.

Ajoutons qu'aux jours de fête il met une note joyeuse dans l'ensemble des décorations navales. On n'oublie plus l'aspect d'un sémaphore illuminé et pavoisé quand on a eu cette vue pittoresque.

Cependant, la marée se montrant favorable, un grand nombre de navires se dirigent vers le port.

Nous remarquerons que beaucoup d'entre eux se ressemblent. On en comprend facilement la raison. Chaque port ayant un trafic à peu près déterminé par les facilités de commerce et de communications qu'il offre, les capitaines de bâtiments savent où aborder de préférence, et à quels armateurs s'attacher.

D"un autre côté, les nécessités du négoce réclament l'emploi de certains types de construction. Successivement, nous voyons défiler les navires que l'on rencontre le plus souvent en mer.

Et, tout d'abord, examinons cette embarcation qui se hâte d'aller visiter les bâtiments signalés. Elle porte un pavillon jaune.

C'est l'embarcation du service sanitaire. Autrement dit, on va s'assurer si les nouveaux arrivés ne peuvent répandre dans la ville les germes de maladies épidémiques; car, par malheur, certains pays sont le foyer des plus terribles contagions : le choléra asiatique, la fièvre jaune, la peste sont facilement apportés par les navires, et il est urgent de savoir si rien de semblable n'est à redouter.

Pour cela, non seulement une visite est faite, mais chaque bâtiment

DE ItUNKEUgLK Al MU.NT SAI.M -MICHEL l'Jj

doit être pourvu d'une patente en règle. Ce mot : palentc, s'applif|iie à une pièce signée, soit par l'autorité consulaire du port d'où il arrive, soil par le comité de santé de ce même port. On dit que la patente est brûle, lorsque le bâtiment arrive d'un pays affligé par une maladie contagieuse.

La patente est suspecte, lorsque le navire a communiqué, pendant son voyage, soit avec des ports, soit avec d'autres bâtiments, dont l'état sanitaire ne pouvait être constaté, l-a patente est nelte, lorsque tous les pa- |)iers, ainsi (jue le journal du bord, prouvent qu'aucun doute ne saurait être élevé contre la santé générale.

Lorsque cette dernière condition n'existe pas, une quarantaine plus ou moins longue est imposée. Le comité sanitaire du port décide de la durée de la quarantaine. Le nom imposé à cette mesure humanitaire rappelle (lu'autrclois il fallait se résigner à attendre une période de quarante jours avant de pouvoir débarquer, lorsque l'on arrivait de pays siisiicclés d'épidémie. C'est au comité sanitaire à déterminer la longueur de l'attente.

Après le bateau-pilote, après le conseil de santé, nous voyons le remorqueur. Son nom lait comiircndrc le service auquel il est alfocté. Beaucoup de navires ne pouriaicnt facilement entrer au port, s'ils n'avaient le secours du remorqueur.

Voici que, devant nous, passe un trais-mâts, bâtiment essentiellement maichiiiul, que l'on iqipelle ainsi parce que sa mâture est composée d'un grand mdl, d'un mât do misaine et d'un mât (ïarlimon.

E-\aminons bien le dessin, pour nous rendre compte de ce que l'on entend par ces divers noms donnés à la mâture. En plus de ceux ([ue nous venons de citer, nous voyons les huniers, voiles établies sur les mâts de hune, c'ost-â-dire sur les mâts des plates-formes ajoutées aux mâts principaux.

L'aspect des hunes est celui d'un carré long, dont l'arrière et l'avant sont un jieu anondis. Au milieu, est une ouverture nommée : trou du chat, assez large pour permettre à un homme de passer, de chaque côté, le long du mât qu'elles enserienl.

Chaque hune porte le nom du mât au(iuel elle est adaptée : ainsi on dit une hune de misaine, d'artimon; celle du grand mât est appelée yrund'ltunc.

iy*j LE LITTORAL DE LA FRANCE

Le dessin donne une très exacte figure de ces différentes dispositions; nous n'y insisterons donc pas.

Après le trois-mâts, voici un chasse-marée. Ce bâtiment est spécial aux côtes de Bretagne, où il sert à la pèche et au petit cabotage. Parfois, il n'est pas complètement ponté; mais, seuls, les plus petits d'entre eux se trouvent dans ces conditions. La voilure du chasse-marée est usitée pour la plupart des embarcations, principalement dans les ports de l'Océan.

La goélette est un petit bâtiment à deux mâts. Il ne faut pas oublier que, dans le nombre des mâts, on ne compte jamais le beaupré, mât indispensable à un navire.

