‹ Le littoral de la France (volume 2)Chapitre 27 sur 54 · JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC

Ce nom, symbole d'une épopée unique dans l'histoire des peuples, on le suit à travers la voie douloureuse, commençant à Compiègne pour aboutir aux (lanimes du bûcher élevé, ici, sur la place du Vieux-Marché —

En même temps, de la profondeur des siècles viennent se ranger, près de la martyre, ses impuissants mais courageux défenseurs : Jean LoiuEn, le légiste rouennais, qui protesta si hautement, si intrépidement contre la violation des plus simples formes de la justice envers celle dont le crime avait été d'aimer son pays!!

Le bon huissier Massied, qui appuya si efficacement la demande du religieux assistant la suppliciée, afin qu'on tint devant les yeux de Jeanne une croix apportée de l'église Saint-Sauveur.

Et ce religieux, « ce saint », comme le dit Michelet, frère Isambart de l,\ PiEiiiiE, qui pendant tout le procès fit preuve d'un entier dévouement à l'héroïne. Son témoignage ne saurait être récusé, car n'était-il pas prêt à le payer de sa vie!...

De quelle amertume et, pourtant, de quel réconfort on se sent pénétré en lisant, aux lieux où elles se passèrent, la relation de ces choses si incroyables, (iuoi(iue si vraies!

La haine féroce, immonde; la lâcheté dans ce qu'elle peut avoir de plus vil; l'hypocrisie dans ce qu'elle a de plus odieux, près du patriotisme le plus saint, de la pureté la plus radieuse, de la résignation, du sacrifice surhumain!

Comment honorer une telle mémoire! Comment?

Uoueii ne devrait pas hésiter à faire disparaître l'étrange statue qui est censée représenter Jeanne.

ai'» LE LITTORAL DE LA FP.AiNf.F

Puis, sur la place désormais consacrée, nous voudrions voir, sculplés dans le granit, un échafaud et un bûcher.

Le premier porterait l'effigie d'ALAiN Blanchard, la victime de Henri V d'Angleterre (lors du siège de 1419), disant aux soldats qui le traînaient à la mort :

« Je n'ai pas de biens pour racheter ma vie comme les autres; mais, quand j'aurais de quoi payer ma rançon, je ne voudrais pas racheter le roi anglais de son déshonneur! »

Sur le bûcher, et serrant contre son cœur l'informe croix de bois liée à la hâte par un soldat anglais, Jeanne d'Arc, personnifiant le dévouement à la Patrie, rappellerait aux cœurs faibles que le droit, la vaillance peuvent succomber pour un temps, mais que l'heure de la justice sonne toujours, que nul crime ne reste impuni.

Le supplice de Jeanne, un Anglais, Bedford, l'ordonna pour venger son pays, humilié de succomber sous la main d'une femme!-

Et il ne voyait pas que lui-même jetait une poignée de boue au front de l'Angleterre.... une boue sanglante impossible à laver!!

La parole prophétique d'Alain Blanchard se réalisait.

Chaque fois qu'un vainqueur a déshonoré son triomphe, l'histoire, implacable, enregistre l'action honteuse et bientôt vient l'expiation.

Pourquoi réveiller ces cruels souvenirs? dira-t-on, peut-être. Pourquoi? Ne pouvons-nous y trouver un aliment à notre douleur, en même temps que le principe d'une force nécessaire à l'attente sage, mais en éveil? Aux noms des martyrs d'autrefois joignons les noms de nos martyrs d'hier, entouronsles d'un souvenir inaltérable!

L'échafaud d'Alain Blanchard nous apprendra comment on peut clouer un vainqueur au pilori!

Le bûcher de Jeanne d'Arc nous rendra la foi dans les destinées de notre pays, trop souvent près de périr, mais renaissant toujours plus grand!

Parle, sublime paysanne! Pénètre nos cœurs, nos âmes, de cet amour de la B'rance pour lequel, sans murmurer, tu accomplis ton cruel sacrifice!

Si nous aimons notre Patrie comme tu l'as aimée, elle réparera une fois de plus ses ruines! Si nous assistons à son triomphe, notre récompense sera grande. Mais, si nous devions succomber en essayant la tâche sainte, inspirenous ton courage.

Mourir pour la France, si l'on ne peut vivre pour elle, est préférable à l'infamie de douter de son honneur, de déserter son drapeau!...

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