‹ Le littoral de la France (volume 2)Chapitre 23 sur 54 · Italie lie sabiti situé à l'emboucliure de la Seine · texte numérisé non relu

Italie lie sabiti situé à l'emboucliure de la Seine

Un long cri de douleur jaillit de la poitrine des nombreux témoins qui, de plusieurs emplacements, assistaient au drame.

Un nouvel acte d'héroïsme commenta ce cri.

Le bateau de sauvetage n° 4, sous les ordres du patron Julien Leblanc, frère de l'un des pilotes disparus, sortit sans hésitation. . .

Tout prédisait une seconde catastrophe. N'importe! Tant que l'on n'avait pas absolument perdu espoir de sauver une des victimes, il eût été lâche de reculer !...

Pas un des hommes de l'équipage ne recula.

Braver la mort pour des inconnus, c'est le devoir journalier simplement, complèlement assumé.

Avec quelle indomptable énergie ne le braverait-on pas pour des parents, des camarades dont le dévouement eût été aussi spontané, aussi absolu !

Mais le nouveau bateau sortit en vain. Il n'échappa que par miracle à la tempête, et ne put ramener un seul des nauft-agés.

La journée n'était pas achevée, que l'on apprenait deux autres malheurs. L'équipage entier du sloop en détresse avait péri et un des hommes du bateau-pilote no 2, patron Dessoyers (frère, comme Leblanc, d'un 'des morts du bateau n" 3), avait été enlevé par la mer, le matin même, au travers de Barfleur. On comptait donc dix-huit morts : les onze lamaneurs du bateau Lecroisey; les six marins du sloop, qui s'appelait le Vivid et était attaché au port de Saint-Vaast-la-Hougue; puis le lamaneur MarioUe, âgé de 26 ans, enlevé par un coup de mer du bateau Dessoyers.

La journée entière ne compta que des péripéties désastreuses : barques échouées, bateaux défoncés! Mais pour ceux-là, du moins, il n'était question que de pertes matérielles; on ne s'en occupa pas. Le Havre se trouvait plongé dans une consternation trop profonde et cherchait déjà les moyens efficaces pour secourir les huit veuves et les vinjC-cinq orphelins laissés par l'équipage englouti !

A Saint-Vaas',-la-Houguo, les familles des marins du Vivid pleuraient, elles aussi, et envisageaient l'avenir avec terreur.

Le lendemain, à marée basse, on ti'ouvait au milieu des vases de la côte de Honfleur les corps des malheureux disparus.

Sauf celui de Pierre Moncus, dont la famille désira l'inhumation à Honfleur, lieu de sa naissance, ils furent ramenés au Havre, où des obsèques imposantes eurent lieu en leur honneur.

La ville était sous le poids d'un deuil public, car personne n'ignorait

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DR Iir.NKKIlOrK AU MONT SAINT-MHIIIEL 251

les moindres circonslances de la vie et de la mort de ceux que, si souvent, on avait félicites à la suite d'un difficile sauvetage.

Ou portait syni|iatliiquenicnl les yeux sur les pilotes et les membres des Sociétés de sauveteurs, venus pour rendre lioinmage à leurs infortunés amis.

Quelques mois plus tard, en août 1882, avait lieu l'épilogue de la funèbre cérémonie.

La Société de sauvetage havraise tenait sa réunion annuelle et, parmi les actes héroïques dont elle garde procès-verbal sur ses registres, on trouvait la mention suivante ;

Sauvés à l'eati par les membres de la Société :

1202 hommes, parmi lesquels sont compris les équipages et les passagers de 81 navires, au sauvetage desquels ils ont contribué; 26 femmes; 84 ealaiils.

Soit : IÔ12 personnes conservées à la vie.

Nous ne relevons pas les chiffres se rapportant aux incendies et aux mille occasions de se dévouer que ne laissent point passer les sauveteurs.

11 nous suffit d'avoir essayé de rappeler les affreuses éventualités menaçant riiommo qui a pris la mer pour champ de sou activité. 11 nous suffit encore d'avoir essayé d'éveiller le respect et la sympathie que méritent si pleinement les généreux enrôlés des diverses Sociétés de sauvetage.