Il y a des goélettes de guerre d'une assez forte dimension; mais, en général, la capacité de ces navires ne dépasse pas cent tonneaux. Le dessin prouve à quel point ils sont légers, lins et bien disposés pour la marche. Généralement, ils n'ont pas de hune, et leurs mâts sont inclinés en arrière.

Les goélettes sont employées pour la pêche et le cabotage. Ce genre de bâtiment est appelé schooner en Angleterre.

Les navires connus sous le nom de bricks, bries ou brigs (on emploie indifféremment ces trois mots) n'ont que deux mâts, comme les précédents, mais ils portent des hunes et des voiles supplémentaires nommées bonnettes et cacatois. En général, le grand mât des bricks est incliné sur l'arrière. Leur tonnage peut être assez élevé; le commerce les emploie beaucoup. Il y a des bricks de guerre et des cannonières-bricks ; ces derniers servent presque toujours à escorter les convois.

Nous voyons encore des trois-mâts carrés , des trois-mâts- Pieu . Ces noms sont donnés d'après la disposition des voiles, des mâts, et les dessins les font comprendre sans peine . Du reste, il est facile de se rendre compte que, pour un marin, le moindre changement dans la voilure est chose fort importante, et qu'avec ces modifications doivent également varier les appellations. Suivant les pays, l'emploi des navires et les noms les plus divers sont appliqués. L'expérience, seule, permet de distinguer ce qui, pour le simple spectateur, ne semble pas souvent entraîner une différence notable.

Après les navires à voiles, paraît un batea^i à vapeur, et, avec lui, tout un nouveau système de giéement ou voilure.

A la vapeur appartient, maintenant, l'empire de la mer, en attendant que l'électricité l'ail détrônée.

Il y a loin des bateaux à vapeurs actuels à ces lourds et encombrants

DE DLNKERQUE AU MONT SAINT-MICIIRI. 19j

navires dfs premières expériences. Des roues, placées sur clia(|ue côlé, étaient ciiri'nnr-cs dans d'immenses tambours, dont la laideur était le moindre défaut. Actucllciucnt, les bateaux que l'on construit sont mus par Vliclice, merveilleux apjiareil que nous apprécierons à sa valeur en visitant un Tr(ins(itla)tti(jnr.

Au sujet de celle découverte, n'oublions pas de rappeler le nom de Pierre Sauvage, dont nous connaissons le génie et l'infortune.

Dans un bateau à vnprur, les voiles, on le conçoit, <lovieMnent un

lv^ ef ,^ lluil 1l<<vt)

Pont (l'un trois-mJts.

accessoire de la niacliinc, mais un accessoire indispensable; car un accident peut arriver, (|iii ne permette pas de faire usage du moteur et laisserait le navire en délrosse, s'il n'avail ses mâts prêts à ])roliler du moindre souffle de vent.

Pendant que passe un beau troix-mâts, revenant chargé de bois précieux, examinons son pont tout à loisir. Nous apercevons le pied des mâts, les nombreuses poulies servant à mainlenir les voiles et les vergues, tous ces cordages qui preniicnt cent noms différents, suivant qu'ils servent ù tel ou tel usage.

C'est, vraiment, dans une de ces merveilleuses constructions navales a voiles qu'éclate l'intelligence humaine. Chaque bout de corde, chaque pouce de toile a son emploi déterminé. Au moment du danger, tout sera utilisé, et, si une catastrophe survient, elle n'aura lieu qu'après que chaque moyen de salut aura été, tour à tour, impuissant à conjurer le mal.

Mais, pendant que nous regardions défder les bâtiments, le flot a continué à monter, La mer, maintenant, atteint sa plus grande hauteur et une énorme masse se profile à l'horizon. C'est un navire de la Compagnie Transallanliqne qui se dispose à entrer. Nous pourrons le visiter en détail, lorsqu'il sera à l'ancrage dans un des bassins. Contentons-nous donc de le voir passer, majestueux, au milieu de la foule des autres bâtiments devenus, devant lui, comme autant de nains placés côte à côte près d'un géant, afin d'en faire ressortir les splendides proportions.

Donnons encore un regard à la belle étendue de mer déroulée au loin sous le ciel. Les vagues se sont aplanies, le soleil s'est dégagé des nuages, la journée promet d'être radieuse. Remettons-nous en marche pour parcourir la ville.

Le Havre. — Les qunis.

CIJAriTRE XIX

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