Dans chaque port, le nom de quelques-uns d'entre eux est légendaire. A Dieppe, nous avons salué le monument élevé à Douzard et serré la main do Louis Vain.

Au Havre, la mémoire de Duuécu est célèbre. Fendant une existence de soixante-deux ans (né en 1812, — mort en 1874), on pourrait presque compter les joiirs où il ne se dévoua pas pour ses semblables.

Un de ses biographes, M. Edouard Alexandre, nous apprend que, à peine entré dans sa sixième année, Durécu se signalait déjà par une bonté, une énergie admirables.

A huit uns, il accomplit son premier sauvetage: celui de deux enfants CM dauj'or (le se noyer.

Plus de deiix cent personnes lui durent d'avoir conservé la vie.

a Puis, à la suite d'une terrible blessure reçue dans l'exercice du « noble apostolat qu'il s'était imposé, Durécu demeura languissant, incom- « plètement guéri. Nélaton lui-même ne put parvenir à ranimer son énergie « éteinte. Notre grand sauveteur devait tomber sur le champ de bataille du « dévouement. Il y tomba, en effet, car la maladie rui l'a enlevé ne fut c. qu'une conséquence de sa blessure. »

Et, ainsi, d'un bout à l'autre du littoral français, se déroule la glorieuse liste, gardant la mémoire de héros dont beaucoup resteront inconnus pour la généralité de leurs concitoyens.

Ils ne pouvaient compter sur de brillantes récompenses : on obtient difficilement la croix de la Légion d'honneur, quand on se borne à combattre pour la vie de ses semblables.

Plusieurs, même, savaient qu'avec eux disparaîtraient les humbles ressources de leurs familles, et ils étaient privés de la consolation de penser qu'une minime pension assurerait le pain des chers aimés..,. Car, jusqu'en ces derniers temps, la mort trouvée pendant l'accomplissement d'un sauvetage ne léguait aucun droit à la veuve, aux enfants survivants!

Rien n'a arrêté ces forts dans leur sacrifice. Pénétrés de la sublime folie de l'humanité, ils ont cru naturel de tout subir pour rester à la h:\uleur du devoir accepté...

Nous n'avons qu'un moyen de reconnaître leur héroïsme : honorer ceux qui survivent, ne jamais oublier ceux qui ont succombé!...

Bateau de sauvetajo.

ClIAPITRI- WIII

LES ÉIRANGtUS AU IIAVIŒ. — LES ItÉGATES

Nous ne qiiillcrons pas le Havre sous l'iuipressioii pénible que de tels souvenirs ('voquenl. F.a mer, comme notre existence, est faite de contrastes.

lni|)étueuse destructrice, elle sait devenir l'instrument civilisateur par excellence, et sa voix, ou douce ou puissante, sait toujours s'harmoniser av.c le travail ou avec la joie.

La belle cité liavraise nous fera assister à ces diverses transformations. Favorisée par sa situation, elle a installé des services maritimes réguliers pour diverses villes françaises et étrangères : Londres, Soulhamplon, et les autres principaux ports d'Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande; ainsi que pour la Belgique, la Hollande, Hambourg, la Russie septentrionale et méridionale, la Turquie....

ba grande Compagnie transatlantique en a fait son principal port d'attaclic, et ce n'est pas un des moindres attraits offerts par une promenade sur la jetée, qn(; l'arrivée de ces majestueux paquebots toujours encombrés de passagers.

Les fonctions de consul ne sont donc pas, au Havre, une sinécure, et l'on ne peut guère marcher quelques instants au hasard sans renl'iinlrer un visage exotique, sans entendre un accent décelant la nalioiialilé du passant.

l'eiidanl l'été, des milli(M"s de iiromeneurs, déversés par les trains de plaisir, viennent se grouper sur les quais, contemplant les nombreux pavillons étrangers, ou assaillant les bateaux à vapeur qui font quotidiennement les traversées de Honlleur et de Trouville.

Au temps des régales, le mouvement, l'agitation se décuplent encore.

Onnammc pour les régates.

Soldats anglais.

2o-i LE LITTORAL DE LA FRANCE

Le sport nautique havrais jouit d'une universelle renommée. Les plus glorieux champions internationaux tiennent à honneur de venir se mesurer avec nos propres champions. Tous les modèles connus, perfectionnés ou nouveaux d'embarcations, défilent sous les yeux des juges, des curieux étonnés et d'un public spécial qui, instruit depuis l'enfance dans l'art difficile de la navigation, saura acclamer, comme il convient, les >iijfck vainqueurs, ou relever le courage des vaincus.

'i 1^ Le spectacle est à la fois grandiose et charmant.

Les embarcations ont revêtu leur tenue de fête. Nul ne pourrait se douter que plus d'une, parmi elles, a subi le choc de l'ouragan. Les peintures brillent, les cordages semblent neufs, partout l'acier étincelle et les voiles, mieux que jamais, justifient la définition poétique : des ailes d'oiseau.

Lorsque passe un concurrent redoutable, des hourras bruyants le saluent. Combien il en a entendu le splendide yacht, si parfaitement nommé la Fauvette.... Sa fine carène, sa coquette voilure, son fier ensemble, la vivacité, la facilité extrême de ses manœuvres, la grâce de ses allures en font, certes, le type le plus accompli de l'art du constructeur français.

C'est pendant une de ces merveilleuses fêtes maritimes que les novices peuvent apprendre à reconnaître les catégories diverses d'embarcations et de navires. Canots ordinaires ou de plaisance, modestes barques de pêche, chaloupes, yoles, péniches, yachts, et ainsi de suite. On trouvera toujours quelque marin complaisant qui fera distinguer les détails de voilure ou de construction échappant si facilement aux yeux inexpérimentés.

Yaclilinun. r\ > ' , , . ■

Un n éprouve qu un regret : celui de ne plus rencontrer les vieux costumes qui, autrefois, donnaient une physionomie particulière à ce peuple de travailleurs. Mais le temps est passé où le pêcheur s'affublait si lourdement, peut-être, pourtant d'une façon plus hygiénique que maintenant.

On rencontrera, néanmoins, plus d'un brave poursuivant de soles ou

DE DCNKERQUE AU MONT SMNTMICIIF.I.

de lurl)ols, fidèle au vaste bonnet en l'eutre ou en laine foulée, qui protège la nuque et la plus grande partie des épaules.

Ce n'est pas très élégant; mais, en rcvanclie, c'est très sain, et cela vaut mieux.

Les femmes, non plus, ne se montrent guère avec la coiffe qui encadrait si bien leur visage, quoiqu'elle n'ait pas l'élégance des coiffes des Cauchoises et des habitantes de Bayeux, ou avec le haut bonnet de dentelle, souvenir des hennins du moyen âge.

Les affreux vêlements modernes ont presque partout la préférence, au grand détriment, souvent, de l'élégance des manières de ceux qui croient ainsi faire preuve de bon goût.

Matelot p>"i:lieur.

Au milieu de la foule, et vraiment pimpants sous leur modeste tunique verte, circulent les braves douaniers.

Ils doivent des actions de grâces à l'homme intelligent qui les a débarrassés de l'uniforme compliqué dont, connue les canonniers gardes-côtes, un admirateur de buflleteries et de panaches les avait gratifiés.

l'eiiiiaiil celle rapide revue de la population massée en groupes compacts cl respirant à peine, lolleiucnt les incidents des régates la passionne, on a proclamé une victoire bien disputée.

Aussitôt, ce sont des cris, des appels joyeux ou des exclamations de désappointement. On s'étonne, on approuve, on discute, et la journée s'achèvera, animée ainsi qu'elle a commencé.

C'est le moment de ju-cndre congé du Havre. Nous lui dirons « au revoir » et non pas « adieu ». Car nous comptons bien revenir applaudir à la progression toujours ascendante de son commerce.

Ce que la ville a fait dans le passé, elle conliiuicra à le faire dans l'avenir, c'est dire qu'elle s'applique

Ancien cosluiiie.

Ancienne coiiïe.

Douanier.

à développer toutes ses ressources pour conquérir vaillamment une place au premier rang parmi les grandes cités maritimes.

Vouloir vraiment, c'est pouvoir.

Pavillon du Yachl-Ckib, du Cercle à la voile et des récrates du Havre.

CIlAPlilŒ WIV

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